Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 20:23

Huitième jour du procès Kerviel : les deux responsables directs du jeune tyrader ont été longuement entendus. On en a tellement entendu parler précédemment qu’on a envie de les entendre.

 Le premier d’entre eux se présente : Eric Cordelle est le n+1 de Kerviel. Plus exactement il le devient alors que le jeune trader est déjà sur sa lancée, en avril 2007. Il a une silhouette longiligne et un air de premier de classe. Son bagage: ingénieur polytechnicien avec un diplôme de l’ENSAE. Un de ces hommes qu'on s’arrache dans le milieu de la banque parce qu’ils savent concevoir des produits financiers complexes. Il dira de Kerviel « c’est pitoyable d’avoir fait cela. Je lui en veux. Il a démoli ma vie personnelle et professionnelle ». Eric Cordelle a quelques raisons d’en vouloir au jeune trader : il a été licencié par la banque après la perte de 4,9 milliards d’euros subie par la Société Générale pour insuffisance professionnelle. Depuis il est « en recherche d’emploi ».

Ce fort en thème donne l’impression d’une incroyable naïveté. Il n’a rien vu, rien entendu. Il explique : "l’activité de l’équipe c’était de faire du market-making, Kerviel le faisait sur les turbo-warrant. Mais une activité nouvelle se développe dite d’arbitrage. Il fallait l’accompagner »

Le jeune ingénieur a le nez dans le guidon : « l’équipe travaillait énormément, elle était sous l’eau, je devais recruter. J’ai en tête le cas d’un trader qui est tombé de fatigue, il s’est cassé le nez mais il a du quand même venir travailler ! Je devais absolument créer des binômes sur chaque poste. Mais plus je recrutais plus l’activité augmentait. Jérome Kerviel travaillait bien, je le considérais comme fiable, performant » Sur une question du président concernant les alertes déjà repérées sur l’activité du jeune trader il explique « A aucun moment on m’a prévenu que c’était un fraudeur. Le problème n’est pas de gagner ou de perdre de l’argent, le problème est de mentir. Le devoir d’un trader est d’être honnête et transparent même si sa fonction est de faire de la marge » et lorsque le président Pauthe interroge Eric Cordelle sur les premières anomalies relevées en 2007, il répond « La façon dont Jérome Kerviel  déclarait son résultat était présenté de façon que ce soit crédible, acceptable ».Le président Pauthe n’arrive pas à croire cette forme de naïveté : « Mais vous étiez ingénieur tout de même ? ». Réponse : « oui, je maitrisais les concepts mais pas les outils informatiques. Je ne connaissais pas non plus le vocabulaire des traders. Je ne consultais pas spécialement la base Eliot (base de données qui conserve la trace de toutes les transactions). J’étais en confiance ».Plus tard, l’avocat de Jérome Kerviel , patelin lui demandera : « n’avez-vous pas eu l’impression d’avoir été jeté dans la fosse aux lions dont un avait déjà mordu deux fois? » réponse murmurée d’Eric Cordelle : « A postériori oui, à l’époque non ».

 Dans son costume gris, l’ex-banquier qui aujourd’hui à 38 ans tente de se reconstruire en pratiquant l’ébénisterie, donne l’impression qu’il n’était pas à sa place. C’était son premier poste de trading et il n’a jamais détecté l’activité anormale de Jérome Kerviel ; même quand Eurex signale qu’il y a un problème, Eric Cordelle se satisfait des explications apportées par le service Déontologie. Une trésorerie en excédent ? Un prêt pour couvrir ses pertes ? Des prises de positions stratosphériques de 2008 ? « C’était masqué » répond invariablement le polytechnicien. On le sent tellement mal à l’aise qu’on a presque envie que l’interrogatoire s’arrête. A 13.04, questionné depuis trois heures; il jette « ma hiérarchie était contente de mon travail, ils étaient contents que j’ai réussi à m’intégrer parmi les traders, que j’ai réussi à montrer ma valeur ajoutée ». Comme si il n’avait toujours pas réalisé ce qui lui était arrivé.

Quant au deuxième témoin, Martial Rouyère, le n+2 de Kerviel, il supervisait plusieurs poles dont celui sur lequel officiait Kerviel ;Il sera aux premières loges quand le 18 janvier 2008 on découvre les 50 milliard de positions prises par le jeune trader. Il raconte la mauvaise foi et les explications tarabiscotées de Jérome Kerviel. Lorsqu’il réussit à joindre la Deuch bank et qu’il comprend que Kerviel a inventé un acheteur fictif sans contrepartie, il lui demande « Est-ce vrai ?comment as-tu pu faire cela ? kerviel nous donnait des explications fumeuses, parlait de martingale »

Martial Rouyére a du lui aussi quitter la banque. Car il n’a jamais détecté le comportement anormal de Jérome Kerviel et il est passé à côté des nombreuses anomalies. Un jeune homme sérieux, autonome, plein de qualités, motivé  égrène –t-il « Je ne savais rien de ses écarts, absolument personne n’était au courant et n’aurait pu cautionner de telles positions ». Et quand on cite devant lui le livre que Jérome Kerviel a publié juste avant le procés (L’engrenage), dans lequel il affirme que tout le monde savait ce qu’il faisait , Martial Rouyére conclue : « Des années de travail, d’efforts, de collaborations ont été détruits par cette affaire. Cette fraude est une blessure pour moi ».

Sans la moindre autocritique, ni sur sa façon de diriger son service, ni sur l’inefficacité des procédures internes à la Société Générale.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires