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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 16:18

Depuis le début de cette affaire, (deux audiences),on ne l’avait encore jamais vu : ce matin François- Marie Banier  patientait avec ses avocats dans le grand hall du TGI de Nanterre. Costume de velours côtelé beige, cravate dans les mêmes tons sur chemise bleu ciel, le photographe semblait relativement décontracté, se refusant toutefois à une quelconque déclaration à la presse. Arrivé dans la salle d’audience, il s’assoie du coté gauche mais bien vite un huissier vient lui dire que le banc des prévenus est à droite ; sourires ; Du coté des parties civiles, deux avocats s’installent : ils représentent l’un la fille, Françoise Bettancourt-Meyers, l’autre, la mère, Liliane Bettancourt, l’héritière de 30% du capital de l’Oréal. Un océan d’hostilité sépare les deux avocats, comme leurs clientes respectives.

Cette audience dite intermédiaire avait pour but de régler un problème soulevé par l’avocat de Liliane Bettencourt: Maitre Georges Kiejman demandait que la présidente de la 15éme chambre correctionnelle, Isabelle Prévost- Deprez soit dessaisie de cette affaire car elle est engagée à titre personnel dans un bras de fer contre le chef du parquet de Nanterre, Philippe Courroye.

Le tribunal entre, le photographe-écrivain-artiste est appelé à la barre. Vos noms et prénoms ? « Banier, François-Marie, né le 27 juin 47, habitant … » « Vous êtes cité pour avoir abusé de l’état de faiblesse de madame Bettencourt pour avoir obtenu de sa part des dons totalisant un milliard d’euros » résume la présidente.  Leger silence. Le prévenu regagne sa place.

Il restera impassible durant l’audience, sortant parfois un petit carnet rouge pour prendre furtivement une note.

Maitre Kiejman a la parole. Il explique à la présidente du tribunal qu’elle ne peut traiter cette affaire sensible en prenant systématiquement le contre pied du parquet, comme si il se jouait là un combat d’une autre nature. « Nous devons être jugé par un tribunal indépendant et impartial, ce sont les conditions d’un procès équitable. Les premières décisions, dont celle de faire examiner madame Bettencourt par un neuro-psychiatre, vont à l’encontre des réquisitions du parquet ; c’est systématique ! »  A la fin de la plaidoierie, l’avocat lira une lettre manuscrite de Madame Bettencourt à sa fille : seul moment d’émotion et peut être de vérité de cette matinée. Elle lui dit que ce procès meurtrit les dernières années de son existence, et que la tranquillité de la fin de sa vie est entre les mains de celle qui intente ce procès. .. Difficiles relations mères-filles, incompréhension, rancœur, amour déçu…

Maitre Metzner adoptera le discours inverse ; pas question pour le tribunal de se dessaisir : ce ne sont pas les avocats qui choisissent leurs juges ! Si ce jugement est contesté il y aura une cour d’appel pour refaire le procès. Par ailleurs, quel est le statut de Madame Bettencourt, s’interroge l’avocat ? De quoi est-elle victime alors qu’elle soutient le prévenu ,M. Banier ?

 

Restait l’avocat de F.M. Banier à entendre. Maitre Hervé Témime a eu une formule choc : " Monsieur Banier veut être jugé !" Et il a ajouté " Nous ne faisons aucun procès d’intention au tribunal même si nous connaissons le mauvais climat qui règne entre le siège et le parquet. Cessons de perdre du temps ! "

Après s’être retiré une quinzaine de minutes, le tribunal a décidé de "joindre l'incident au fond".Comprenez, c'est bien ce tribunal (avec la même présidente) qui établira ou non la culpabilité de François Marie Banier.  Et rendez vous a été pris pour un examen complet de l’affaire du 1er au 6 juillet. 

Le prévenu s’est éclipsé discrètement comme une des ombres qu'il sait si bien faire surgir de ses photos.

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