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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 23:05

Cette cinquième journée d’audience serait consacrée à la « dénonciation ». Ainsi en avait décidé le président dans un plan un peu alambiqué puisque entre la fabrication des faux et la dénonciation, il s’est passé beaucoup d’évènements qui n'ont pas été abordés.

Mais avant de décrypter cette partie du dossier, il faut terminer l’audition des parties civiles qui n’avaient pu être entendues la veille. Dominique Baudis, qui en a vu d’autres puisqu’il a été accusé de meurtres d’enfants, de tortures, de viols à Toulouse vient dire son dégoût devant cette forme de calomnie. Puis un magistrat, Gilbert Flam, clame son indignation de se voir son nom figurer dans ce qu'il appelle "l’annuaire de la corruption ". A ce moment, sur une question du président du tribunal, Dominique Pauthe, Dominique de Villepin se déplie : « je n’ai jamais eu connaissance de ces listings, je ne les ai jamais eu entre les mains »Silence ; il se rassoit.

Il n’en dira pas plus, laissant Imad Lahoud, «  l’informaticien de génie » et jean Louis Gergorin, l’ancien numéro trois d’EADS se déchirer. C’est en fait Jean Louis Gergorin qui a été mis sur le grill durant les trois quart de l’après midi. Le tribunal a voulu connaître les motifs des dénonciations contenues dans les lettres envoyés par JL.Gergorin au juge Renaud Van Ruymbeke. Chaque envoi était accompagné d’une lettre de dénonciation : tout y est passé : la maffia russe, les narco trafiquants, les ennemis du clan Lagardére au sein d’EADS. D’ailleurs, le président du tribunal rappelle le témoignage de Philippe Camus : "lorsque était évoqué telle ou telle menace pour l'entreprise ,on finissait par dire « c’est une Gergorinade ! ». Et l’homme tout polytechnicien et énarque qu’il est, assume : il croyait dur comme fer à la véracité des listings, à l’existence d’un réseau de paiement de commissions occultes et de corruption. Il refuse la dénomination de corbeau : si il a avancé masqué en rencontrant en pleine nuit le juge Van Ruymeke chez son avocat, c’est pour des raisons de sécurité. Il y a déjà eu des morts suspectes liées à la vente des frégates...
 Tout cela est dans le dossier d’instruction, rien de nouveau ne semble surgir de cette audience. Surtout qu’Imad Lahoud continue sa stratégie de la modestie: c'était un employé qui obéissait au chef et il ne connaissait pas le nom des personnes ajoutées sur les listings.
Les deux procureurs attendaient le moment pour attaquer. Ils concentrent leurs flèches sur JL Gergorin : Vous êtes bien polytechnicien ? Énarque ? ancien supérieur hiérarchique du Général Rondot ?ancien numéro 3 d’EADS ? Alors comment ne saviez vous pas ce qu’est une chambre de compensation ? « À l’époque répond Jean Louis Gergorin en haussant les épaules, je ne savais pas, j’ai pris comme argent comptant les synthèses d’Imad Lahoud » Et le procureur général va pilonner la soi-disant ignorance ou naïveté de JL Gergorin dans l’espoir de lui voir reconnaître sa part de responsabilité. Peine perdue. L’homme continue à se décrire comme un chevalier blanc, préoccupé uniquement par la défense de son entreprise et attentif à déjouer les complots et les comploteurs. Malgré sa démarche de dénonciation il se décrit toujours dans une posture défensive. Et ce que l’on perçoit du flot de paroles sous lequel il a noyé le tribunal c’est sa passion pour son milieu de l’aéronautique et de la Défense. Très loin du microcosme politique.

A la sortie de l’audience, je suis allée voir Florian Bourges,le jeune auditeur qui est à l’origine de l’affaire puisque c’est lui qui a copié les listings de Clearstream. Et je lui ai posé la question : est ce qu’il était si facile de voir que les listings avaient été falsifiés ? Il m’a répondu : « Non, ce n’était pas du tout évident au début. Ce n’est qu’au quatrième envoi reçu par le juge que j’ai vraiment compris qu’il s’agissait de faux ».

 Résumons : Lahoud, le faussaire et Gergorin l‘obsédé des complots ne peuvent pas forger à eux deux ce qu’on sait aujourd’hui de l’affaire Clearstream. Il faut beaucoup plus : une allumette et des courants d’air pour souffler sur l’incendie…  

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