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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 00:06

Dans le procés Clearstream, en cette troisième journée, il faut commencer l’histoire par la fin. Imaginez une audience commencée à 13.30 ou les débats traînent depuis près de sept heures. Et puis tout d’un coup un murmure, un frisson traverse qui la salle... On voit les avocats (nombreux dans la salle puisqu’il y a 39 parties civiles) se pencher, se parler. Puis voila Maitre Metzner entrer précipitamment avec des feuillets à la main ; il rejoint son banc et trouve un moyen d’interrompre les débats. Le président lui donne la parole : il dit que de New York le président Sarkozy vient de s’exprimer sur les grandes chaînes de télévision, TF1,France 2, qu’il a été interrogé sur  Clearstream. Il le cite « Au bout d’une longue enquête, deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être renvoyés devant le tribunal correctionnel.. »Et  l’avocat de Dominique de Villepin reprend : «  C’est cela le respect de votre tribunal ?de votre parquet ? C’est cela qu’un président de la République donne comme spectacle de l’indépendance de la justice ? La présomption d’innocence est un droit fondamental. Et le président de la république la bafoue en direct devant des millions de français. On a déjà voulu pendre Dominique de Villepin à un croc (de boucher), maintenant on le dit déjà coupable ! »

 Le président du tribunal ne sait comment reprendre la main. Maître Herzog qu’habituellement rien ne démonte, encaisse. Puis Maître Metzner quitte l’audience pour annoncer qu’il portera plainte contre Nicolas Sarkozy pour atteinte à la présomption d’innocence. Beaucoup de journalistes présents ont suivi l’affaire Colonna et rappellent la plainte qu’Yvan Colonna avait déposé parce Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur avait annoncé l’arrestation de « l’assassin » du préfet Erignac. Quant aux avocats ils commentent et rappellent en riant sous cape que  le chef de l’état est pourtant un ancien avocat.

A part cela que reste t-il de cette journée ? Les aveux d’Imad Lahoud, un petit homme empêtré à la barre dans la toile de ses mensonges. « Oui, j’ai recopié sur une feuille de listings les noms de Bocsa et Nagy dit l’informaticien franco-libanais mais à la demande expresse de Jean Louis Gergorin ». Il ajoutera, « j’étais sous l’emprise de celui qui était très puissant, mon patron ; j’étais sa chose ». Puis il racontera une histoire peu crédible : la falsification aurait eu lieu dans un bureau du ministère de l’intérieur en présence d’Yves Bertrand l’ancien directeur des Renseignements généraux. Jean Louis Gergorin, énarque, polytechnicien ne perd jamais son sang froid. Il n’explique pas comment il a pu tomber d’une certaine façon sous le charme de cet informaticien. Il croyait vraiment en sa compétence dira-t-il, il lui donne un contrat de consultant, puis l’installe dans son entreprise avec des responsabilités non négligeables. Il parle de lui à l’époque comme d’un informaticien de génie. Etonnant à entendre aujourd’hui.

 

Mais à aucun moment pendant l’audience on arrive à avoir la certitude que Jean Louis Gergorin a donné des ordres de falsification à Imad Lahoud. On comprend qu’il était fasciné à lépoque par cet immense réseau de corruption qu’il pensait avoir mis à jour. Et il dira à longueur d’audience : « totalement loufoque ! » devant  ce qui semble être de gros mensonges proférés par Lahoud.

Pendant  les longues heures qu’a duré le duel entre I. Lahoud et JL Gergorin, Dominique de Villepin reste en retrait, tente pourrait on dire de se faire oublier. C’est sans compter avec Maitre Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy : « vous connaissez Dominique de Villepin » demande-t-il à I.Lahoud. « oui, je connais très bien sa belle sœur et j’ai rencontré par son intermédiaire D. de Villepin » Suit des phrases aimables sur l’action de l’ancien ministre des affaires étrangères à l’ONU. « Quand l’avez-vous rencontré ? » demande l’avocat « En 2005, j’étais ébranlé par toute cette affaire. Un ami m’avait dit : c’est toi le libanais qui va morfler pour tout le monde. C’est  là que Jean Louis Gergorin a organisé une rencontre avec lui » C’est alors que Maitre Metzner enfonce définitivement Imad Lahoud en lui faisant préciser les détails de cette rencontre immaginaire. Puis, il demande a son client de répondre : « Monsieur le président je n’ai jamais rencontré Imad Lahoud. Mais je dois dire que j’ai été très touché par ses remarques obligeantes sur la politique que j’ai menée et je voudrais lui dire l’affection que je porte au peuple libanais ».

A chacun sa vérité. Prochaine audience lundi prochain.

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