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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 23:19

 Tout procès a son atmosphère. Clearstream débute sous le signe d’une fin d’été d’une grande douceur. Beaucoup de journalistes se retrouvent à la buvette du palais pour avaler un repas sur le pouce et être à l’heure au début de l’audience. Ce matin on commente d’une table à l’autre les déclarations plutôt vachardes de Pierre Charon. Le conseiller de Nicolas Sarkozy est partie civile au procès et ce matin quand un journaliste de RTL lui a demandé ce qu’il pensait de la manière  théâtrale avec laquelle Dominique de Villepin avait géré son entrée en scène, il a répondu : « j’étais consterné de le voir confondre le Club Méditerranée et la 11éme chambre correctionnelle ; il ne lui manquait plus que les palmes et la planche à voile ! » Et pan ! Les journalistes sont hilares. Une autre consoeur préfère s’attarder sur la veste portée par l’épouse de Dominique de Villepin : « Vous avez vu elle avait une grande colombe brodée dans le dos ! je lui ai demandé si elle l’avait achetée exprès. Elle m’a dit que non, qu’elle l’avait dans son placard et que cela lui paraissait le bon jour pour ressortir le modèle de Frank Sorbier, l’un de ses couturiers préférés » Et une autre consoeur de renchérir "mais oui c’est celle qu’elle portait quand ils ont quitté Matignon ! » Le détail qui tue.

A 13H 15 tout  le monde se dirige vers la salle. L’hystérie d’hier est heureusement un peu retombée. Dominique de Villepin s’est glissé à son banc sans tambours ni trompettes.
C’est le plus jeune des prévenus qui est à la barre. A l'époque des faits, Florian Bourges avait 23 ans : il sort de l’EDEC et frais émoulu de son école de commerce, il est affecté comme stagiaire d’une société de commissaire aux comptes à Clearstream, tout simplement parce qu’il a une bonne pratique de l’un des logiciels de la banque luxembourgeoise. Sa mission: rechercher tout ce qui peut porter tord aux actionnaires. Il travaille avec conscience et repère des anomalies, des « comptes fantômes ». Chaque fois qu’il rédige des mémos pour les signaler, on le rabroue. « Je connaissais Denis Robert par ses livres. J’ai eu envie de l’aider ; je lui ai fait passer le fichier clients que je détenais pour qu’il compare les fichiers clients publiés et ceux qui étaient non publiés avec l’idée que le différentiel c’était des comptes dissimulés » Puis après de longues digressions, il dit qu’il a aussi rencontré Imad Lahoud et qu’il lui a confié sous la foi de sa carte de la DGSE barrée de tricolore, les listings. « Il prétendait lutter contre le financement du terrorisme. Je l’ai vu dans un café à Courbevoie. Il a recopié le contenu de mon ordinateur sur une clef USB »Florian Bourges, barbe soigneusement taillée et fines lunettes, semble plutot sur le versant boy scout de l’affaire. En tous cas complètement dépassé par les conséquences de son acte.

Entre alors en scène Denis Robert. Un journaliste, écrivain qui fait aussi des films. En 2003, il a déjà écrit un livre sur le système Clearstream et a dénoncé l’opacité organisée par cette chambre de compensation. Il doit faire face à une pluie de procès mais il s’acharne. Il sait que les juges français recherchent les rétro commissions liées aux ventes de frégates à Taiwan. Il est persuadé que la clef se trouve dans le système Clearstream « Florian Bourges tente de ma vendre des listings. Je refuse de les acheter. Il accepte alors de me rencontrer et me les remet sous forme de CDROM. « Pour moi Clearstream est un poumon essentiel de la finance parallèle. Lorsque je reçois le listings avec 33.000 comptes je l’analyse et je trouve toutes les plus grandes sociétés françaises, 107 pays en cause dont 41 paradis fiscaux".
Puis le journaliste poursuit dans le temps :" En février 2003 je rencontre Imad lahoud qui m’a été recommandé par un ami en qui j’ai totale confiance. C’est un as de l’informatique, il sort de prison, il a été victime d’une arnaque, il veut se venger. Je lui laisse copier les listings. Vous savez c’est impossible de ne pas se faire avoir par Lahoud. C’est un traître, mais il avait tout pour me convaincre ! »

Après raconte encore Denis Robert il se met à douter du personnage ; celui qui se présente comme un hacker hors pair capable de pénétrer n’importe quel système informatique remet toujours à demain la démonstration qu’il dit pouvoir réaliser sur Clearstream.

 Denis Robert raconte que I.Lahoud l’a emmené dans un sous sol secret d’EADS où travaille  une équipe d’informaticiens dans  le plus grand secret.Il l’impressionne, le mène en bateau.

 Puis arrive mai 2004, les lettres du corbeau. Et comble de l’ironie le juge Van Ruymbeke le contacte pour lui demander son expertise sur les fichiers qu’il vient de recevoir. Denis Robert comprend alors qu’il a des similitudes avec les listings fournis à I.Lahoud , mais il y a aussi des différences qui sautent aux yeux : ils ont été profondément modifiés. Comment ? par qui ? La réponse peut-être demain avec l’interrogatoire d’Imad Lahoud et de Jean -Louis Gergorin. 

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