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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 19:28

Anne-Gabrielle Heilbronner est arrivée devant la Cour en costume d’énarque : tailleur gris anthracite et chemise blanche. Coupe de cheveux sage, une raie partage ses cheveux de chaque coté d’un visage volontaire. Son mari, Imad Lahoud, avait déjà rejoint le banc des prévenus ; il la regarde intensément. Cette femme de 42 ans est inspecteur des finances en disponibilité : elle travaille aujourd’hui dans une banque.

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« Cette affaire est un cauchemar pour moi. Mon réflexe a été de protéger ma famille, pas d’intervenir. Je me suis décidée après avoir vu le film de Daniel Leconte, « Le bal des menteurs ». A la fin, il y a une lettre de Philippe Faure qui était à l’époque le secrétaire général du Quai d’Orsay et qui est un ami de Dominique de Villepin. Il m’a demandé un jour de lui transmettre le manuscrit du livre qu’Imad était en train d’écrire sur l’affaire Clearstream pour permettre à Dominique de Villepin d’en prendre connaissance. Je lui ai transmis le manuscrit dans une enveloppe kraft. Il me l’a rendu en me demandant que deux passages soient enlevés. J’ai transmis, point.

J’ai essayé de protéger ma famille par une muraille de Chine. Mais là, Philippe Faure me fait passer pour un petit facteur manipulateur. Mon honneur a été bafoué. J’ai réagi en mère, en épouse, pas en femme ambitieuse. Si j’étais ambitieuse, vous croyez que je serais restée auprès d’Imad Lahoud ? »

Dominique de Villepin est invité à lui répondre. Elle s’efface pour le laisser passer : « je ne connaissais pas Imad Lahoud avant de le voir au Tribunal, ni M. Heilbronner (le père de Mme Lahoud), ni Mme Lahoud. Je n’ai jamais eu le manuscrit entre les mains. » Puis il traite cette femme avec un certain mépris, affirmant qu’il n’a aucun souvenir d’elle, alors qu’elle a traité dans des cabinets ministériels de sujets impliquant Villepin.

Ce qui attire plus tard cette réplique de l’intéressée : « moi aussi, je suis un haut fonctionnaire respecté. » Et elle poursuit : « je n’interviens pas en soutien de mon mari. Je suis là pour rétablir ce petit bout de vérité ; je l’ai vécu et je voulais que cela se sache. »

Cette femme a maintenant la gorge serrée. Sa voix devient tremblante : « Ce qui m’intéressait, c’était de protéger notre couple. La famille n’est pas un tribunal. Je n’aurai jamais eu tous les éléments pour juger. »

Elle révèle qu’Imad Lahoud a fait une tentative de suicide le 15 mai 2006. Son amie Nathalie Kosiusco-Morizet (l’actuelle ministre) l’appelle. Une conversation retranscrite par les écoutes judiciaires. Elle lui explique que le rôle de son mari tel qu’il est décrit par la presse est surestimé, qu’il était sous l’emprise de Jean-Louis Gergorin. « Je considère qu’Imad était à la merci de son patron. Il venait de trouver un travail au centre de recherche d’EADS qui le comblait. Il n’avait aucun mobile pour faire tout cela. »

Bombardée de questions notamment par les défenseurs de Dominique de Villepin, le roseau plie mais ne rompt pas. «  Ce n’est pas à moi de savoir ce que Imad a fait ou n’a pas fait. Aujourd’hui, il est professeur de mathématiques. Dans ce métier, le mensonge n’a pas sa place. Je le retrouve comme il était quand je l’ai connu. C’est un nouvel homme. Ce qui compte, c’est que la page a été tournée ». 


Madame Lahoud sort du tribunal essorée mais sans qu’on puisse douter de son rôle dans cette affaire, malgré le démenti formel de Philippe Faure (aujourd’hui notre ambassadeur au Japon).

Cette femme a du cran.

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