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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 09:28

Après cinq semaines de procès, les débats sont terminés et la parole est donnée une dernière fois aux prévenus. Ils sont deux à prendre la parole : Denis Robert, qui dit une phrase en faveur de Florian Bourges, le jeune auditeur qui a copier les listings Clearstream au cours d’un audit : « je voudrais dire que ce qu’à fait Florian Bourge est un acte citoyen, il avait conscience que quelque chose n’allait pas au sein de la banque… ».

Et puis Dominique de Villepin. Il déplie sa longue silhouette, toujours ce geste de reboutonner sa veste : « j’ai assisté à ce procès de la première à la dernière minute. Certains ont pu penser qu’il était infamant de comparaître ici alors que j’ai exercé la fonction de premier ministre. Mais à aucun moment je n’ai eu le sentiment d’être humilié d’être devant vous… » Et à l’extérieur de l’audience alors que les trois magistrats ont quitté le tribunal, Dominique de Villepin tient un discours plus politique. Il réaffirme son innocence, indique qu’il n’a pas de ressentiment à l’égard de Nicolas Sarkozy, et qu’il se tient prêt à servir la France à la place qui sera la sienne. Une posture un peu dérisoire pour tout dire hier soir. Dominique de Villepin a choisi de s’exprimer tout au long de son procès, estimant qu’il était son meilleur avocat. Et si au contraire il avait exaspéré les magistrats en semblant anticiper en permanence leur décision ? En tous cas il a fait passer des messages politiques contradictoires : une fois il n’est là que par la volonté d’un homme, une autre il n’en veut pas à Nicolas Sarkozy et fait une sorte d’offre de service. Il a ensuite quitté la scène sous les applaudissements et avec remise d’un bouquet de fleurs de ses admirateurs.

Mais pour revenir à la dernière audience, les trois avocats de Jean- Louis Gergorin ont eu fort à faire pour remonter le handicap de leur client. Je rappelle que il est celui contre lequel la plus forte peine a été demandée par le procureur : 3 ans de prison dont 18 mois fermes et 45.000 euros d’amende. Maître Thierry Dalmasso d’abord s’est attaché à montrer que Jean Louis Gergorin est victime « d’un casting d’apparence ». Il a pris l’exemple du contrat qui a lié Imad lahoud à EADS. On a beaucoup reproché à J.L.Gergorin de l’avoir embauché, comme récompense pour ses soit -disant pénétrations des comptes Clearstream. Mais son avocat a estimé que c’est à l’initiative du général Rondot que Imad Lahoud a eu son premier contrat de consultant : il voulait trouver une couverture à sa source. Et à partir de là, Jean Louis Gergorin va devenir la dupe de celui qui va falsifier  quelques 8.200 transactions sur quatre colonnes au cours des mois suivants « Lahoud est un escroc d’élite pour une clientèle d’élite ! » Et Maître Paul Albert Iwens a enfoncé le clou : « Sa perception du monde est celle du dessous des cartes. Il connaît le dossier des frégates de Taiwan, les appétits de Thomson. Il suit les coups tordus à travers la planète : il sait qu’on n’est pas dans le monde de « Oui-Oui , quand il entend le mot Bulgare, il ne pense pas au yaourt ! » Et Maître Iwens va se lancer dans un rappel de personnages dupés de l’histoire de France comme le cardinal de Rohan ou le brillant mathématicien Michel Chasles. Oui on peut être très intelligent et se laisser duper. Monsieur Gergorin est une dupe brocardée, ruinée, ridiculisée. Il ne le mérite pas, votre jugement pourrait être singulièrement injuste si il venait à être condamné… »

Cinq prévenus, cinq demandes de relaxe ont été déposées au pied des juges. Aucun d’entre eux n’a reconnu sa responsabilité à l’exception de Imad Lahoud qui a dit avoir ajouté les noms de Nagy et Bocsa sur les listings, et encore- puisqu’il a précisé que c’était sous la dictée de Jean-Louis Gergorin. C’est ce qui est le plus frustrant quand on a assisté aux dizaine d’heures d’audience : l’histoire de cette falsification n’a pas avancé. Il n’y a pas eu de révélations, d’interrogatoires au cours duquel tut d’un coup on aperçoit un pan de vérité. Maintenant les juges vont avoir à établir ou non des culpabilités et des peines. Tout le monde va avoir les yeux braqués sur Dominique de Villepin. Il répond de complicité de dénonciation calomnieuse, un délit qu’il aurait commis par abstention selon le parquet, en ne dénonçant pas la falsification, en ne l’arrêtant pas à partir du moment ou il en eu connaissance. Mais les juges doivent en avoir des preuves certaines. Ils ont trois mois pour le faire puisque le jugement sera rendu le 28 janvier.

 

Je remercie mes fidèles lecteurs de m’avoir suivie au cours de ce long procès. Et je vais interrompre cette chronique pour prendre quelques jours de congé. 

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