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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 10:08

Enfin l'ouverture du procès Clearstream: au palais de justice de paris, personne ne voulait manquer l’entrée des protagonistes de l’affaire. Aussi dès midi cameramen et photographes virevoltaient alors que l’ouverture du procès n’avait lieu qu’à 13H30.
 Cavalcades dans un couloir : c’est l’arrivée d’Imad Lahoud qui semble vouloir se cacher ou s’abriter derrière son avocat, suivi de Jean- Louis Gergorin qui se mure dans un silence souriant. Il est presque l’heure quand théâtralement la famille de Villepin entre par une porte réservée aux magistrats. Dominique, sa femme, ses trois enfants. Tous grands, beaux. L’ex-premier ministre s’avance vers les cameras alors que les applaudissements de ses partisans crépitent : « Je suis ici par la volonté d’un homme, Nicolas Sarkozy qui est aussi président de la République française. J’en sortirai libre et blanchi, au nom du peuple français. Certains voudraient croire qu’il n’y a pas dans notre pays de procès politique, je veux le croire aussi… » et il s’engouffre dans la salle du tribunal, là même ou Marie-Antoinette a été jugée, condamnée et emmenée directement à la guillotine : tout un symbole.

La salle est surchauffée, les avocats (tous les grands pénalistes parisiens) des 39 parties civiles et certaines d’entre elles comme J.C Marchiani, Pierre Pasqua ou le journaliste,Edwy Plenel sont présents. Beaucoup restent debout ; devant les 5 prévenus s’efforcent de faire bonne figure sans se parler. L’ex-premier ministre est assis à coté d’Imad Lahoud. Pourtant ce matin, les étiquettes collées prévoyaient qu’il soit assis à coté de son ami, J.L. Gergorin…

 Le tribunal entre (trois magistrats) et chaque prévenu doit décliner son identité et ses moyens d'existence. JL Gergorin déclare 130.000 euros par an de revenus comme auto entrepreneur en conseil stratégique, I. Lahoud, 1850 euros par mois comme enseignant agrégatif et Dominique Galouzeau de Villepin comme tient à le préciser le président, dit gagner 20.000 euros d’honoraires par mois en tant qu’avocat.

Le procès peut donc commencer. Et la meilleure défense étant l’attaque, c’est maître Henri Leclerc, grand défenseur des Droits de l’Homme qui va mener la charge. Un président de la République peut-t-il être partie civile dans un procès sans qu’il y ait rupture du procès équitable ? Réponse : impossible, la Cour Européenne exige une vraie indépendance de la justice.Comment est-ce que le procureur ici présent (Jean-Claude Marin) a pu donner sa vision des choses à la radio (fin août,sur Europe 1) disant sa conviction que Dominique de Villepin est à ses yeux coupable d’une partie des charges ? Un procureur forcément téléguidé dit-il indirectement puisque Nicolas Sarkozy nomme les magistrats, à travers l’organisme qu’il préside, le Conseil Supérieur de la Magistrature…

Réplique de Maître Thierry Herzog depuis son banc au milieu de la salle : « On parle de tumulte, de tintamarre. Mais c'est en toute discrétion-vous remarquerez que je ne me suis jamais exprimé avant le procès- que Nicolas Sarkozy est une partie civile comme les autres ! » Et l’avocat va assez cruellement rappeler toutes les déclarations de D. de Villepin sur le sujet. Celle-ci par exemple quand il était à Matignon : « Que la justice fasse droit à toutes les personnes qui ont pu être blessées par cette affaire.. ». Et il poursuit en disant que tant que D. de Villepin n’était pas encore mis en cause dans cette affaire, il était compatissant, qu’il avait ensuite toute latitude de contester la constitution de partie civile durant l’instruction et qu’il ne l’a pas fait. Et que maintenant il est un peu tard. L’avocat hausse le ton, pilonne ses contradicteurs, ratisse toutes les allées du droit, pour parvenir à la conclusion : « Nicolas Sarkozy est-il le seul français qui n’aurait pas le droit d’être victime ? »

Les balises sont posées, la canonnade pourra avoir lieu. C’est à peine si on écoute le procureur Jean Claude Marin défendre au nom du droit la constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy. La cour se retire.

 Une demie-heure plus tard, le tribunal dit qu’il « joint l’incident au fond » ce qui signifie qu’il répondra à cette question dans sont jugement final. Autant dire que l’ombre de Nicolas Sarkozy par l’intermédiaire de son avocat se profilera tout au long des débats.

 

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