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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 13:25

On ne s’habitue jamais aux quelques instants qui précèdent un verdict. Cette belle salle de la cour d’assises de Montpellier était hier pleine à craquer, peut-être deux cent personnes, me dit un habitué. Même le balcon pourtant jugé dangereux accueillait « des gens de justice », magistrats ou autres. Il y avait quelque chose de l’atmosphère de la corrida. Personne ne voulait rater l’instant de la mise à mort. Mais la comparaison s’arrête là, car lorsqu’à 16h35 la cour entre et que le président Mocaer commence à lire le délibéré, il impose le respect. Impassible, sans élever la voix, il lit la réponse aux six questions posées aux jurés, deux concernant chaque accusé. Pour Meziane Belkacem, le « jardinier », et Amaury d’Harcourt, l’ami trop fidèle, la culpabilité avouée et reconnue a été votée sans surprise. Mais concernant Jean-Michel Bissonnet, un minuscule doute pouvait subsister. Il sera balayé. Il est bien reconnu comme le commanditaire du crime, l’organisateur en chef. Un frisson parcourt la salle, Jean-Michel Bissonnet, dans le box, lève les yeux au ciel, secoue la tête. Il a compris. Alors les peines tombent. 20 ans pour le tireur, 8 ans pour l’ami serviable, et 30 ans pour Jean-Michel Bissonnet. L’homme semble manquer d’air, bat des bras, s’effondre. Les gendarmes évacuent tant bien que mal ce corps pesant. Même les membres du comité de soutien pourtant si prompts à réagir, s’indigner, vitupérer contre la presse, se font discrets. C’est que, devant, plusieurs personnes pleurent. Les deux fils, Marc et Florent, d’abord. Cinq semaines de procès dans un état de tension extrême, à soutenir leur père ; la perspective de devoir vivre avec ce poids terrible : Papa a tué Maman. Une famille déchirée ensuite. Parce que, derrière le fauteuil des fils, il y a celui du frère de Bernadette Bissonnet. Lui verse des larmes d’émotion, de voir enfin reconnu coupable celui qui lui a enlevé sa sœur.

La salle est évacuée. Les avocats viendront tour à tour s’adresser à la presse. D’abord Maître Henri Leclerc. Il a fait une prestation poignante le matin même pour tenter d’arracher un acquittement, plaidant l’absence de preuves. L’avocat blanchi sous le harnais porte sur son visage les combats judiciaires ; il déteste pourtant ce qualificatif de ténor du barreau. Il a tenté de démontrer que, dans ce dossier, tout le monde a menti. « Il s’est passé autre chose, on nous ment ! La colonne sur laquelle repose toute l’accusation, ce sont les déclarations de Belkacem : il a dit beaucoup de choses fausses, tout comme d’Harcourt qui a délivré douze versions différentes. » Mais il n’a pas convaincu, et à la sortie, entouré par une forêt de micros et de caméras, il trouve encore la force de parler "d’erreur judiciaire", de "dossier construit sur du sable." Il annonce que Jean-Michel Bissonnet va faire appel.

L’avocat qui lui succède est Maître Luc Abratkiewicz. Il représente Jean-Pierre Juan, le frère de Bernadette : « La mémoire de Bernadette a été défendue. La famille est toujours divisée, brisée, et une réconciliation est impossible à cause d’un homme enfermé dans son mensonge. » Pour tous ceux qui ont assisté aux cinq semaines du procès, c’est le sentiment qui se dégage. Jean-Michel Bissonnet a cherché à jouer au plus fin avec la cour : chiche, tu ne m’attraperas pas. Il a assimilé toutes les pages du dossier. Un confrère m’a raconté cet épisode pour me convaincre. Nous sommes dans la deuxième semaine du procès, et la cour cherche à établir s’il y a eu un complot, un plan établi avant l’assassinat. on recherche un coup de fil qu’aurait passé Jean-Michel Bissonnet à Amaury d’Harcourt un dimanche soir. L’accusation le soupçonne alors d’avoir pressé son ami de venir le rejoindre à Montpellier. Du box, Jean-Michel Bissonnet nie. Il défie même le président de trouver trace de ce coup de fil sur les relevés téléphoniques. Une enquête supplémentaire est ordonnée ; les gendarmes trouveront qu’il a bien passé un coup de fil d’un quart d’heure, depuis le restaurant, à son vieil ami d’Harcourt. C’est-à-dire que, même quand il n’est pas dans la colère, l’insulte ou l’indignation, cet homme ment.

Une avocate sort maintenant. Cheveux longs, beau visage, vraie présence, on a senti qu'elle avait beaucoup de compassion pour Meziane Belkacem. Pour le défendre, elle a fait comprendre la trajectoire de cet homme, fils de harki, mal aimé, en échec familial et professionnel, illettré et subjugué par son patron. Après ce verdict relativement clément, - 20 ans contre les 25 demandés par l’avocat général - , Maître Iris Christol dit sobrement : « ces peines représentent la vision que j’avais du dossier. Les choses sont à leur place. »

Enfin Maitre Louis Balling, l’avocat d’Amaury d’Harcourt conclura : « mon client a le sentiment d’avoir été entendu : l’histoire qu’il a présentée n’est pas un mensonge. La cour a pris en compte le fait que M. d’Harcourt est un homme âgé et fragile, qui a été affectivement manipulé. » En entendant ces propos, on revoyait ce vieil aristocrate, très digne, très droit dans le box des accusés. Il avait même glissé une petite pochette dans sa veste pour rester chic jusqu’au bout. Le matin même, du bout des lèvres, il m’avait confié : « je suis content d’avoir tout dit ; je suis en paix. » Et comme je lui demandais si cela n’était pas trop dur de n’avoir ni famille, ni ami auprès de lui, il m’a répondu : « non, c’est mieux comme ça. »

Il y aura un deuxième procès. Jean-Michel Bissonnet a fait appel de sa condamnation pour complicité d’assassinat. Le parquet général devrait en faire autant pour les deux autres accusés, puisque la cour a prononcé des condamnations moins lourdes que celles réclamées par les avocats généraux.

On ne peut qu'espérer d’ici là que le temps fasse son œuvre, et libère les consciences. Jean-Michel Bissonnet comprendra peut-être qu’il doit cela à ses fils et à son petit-fils.

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commentaires

Macha Péril 14/02/2011 14:47


Croyez-vous sincèrement à ce que vous écrivez ? Pensez-vous sincèrement que ce verdict a libéré Florent et Marc Bissonnet ? Qu'aujourd'hui, ils peuvent se dire, en en étant persuadés, que "papa a
tué maman !" ? Non ! Mille fois non. Ils demandaient que l'accusation étaye les faits et cesse de faire des interprétations basées sur les mensonges successifs de Belkacem et de d'Harcourt. Le
dégoût exprimé par Marc quelques jours avant l'énoncé n'a fait que se renforcer. Comment croire en une justice qui préfère la parole de criminels qui avouent leur participation plutôt que la parole
des enfants et du père de Bernadette qui sont et resteront éternellement convaincus de l'innocence de Jean-Michel Bissonnet ?