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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 19:53

Cinq semaines d’audience. A Montpellier, le procès touche à sa fin avec cette lancinante question : qui a eu le projet d’éliminer Bernadette Bissonnet, une ex-pharmacienne de 58 ans assassinée dans sa maison de Castelnau-le-Lez ? Hier, les deux avocats généraux ont porté l’accusation en accord avec la feuille de route du magistrat instructeur : contre l’homme à tout faire qui a tiré les coups de feu mortels, les magistrats ont réclamé 25 ans de réclusion ; contre l’ami de la famille qui ira, par amitié, jeter l’arme du crime, 10 ans ; et contre celui qui, à leurs yeux, a commandité le crime, ils ont réclamé la réclusion à perpétuité.

Jean-Michel Bissonnet a choisi d’être absent du box des accusés. Aujourd’hui encore, sa chaise reste vide lorsque le premier de ses avocats prend la parole. Maître Vérine a commencé sa plaidoirie par une explication sur cette absence : « c’est un homme qui est toujours debout, qui résiste. Il n’a pas à avouer un crime qu’il n’a pas commis. Las, le dossier semble ficelé. Il ne peut pas le supporter ».

Puis l’avocat va entamer une longue démonstration sur l’absence de mobile : « oui, Jean-Michel Bissonnet vivait un bonheur de carte postale avec son épouse. C’est trop beau, presque irritant ? Chacun avait ses loisirs, se respectait. Pour le reste, ils avaient des projets ensemble, voyages, achat d’un appartement à Paris. Y avait-il un mobile financier ? Pas davantage, ils étaient mariés sous le régime de la séparation, et lui était beaucoup plus riche qu’elle. La maison ? Oui, il l’aimait, mais il n’y avait aucun souvenir de famille lié à cette acquisition récente. Un grain de folie ? Tous les psychiâtres qui l’ont examiné l’ont trouvé normal avec une sexualité harmonieuse et partagée, avec quelques fantaisies… ». Et l’avocat de citer le témoignage du père de Bernadette Bissonnet qui voyait ou parlait à sa fille tous les jours, et qui n’a jamais détecté de trace de mésentente au sein du couple.

« Pas de mobile, pas de preuve, je vous demande l’acquittement de Jean-Michel Bissonnet ! », a–t-il lancé à des jurés très attentifs malgré la longueur des débats.

Maitre Nathalie Senyk a pris la suite pour une démonstration beaucoup plus technique propre à enfoncer le clou du doute. Epluchant le dossier, elle pointe les contradictions des expertises balistiques. Deux coups tirés ou trois ? Le nombre de plombs trouvés sur la scène du crime indiquerait qu’au moins trois coups ont été tirés. Or le « jardinier » ne sait pas réarmer un fusil qui ne contient que deux cartouches. Un troisième homme sur la scène du crime ? A la sortie, Florian Bissonnet note qu’il lui paraît improbable que sa mère ait ouvert si facilement à M.Belkacem. « Ma mère était très vive. Elle serait elle-même allée chercher le téléphone portable, elle n’aurait pas laissé cet homme monter dans la chambre pour le chercher ». L’ombre d’Amaury d’Harcourt plane sur un scénario réécrit par la défense de Jean-Michel Bissonnet. L’emploi du temps de chacun, minute par minute, est revisité par l’avocate. Le fait que Jean-Michel Bissonnet, en retard pour sa réunion au Rotary, décide d’embarquer son chien plutôt que de prendre le temps de le ramener à la maison. Action fortuite, ou partie d’un plan d’exécution minutieux ? La réunion préparatoire dans le garage : Jean-Michel Bissonnet y était-il ? Qu’est-ce qui le prouve, alors qu’il était devant son ordinateur jusqu’à son départ ? Le doute, encore et encore. L’avocate terminera sa plaidoirie, elle aussi, sur une demande d’acquittement.

Demain, à neuf heures, Maître Henri Leclerc se lèvera pour défendre Jean-Michel Bissonet. Cet avocat est un homme de talent et de grande humanité. Ce sera difficile pour lui de convaincre, tant le courant lui est contraire. Mais c’est l’honneur de cette profession que de se battre en faveur de celui qui crie son innocence : pas de preuve, pas de mobile…

Le verdict est attendu en fin de journée.

 

 

 

 

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