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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 23:16

Sa colère éclate à la sortie du tribunal. Maître Herzog n’assistera pas à la fin des questions posées à Pierre de Bousquet de Florian : il en assez entendu. « Vous venez d’entendre un grand serviteur de l’Etat mentir sous serment » fulmine-t-il. Et vous avez vu sa tête quand j’ai parlé des post-it ! Quand il y a eu une perquisition, on a retrouvé des petites notes du 5 juillet puis du 7 juillet qui prouvent qu’il connaissait l’affaire et son potentiel explosif bien avant la sortie de l’article du Point ! ».

Retour en arrière. Pierre Bousquet de Florian est aujourd’hui préfet du Pas de Calais. C’est lui qui vient de superviser le démantèlement de la « jungle », refuge des afghans en quête de passage vers l’Angleterre. A l’époque de l’affaire Clearstream, il est le directeur de la DST. Il a la réputation d'être un énarque proche de Jacques Chirac.
Pourtant il affirme qu’il n’a connu l’existence des listings que quelques jours avant la sortie de l’article du point en juillet 2004. « Le 10 juillet je récupère une liste sur laquelle il n’y a pas Hortefeux mais il y Squarcini, Martini , plusieurs personnalités politiques et les ennemis de Jean-Louis Gergorin dans le monde de l’aéronautique et la défense. Dominique de Villepin me dit : Regarde ce qu’il y a derrière »
 Et l’ancien directeur de la DST précise que sa mission était « imprécise ». Il relate un bref contact avec le général Rondot qui lui lâche un « c’est bidon », sans plus. Mais à la mi-septembre par une de ses sources il récupère un document présenté comme de la main de Jean-Louis Gergorin avec les noms et numéros de compte de quatre ou cinq noms qui se trouveront sur l'une des listes envoyées au juge. Nous sommes le 17 ou 18 septembre . Le 22 septembre il en parle à Dominique de Villepin, lui montre la note de Gergorin. Dominique de Villepin écoute ce compte rendu et lui dit qu’il va avertir Arnaud Lagardére du problème posé par l’attitude de Jean Louis Gergorin.

« A la mi-octobre dit- il je reçois un coup de fil de Nicolas Sarkozy, qui est à ce moment là ministre de l’économie. Cela se passe mal » Très en colère Nicolas Sarkozy l’accuse en effet de lui avoir caché le rapport de la DST sur cette affaire. « Ce rapport m’innocente, dit en substance Nicolas Sarkozy, et vous laissez prospérer l’affaire. » Et aujourd’hui à l’audience Pierre Bousquet de Florian a minoré l’importance des investigations qu’il a fait réaliser par ses services. Il précise même qu’il n’y a jamais eu ni filature, ni écoute téléphonique au cours de la recherche d’informations comme cela se passe quand une affaire est prise au sérieux. Il indique qu’il n’a pas davantage encouragé le dévoilement de ses investigations à la justice puisque le juge Van Ruymbeke avait déjà reçu les listings et menait sa propre enquête.

 Lorsque l’avocat de Nicolas Sarkozy entame son tour de questionnement, l’homme de la DST sait qu’il va passer un mauvais moment.

 Questions de Maitre Herzog : la DST a- t-elle oui ou non fait un rapport sur les listings ? Où sont les notes produites sur ce sujet ? Pourquoi la plus part d’entre elles se sont-elles égarées ou ont-elles été classifiées secret défense ? Et puis une question plus embarrassante : avez-vous le souvenir d’une conversation le 25 mars 2004 (jour ou Imad Lahoud est interpellé dans une affaire d’escroquerie avant d’être relâché sur intervention)? Et les post-it retrouvés chez Dominique de Villepin, qui parlent des répercussions de l’affaire, cela vous dit quelquechose ?

Sous le feu roulant des questions, l’ex patron des services secrets s’énerve : « Je ne peux accepter le procès en loyauté qu’on me fait. J’ai servi Monsieur Sarkozy au ministère de l’intérieur pendant trois ans sans problème » Mais Maître Herzog considère l’homme qu’il a en face de lui comme un traître. Selon lui, l'ancien patron de la DST fait partie de la conspiration organisée par Dominique de Villepin.
L’affaire est entendue, le président du Tribunal se fait communiquer la cote du dossier sous laquelle sont enregistrés les "post-it".

 L’orage a été bref. L’heure est tardive. Maître Herzog quitte le palais de justice laissant derrière lui comme une odeur de poudre. 

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