Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 00:26

Il faisait très chaud dans la salle d’audience. Plus de six heures de débat déjà quand la colère de Dominique de Villepin  éclate.

 Il est question pour la énième fois de la réunion du 9 janvier 2004. C’est le point de départ de l’affaire Clearstream. Elle se passe au Quai d’Orsay et réunit le ministre, Jean Louis Gergorin et le général Rondot. Dominique de Villepin demande à l’homme des services secrets officiellement rattaché au ministère de la Défense, d’enquêter sur l’existence et la pertinence des listings issus de la chambre de compensation Clearstream. Le Général Rondot a noté d’abord rapidement sur des fiches bristol puis au propre sur des notes reprenant explicitement ce qu’il avait vu et entendu. Et il a confirmé plusieurs points embarrassants pour Dominique de Villepin : le ministre des Affaires Etrangères a fait état d’une instruction du président de la république, les investigations devaient être menées dans le plus grand secret et enfin et surtout  le patronyme de Nicolas Sarkozy  a été évoqué clairement.

Sur une question du procureur, Dominique de Villepin se lève, attrape le micro et d’une voix blanche assène : « Je n’ai pas demandé au général Rondot de venir avec ses fiches et ses petits crayons pour devenir le scribe d’un ministre qui complote. Si j’avais voulu régler des comptes avec Nicolas Sarkozy, ce que je n’ai jamais fait, pourquoi ne pas s’intéresser à Claude Géant ou Brice Hortefeux qui alimentent les soupçons sur les grands contrats financiers ? Toute l’histoire de ma relation avec Nicolas Sarkozy montre que non seulement je n’ai pas voulu régler des comptes mais que j’ai fait abstraction des coups qui m’étaient portés.

 

Et Dominique de Villepin poursuit : « Le 9 janvier 2004 nous n’avons jamais évoqué Nicolas Sarkozy en lien avec des comptes bancaires cachés ! On ne demande pas au Général Rondot puis plus tard à un service comme la DST de faire une enquête si on veut comploter ! Une dénonciation calomnieuse a ceci de particulier, en matière politique, qu’elle signe la mort de celui qui en est à l’origine ; Il faudrait n’avoir aucun sens de sa propre survie politique, aucun sens de son honneur pour agir ainsi. Je le dis : il y a ici quelque chose de scandaleux !

 

Ce « coup de gueule » est venu après l’examen d’un épisode peu glorieux mais embarrassant pour Dominique de Villepin. En effet le 25 mars 2004 l’informaticien Imad Lahoud est placé en garde à vue pour une histoire de faux et d’escroquerie. Le commissaire découvre dans la poche d’Imad Lahoud une lettre écrite par Jean Louis Gergorin qui place son protégé sous la protection du général Rondot. Or, l’informaticien est relâché le soir même et on a retrouvé trace d’un appel téléphonique ce fameux 25 mars entre Dominique de Villepin et le général Rondot. A la barre le général a confirmé que le but de l’appel était bien de faire libérer l’informaticien. C’est un point crucial. Car si Dominique de Villepin est intervenu, c’est qu’il sait qui est la source, qu’il veut la protéger et donc qu’il a une part de responsabilité dans la manipulation.

 

En tant qu’observateur on ne peut que constater une fois de plus que c’est parole contre parole. Mais on pressent aussi que devant ce tribunal la déposition d’un général sous serment a plus de poids que celle d’un brillant ex-premier ministre. Peut-on parler pour autant de " preuve" au sens judiciaire du terme ?

 C’est la fin de l’audience, un orage terrible est venu rafraîchir l’atmosphère. Juste à temps.

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires