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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 23:46

Après l’éprouvante journée d’hier au cours de laquelle Dominique de Villepin s’est vu accusé des plus noirs dessins, l’ex-premier ministre semblait plus pâle que d’habitude, les traits tirés. L’audience n’était pas commencé, l’ambiance paraissait bon enfant. J’ai pu m’entretenir quelques minutes avec lui. Question : quel était votre sentiment  hier après que le procureur ait demandé 18 mois avec sursis et 45.000 euros d’amende à votre encontre ? La colère ? Oh non pas du tout, plutôt le sentiment que c’est dérisoire. J’aurai l’occasion de m’en expliquer vendredi à la fin du procés.... »et il rejoint sa place en souriant.

Quelques instants plus tard, Maitre Luc Brossolet est invité à prendre la parole. C’est le premier en défense ; une règle non écrite du barreau veut que celui qui risque le plus ait la parole en dernier et celui qui risque le moins en premier. La journée sera donc consacrée au cas Villepin. Le ton est véhément, une indignation réelle semble l’habiter : les mots préjugés, oeillières, schizophrénie, incohérences tombent pour qualifier le dossier. S’ensuit une lourde charge contre le général Rondot dont les fameuses notes constituent la colonne vertébrale de l’accusation : « il s’est arrangé pour faire un plaidoyer « pro domo » , en aucun cas il ne s’agit d’un témoignage. Le général a obtenu en effet le statut de témoin assisté ce qui lui a permis d’avoir accès à la procédure et donc d’ajuster ses déclarations. « C’est le général de la vérité réticente, de la vérité reconstruite. Ainsi, il savait qu’il avait affaire à un faussaire en avril et  propose quand même une nouvelle opération, l’opération Franklin à Imad Lahoud ». Et l’avocat va sur le terrain fondamental : « Quand est ce que Dominique de Villepin a-t-il eu connaissance de la falsification ? Il dit juillet et il faut le croire : le général Rondot à cette date va à Berne rencontrer ses homologues suisses pour connaître leur sentiment. Et les suisses répondent que les comptes cités n’existent pas ; a partir de ce rendez vous, le général Rondot revient vers Dominique de Villepin et lui fait part de ses doutes sérieux. Mais les investigations désormais confiées à la DST continuent pour n’aboutir qu’à l’automne ». Et l’avocat termine avec cette formule : « le réquisitoire est un réquisitoire de couverture, il sert à protéger l’institution judiciaire. Ce dossier porte l’empreinte d’un homme et de son désir hystérique de prince capricieux. C’est un procès politique ! ».

Deuxième avocat, maître Dantin va s’attacher à démontrer l’extrême fragilité des charges : « des mensonges politiques ne font pas de bonnes vérités judiciaires. Clearstream, c’est une affaire industrielle, une lutte des clans au sein d’EADS. Il y a un décalage ahurissant entre les enjeux judiciaires et institutionnels et les faibles charges de celui qui est censé en être le trophée »

Maitre Metzner entre alors en scène. Depuis le début des débats il s’oppose à Thierry Herzog dans le style comme dans la forme. Une sourde compétition entre eux. Sa plaidoirie est pleine d’humour, les piques politiques côtoient l’analyse de droit. L’attaque porte sur la qualifiquation du délit retenue par le procureur : Dominique de Villepin serait coupable de complicité de dénonciation calomnieuse par abstention : « jamais personne en France n’a été condamné pour avoir omis de faire quelque chose. On imagine : j’ai été condamné pour n’avoir rien fait ? Et dans ce cas, cette prétendue faute par abstention, elle est partagée par Michèle Alliot Marie, par son directeur de cabinet, par le général Rondot, par le ministre de l’économie et des finances, car eux aussi savaient que des faux listings circulaient. Ce délit est une construction intellectuelle, mon client doit obtenir la relaxe »

Enfin Maître Henri Leclerc s’est levé, avocat chevronné, auréolé de tous ses combats pour le respect des droits de l’homme : « Quand la politique entre dans le prétoire, la justice en sort » martèle –t-il. Il vitupère contre une phrase de Jérôme Monod cité par ses adversaires selon laquelle Dominique de Villepin serait un homme sans principes. « Cette histoire ne tient pas debout, tout a été construit pour faire de Dominique de Villepin un coupable ! »Avant de demander que la justice fasse ce qu’elle a pensé faire dans un premier temps : lui accorder un non lieu. « Nicolas Sarkozy s’est conduit en empereur romain ; il a suffit qu’il tourne le pouce vers le bas pour que le cours de la justice s’en trouve changé ».

 

Au cours de cette journée, c’est l’innocence de Dominique de Villepin face à une accusation  fortement imprégnée par la rivalité politique qui a été défendue.

 

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commentaires

Lancelot 22/10/2009 12:47


« Quand la justice entre dans le prétoire, la justice en sort » : j'imagine qu'il s'agit plutôt de "quand la politique entre dans le prétoire" ;)

Sinon, merci pour vos chroniques !