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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 16:10

Le général Rondot, acteur majeur de l'affaire Clearstream, poursuit son exposé :

« Il y a eu 4 phases : d’abord octobre 2003, Jean-Louis Gergorin me dit qu’il a une source qui arrive à pénétrer un système mettant en cause des personnalités françaises. Je connais Imad Lahoud. Il avait un potentiel dans le domaine bancaire et financier. J’ai fait appel à la DGSE ; un dîner est organisé un soir entre les agents et Imad Lahoud. Les résultats paraissent décevants au fil des mois. Mais il met en avant sa connaissance du réseau Ben Laden et me dit qu’il l’avait rencontré à Beyrouth. Ce n’est pas une obsession ! Juste quelque chose d'interessant. » Et le général met en avant ce qu'il appelle son "obsession" qui a mené au succès de l’arrestation du terroriste Carlos. D'où cette rencontre en septembre 2003, baptisée Opération Madhi. "Je lui ai demandé de me fournir à Beyrouth des documents, mais il s’en est avéré incapable. L’opération s’est arrêtée là. Cette affaire était traitée uniquement au niveau du ministère de la Défense."

"La deuxième phase va commencer le 9 janvier 2004, lorsque je suis convoqué au ministère des Affaires Etrangères. Une réunion, pas un complot. Je note ce que j’entends, je suis ébranlé ; je fais un compte-rendu détaillé pour moi. Je rapporte: belle construction intellectuelle de Jean-Louis Gergorin, qui accroche Dominique de Villepin. Je reçois des instructions du Président de la République, et il m’est indiqué de ne pas faire état de cette réunion à mon ministre. Or j’ai un devoir de loyauté à l’égard de mon ministre. Je m’en ouvre à Philippe Marchand, le directeur de cabinet de mon ministre. Colère de Michèle Alliot-Marie. Je reste donc fidèle à ma filière."

"J’enquête discrètement. Je demande à la DST la vérification d’un compte précis en Suisse. Le compte n’existe pas... mais je fais quand même vérifier les comptes des personnes appartenant au ministère de la Défense. Ces relevés figurent dans mon journal de marche et dans les notes internes adressées à Philippe Marchand. Je cherche encore la réalité de ces pénétrations informatiques. Je rencontre Imad Lahoud. Nous allons à EADS. Imad Lahoud tapote sur ses ordinateurs. Je ressors avec des listings. J’étais incapable de savoir s’ils étaient vrais ou faux."

"Jusqu’à juillet 2004, aucun contact avec Dominique de Villepin, hormis l’incident du 25 mars 2004 (garde à vue de Imad Lahoud). Je sais qu’il est informé par Jean-Louis Gergorin.  Je n'informe pas la DGSE, Imad Lahoud ayant été licencié de ce service. Parallèlement, Jean-Louis Gergorin fait ses envois au juge sans m’en parler. Je suis furieux d’avoir été mis à l’écart, mais soulagé que ce soit un juge compétent qui s’en occupe (…)"

"Troisième étape : en juillet, avec l’accord de MAM, je vais en Suisse. La réponse des services suisses est négative, les comptes n’existent pas. Autour du 19 juillet 2004, j’alerte tout le monde. Je n’interviens plus. Les vérifications ne sont pas probantes, tout cela est faux. C’est ce que je dis à Dominique de Villepin. Je dis tout ce que je sais à la DST."

Dernière étape : je cesse toute activité sur ce dossier, sur instruction du président de la République. J’avais demandé à rencontrer le président. En vain. Je note la phrase : "si nous apparaissons le PR et moi, nous sautons." Octobre : je vois Dominique de Villepin. La ligne est de protéger le chef de l’Etat, et donc M. de Villepin."

"Dans cette affaire, Imad Lahoud a été à la source,  Jean-Louis Gergorin est entré dans le jeu, je pense de bonne foi ; jamais Dominique de Villepin ne m’a fait part de la présence de Nicolas Sarkozy, jamais il ne m’a demandé de faire un coup !"

"Je tiens à dire que je ne suis pas un psycho-rigide ; je me suis battu à visage découvert. Mes comptes- rendus son fidèles. J’ai été considéré comme un général menteur. Il y a eu des mensonges d’Etat et donc une affaire d’Etat. "

Première question : vous a-t-on parlé  d’instructions ou non du président de la République ? demande la présidente. « Je confirme. Je ne suis pas un « berniche », l'idiot du village qui accomplit des taches peu reluisantes. »

Dominique de Villepin : « je conteste la directive ou instructions du président de la République. Il s’agit d’un cadre constant voulu par le Président (moralisation de la vie publique internationale). Je suis d’accord  à 100% avec ce qui est écrit dans les verbatim du général Rondot : cette réunion n’a pas été une réunion de conspirateurs ! Je confirme des instructions générales du président de la République !»

Une déclaration reçue avec un murmure dans la salle. Si le général est sur la même ligne que l’ex-premier ministre, la relaxe se profile…mais n’anticipons pas.

Le général Rondot, mains à plat sur le pupitre, est sommé de préciser quelles instructions lui ont été données « Pourquoi, quand je demande à rencontrer le président de la République, ce rendez-vous ne vient jamais . Pourquoi ? Je m’interroge. »

Dominique de Villepin précise sa pensée: « Au cours de cette réunion du 9 janvier, à aucun moment nous n’avons discuté du malaise du général Rondot, de son conflit de loyauté. Le verbatim est clair. Il n’a pas non plus été décidé de solliciter la DGSE  ce jour-là. Encore une fois, ce n’était pas une réunion de conspirateurs ! »

Le nom de Clearstream a-t-il été prononcé le 9 janvier ? demande l’avocat général. « Oui, si cela figure dans mon verbatim. J’avais dû en entendre parler par le livre de Denis Robert. Pour moi, Clearstream était quelque chose que je ne comprenais pas bien. Je ne suis pas un spécialiste. Et la mention « fixation Nicolas Sarkozy » correspond au fait que le nom est cité dans la conversation plusieurs fois. Mais les noms Nagy et Bocsa ne figuraient pas dans les listings à ce moment-là »

Le général garde ses secrets; c'est son droit et sans doute son habitude d'homme de l'ombre.

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