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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 19:51

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Et de deux ! le procès de Dieter Krombach va reprendre après une interruption au mois d'avril pour raisons de santé.

André Bamberski arrive vers neuf heures ce matin au palais de justice de Paris avec sa grosse sacoche, plus épaisse que celle de ses deux avocats. Depuis la mort de sa fille Kalinka en 1982, il n’a de cesse de traquer celui qu'il considère comme le meurtrier de sa fille. Pas une cote de procédure qu’il n’ait passée en revue. Une obsession qui ne cessera, dit-il, que lorsque le beau-père de Kalinka sera définitivement condamné : « Cette fois, je n’ai pas peur », dit–il dans un souffle. Afin que le procès aille enfin à son terme, il compte sur les aménagements que la justice a consentis au cardiologue allemand. Une salle d’assises moderne, plus petite, une couverture rouge, des coussins, de l’eau pour adoucir le sort de l’accusé. Le soir, il ne couchera pas à Fresnes, mais juste à côté, à l’hôtel-Dieu. Alors le "père courage" veut y croire : il touche au but. La mère de Kalinka se glisse, elle, discrètement vers la salle des assises. Elle s’est finalement constituée partie civile contre son ex-mari. Pas facile, sans doute.

Dans le camp d’en face, Diana Gunther qui arrive avec son frère défend son père, avec vigueur. Elle indique que Dieter Krombach est très diminué : « Il a des vertiges, des pertes de mémoire, il commence une phrase mais ne la termine pas ». Elle répète que son père est innocent, qu’il est une victime lui aussi de l’acharnement d’un homme, et que la justice française n’a pas le droit de le juger.

Avec plus d’une heure de retard, le cardiologue entre dans le box. Il marche difficilement avec une béquille bleue. Costume chic sombre, chemise blanche, il est resté bel homme malgré ses 76 ans. Mais il paraît fatigué, décline son identité avec une voix rauque, légèrement tremblante, et visiblement il entend mal.

C’est bientôt le temps du tirage au sort des jurés. Parmi les noms cités apparaît celui de Gérard d’Aboville, mais il ne sera pas tiré au sort. 9 jurés, plus d’hommes que de femmes.

Dieter Krombach n’a jamais été poursuivi dans son pays. Or, le cardiologue a été condamné en France par contumace en 1995 à 15 ans de réclusion criminelle pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Jamais le mandat européen n’a été exécuté par la justice allemande. Il encourt cette fois la réclusion à perpétuité pour meurtre.

Ses avocats contestent d'entrée de jeu la légalité de ce procès. D’abord parce qu’ils estiment que la justice allemande l’a déjà jugé et n’a rien trouvé de suspect dans la mort de Kalinka. Et il y a une règle de droit qui veut qu’on ne puisse juger quelqu'un deux fois pour les mêmes faits. Ensuite, parce que le cardiologue a été enlevé en Autriche, tout près de la frontière allemande et que le procès a été rendu possible grâce à cet épisode illégal. Le procès serait donc entaché de nullité.

Il est peu probable que la cour retienne ces arguments. Elle les a déjà rejetés lors du précédent procès au printemps dernier, procès interrompu pour raisons de santé. Mais cela montre que cet homme, même diminué, va se battre. Pour lui, Kalinka est morte accidentellement après une injection de fer destinée à l’aider à bronzer. Mais depuis, d’autres faits troublants permettent de douter de cette version. La première femme du cardiologue est morte après avoir reçu la même injection. Il a été condamné a deux ans de prison avec sursis en 1997 pour avoir violé une lycéenne endormie par anesthésie. Il a été emprisonné en 2006 pour escroquerie et exercice illégal de la médecine. Il ne s’agit donc pas d’un médecin irréprochable et d’un beau-père sans problème, mais d’une personnalité complexe, peut-être capable d’utiliser son savoir pour se rendre maître de son entourage.

On ne peut que regretter que ce procès n’intervienne que si longtemps après les faits. 29 ans exactement ! plusieurs témoins sont morts ou hors d’état de se déplacer. Peut-on atteindre la réalité des faits ?

 

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