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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 16:36

Devant le Palais de justice de Paris, ce mardi est jour de mobilisation. La circulation est coupée boulevard du Palais. Les touristes passent étonnés de voir des drapeaux rouges et des manifestants au milieu de la chaussée.

« Assis, debout, mais pas couché ! » un slogan que les magistrats répétent en boucle derrière l’un de leur collègue armé d’un mégaphone.(les juges « debout » sont les procureurs, les juges « assis » sont ceux du siège, c'est-à-dire ceux qui président les audiences et rédigent les jugements)

 Devant, drapeaux claquants au vent, la CGT pénitentiaire ouvrait le cortège. Derrière, une large banderole dit « Jamais sans mon avocat » suivie d’un gros contingent de jeunes avocats en révolte contre la garde à vue et les projets minimalistes de réforme ;

Robes rouges des juges, robes noires des avocats et au milieu tous les personnels qui concourent à une bonne administration de la justice au premier rang desquelles les greffières, les experts, les éducateurs, les agents de probation de la Protection Judiciaire de la Jeunesse ;

Un fourre tout de revendications sur fond de malaise général ;

« La justice est en danger : unissons nous ! »  Les différents maillons de la chaîne pénale s’exprimaient à travers cette phrase scotchée par des magistrats sur de petites pancartes. Et pourtant, à chacun ses préoccupations : Surpopulation pénale, manque de moyens matériels et humains, réforme de la procédure pénale.

Les fins connaisseurs du dossier l’admettent. Les augmentations budgétaires (plus de 50% depuis 2002 » ont été englouties dans la construction et la gestion des nouvelles prisons. Par contre coup, le budget d’un très gros TGI comme celui de Paris a diminué de 6% l’année dernière et continuera de baisser de 12% cette année. Tout simplement parce que aucune administration n’échappe à la RGPP, la révision générale des politiques publiques alors même que le volume des affaires traitées ne cesse de croître. L’Etat doit se serrer la ceinture, la justice n’a qu’à faire des gains de productivité grâce aux nouvelles technologies.

Sur fond de paupérisation, arrive la plus importante réforme de procédure pénale : elle remet en cause les équilibres fondamentaux du système. La suppression du juge d’instruction, même si actuellement seules 4% des affaires sont gérées par ce biais, est symbolique. Ce sont les affaires sensibles qui sont traitées aujourd’hui par des juges indépendants. Demain c’est le parquet, composé de magistrats placés sous l’autorité du Garde des sceaux, qui enquêteront sur ces affaires ; alors des garanties ont été imaginées : un JEL, juges des enquêtes et de la liberté surveillera l’avancement de l’enquête et pourra à la demande de la défense ordonner de nouvelles investigations, expertises, perquisitions…Mais la méfiance demeure. « C’est grave, très grave, explique Mtre William Bourdon. On aura une justice aux ordres ; il n’y aura aucun contre pouvoir ».

Enfin, pour noircir le tableau, la concertation organisée au cours des deux mois à venir semble de pure façade, les deux principaux points (suppression du juge d’instruction et statut des procureurs) n’étant pas négociables.

C’est donc un monde judiciaire crispé que doit affronter Michèle Alliot Marie. Il lui faudra beaucoup de doigté et de persuasion pour faire passer cette réforme. Certains prédisent déjà un enterrement de première classe pour cette remise à plat du système judiciaire, jugé très « délicate » politiquement.

 

 

 

 

 

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