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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 15:35

Toujours droit comme un i, sanglé dans un costume kaki agrémenté d’une chemise bleue, le général Rondot va reprendre son audition devant la cour d’appel.

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Général Rondot

On avance dans le temps. Voici note du 14 avril 2004 (Rondot/Alliot-Marie), le verbatim du 11 mai….

Dominique de Villepin paraît décontracté ; on le voit sourire avec ses avocats. Le général reprend son récit de sa drôle de voix nasillarde « j’ai agi en conscience, je n’étais soumis à aucune pression. Mes fiches pourront être accessibles dans 50 ans, mais elles n’étaient pas destinées à être publiées. »

8 juin 2004 ; entretien du général Rondot avec Philippe Marland : «  JLG me parle de ses rencontres avec Dominique de Villepin. J’en fais part : j’explique que JLG a basculé les informations vers le juge Van Ruymbeke sur instruction de Dominique de Villepin. J’estime que c’est quelqu’un de plus compétent qui traitera l’affaire. Entre-temps, le patronyme de M. Sarkozy était apparu sur les listings, voila pourquoi je m’interroge par ailleurs sur les rivalités politiques. C’est Imad Lahoud qui m’a informé de l’apparition du nom de Nicolas Sarkozy comme venant d’une pénétration qu’il a réalisée. »

"La ministre est au courant, et ne vous donne pas le conseil d’en parler à Dominique de Villepin ?" demande la présidente

« Je fais mes comptes rendus à Philippe Marland (dir.Cab. de Michèle Alliot Marie) sur l’opération reflux. La ministre me convoque trois semaines plus tard. Elle ne me donne aucune instruction particulière ; nonobstant mes mises en garde, Philippe Marland ne juge pas la décision d’aller voir un juge« insensée ».

L’avocat général : «Vous ne dites pas à MAM que Jean-Louis Gergorin dit qu’il a été voir un juge à la demande de Dominique de Villepin?

« Logiquement, Philippe Marland devait  lui en parler. Dans mon entretien avec elle, je n’ai pas de souvenir précis sur ce point. Je ne parle pas le 11 mai de DDV ; de toute façon, mes entretiens avec MAM étaient peu nombreux et très brefs ».

Entre-temps l’affaire se développe. Philippe Delmas est interpellé. Son nom figure sur les listings. EADS est dans le collimateur de la justice. Jean-Louis Gergorin fait savoir que les titulaires de comptes Clearstream s’agitent. Des centaines de comptes sont clôturés.

JLG confirme : «M. de Villepin était satisfait, très satisfait qu’un juge compétent soit saisi de l’affaire. Il n’a pas voulu entrer dans les détails de l’opération. Tout ce qu’il voulait, c’est qu’on saisisse un juge. En juin, je lui ai raconté comment j’ai rencontré l’avocat, puis le juge auquel j’avais transmis les informations. Il était soucieux de ne pas apparaitre. Il considérait que ces listings étaient vrais. Nous partagions sans doute une vision un peu trop élevée de la crédibilité de ces listings ».

Le général Rondot : « Jamais, D.D.V. ne me dit qu’il connaît le circuit. Je me contente de rapporter les propos de Gergorin: il rapporte que le premier ministre trouve jubilatoire le fait d’avoir informé un juge (verbatim du 26 mai 2004)."

"Cette histoire est folle mais j’ai l’impression qu’elle nous rend fou !" s’énerve le général au micro à la barre.

Jean-Louis Gergorin s’écrie : « j’ai commis des erreurs mais jamais je n’ai trompé le général Rondot ! C’eût été une infamie de me parer de l’autorité de D. de Villepin pour raconter n’importe quoi au général Rondot ! »

Dominique de Villepin sent-il le danger ? Il déplie alors ses grandes jambes pour faire valoir son point de vue :

« On parle d’une prétendue instruction du président de la République : je ne sais toujours pas de quoi on parle ! Il n’y a pas de lettre, il n’y a pas de nom, il n’y a pas de modalité. Et je me moquerai de savoir ou quand comment et surtout comment cela se passe ! Quand il y a une instruction présidentielle on claque des talons, on applique et on rapporte."

"Deuxièmement, il n’y a pas de question à se poser à ce stade. Notre source dit Rondot a produit des informations. Il y a des preuves absolues qui viennent de l’intérieur du système. Tout le monde est de bonne foi, y compris Jean-Louis Gergorin. Le principe de la véracité n’est pas mis en cause le 9 janvier !"

Enfin si j'avais donné des instructions pour aller voir un juge, j'aurais par exemple aimé savoir ce que cette histoire serait devenue si Jean-Louis Gergorin était allé voir un autre juge, le juge Courroye par exemple...»

Sourires dans l'asistance. Le juge Courroye est connu comme un proche de Nicolas Sarkozy.

Le Général et la présidente sont agacés par ces retours en arrière.

Dominique de Villepin lâche : « je comprends qu’on veuille refaire l’histoire, surtout monsieur Lahoud… »

 

 

 

 

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