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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 22:43

Les audiences correctionnelles sont parfois interminables. Mais elles recèlent aussi des pépites qui font la joie du chroniqueur judiciaire.  Dominique de Villepin s'est longuement exprimé aujourd'hui : il a continué à répéter devant la cour d’appel de Paris n’avoir eu connaissance d’aucun des épisodes marquants de la manipulation autour des listings Clearstream.

000_Par6244050.jpgDominique de Villepin

Ainsi la cour se penchait sur l’incident du 25 mars 2004. Ce jour-là, le faussaire présumé, Imad Lahoud, est arrêté et mis en garde à vue pour une infraction dans une toute autre affaire. Le général Rondot est prévenu par le commissaire de police, car Imad Lahoud est porteur d’un sauf-conduit disant qu’il travaille pour les services de renseignements, et qu’en cas de difficulté il faut prévenir le général. Philippe Rondot prévient Jean-Louis Gergorin lequel lui-même, de Londres, prévient Dominique de Villepin. Dominique de Villepin a alors un contact avec le général Rondot. A l'époque, il est ministre des Affaires Etrangères. Il jure que le cas d’Imad Lahoud n’a pas été évoqué.

Toujours est-il qu’Imad Lahoud s’est retrouvé libéré dans l’après midi : « Je n’ai pas donné d’instruction au général Rondot ; notre brève conversation a porté sur le terrorisme et les attentats de Madrid. Quand on intervient pour quelqu’un, il faut le connaître. Je ne connais pas « la source », encore moins son passé de délinquant. Je dis à Rondot : voyez ce qu’il en est, faites au mieux. Puis, je ne sais plus rien de la suite. Mon intervention, c’est comme le fruit confit dans le cake, c'est-à-dire qu’elle n’est d’aucune conséquence dans ce dossier. »

En revanche, Dominique de Villepin ouvre un grand parapluie : celui des activités propres du général Rondot pour le ministère de la Défense : "Le véritable évènement", affirme-t-il,  "est que « la source » a explosé ce jour-là, mais il faut la défendre. Et je vous renvoie à une note de couverture adressée quatre jours plus tard sur l’incident par le général Rondot à Philippe Marland, le directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie : cette note glisse sur plusieurs points en raison d’un intérêt supérieur. Philippe Rondot protège sa source. Il faut absolument sauver le soldat Lahoud !  D’ailleurs, en avril, le général Rondot ira avec Imad Lahoud au Liban. On les voit aussi en juin déjeuner en compagnie de représentants de la CIA. En arrière-plan, il y a la traque d’Oussama Ben Laden." On le sait par le dossier : Imad Lahoud, d’origine libanaise, fait miroiter la possibilité de remonter les financements occultes de la nébuleuse terroriste.

Enfin, Dominique de Villepin a établi un cercle de feu entre lui et Jean-Louis Gergorin. Alors que ce dernier fait état d’une dizaine de rencontres plus ou moins discrètes de janvier à juillet, le désormais ministre de l’Intérieur prétend avoir éconduit toutes ses demandes de rendez-vous. « Je l’ai renvoyé vers Pierre Vimon ou Bruno Lemaire, mes chefs de cabinet successifs. Je ne voulais pas évoquer cette affaire avec Jean-Louis Gergorin ; pour moi, il n’y avait pas d’autre interlocuteur que le général Rondot. Je n’ai plus entendu parler de rien jusqu’au début juillet et l’article du Point. Quant au général Rondot, nous ne nous sommes revus que le 19 juillet. »

L'audience a donc été marquée par cette charge en direction du ministère de la Défense et de Michèle Alliot-Marie ; ce qui est tout de même assez osé dans un dossier où jusqu’à présent on avait plutôt compris l’inverse : Villepin demandant directement au général Rondot de travailler pour les Affaires Etrangères, dans le plus grand secret, et sans en référer à personne, et surtout pas à Michèle Alliot-Marie, au motif que Patrick Ollier, le compagnon de la ministre, figurait sur les listings…

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