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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 12:24

1  -     Qu’est ce que Clearstream ?

En anglais (courrant limpide) est une chambre de compensation internationale située au Luxembourg. Cette institution a été crée en 71, ses clients sont des banques, des institutions financières ou des entreprises. Elle effectue des transactions et les sécurise. Elle est spécialisée dans l’échange de titres. Il est a noter qu’aucun particulier ne peut ouvrir de compte chez Clearstream

En 2001 et 2002 le journaliste Denis Robert publie 2 livres (Révelations en 2001 et Boite noire en 2002) sur Clearstream. L’auteur a eu maille a partir avec la justice sur ses révélations néanmoins une commission parlementaire a permis de vérifier la réalité des mécanismes  de dissimulation mis en place : cet outil renferme une sorte de double fond, qui permet d’avoir à la fois des transactions officielles entre banques ou institutions financières et d’autres beaucoup plus obscures. C’est avec ce type de soupçons qu’il faut mettre en perspective le fait de croire la véracité des listings.

 

2- Comment a débuté l’affaire ?

L’affaire débute en Mai 2004 avec deux envois, les 3mai et 14 juin,  (lettre et CD Rom) au juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke qui enquête alors sur des rétro commissions versées à l’occasion de la vente de frégates françaises à Taiwan. Il ,prend connaisance d’un listing de  16 121 comptes bancaires ouverts à Clearstream. La lettre d’accompagnement parle d’un comité (oligarques russes, narcotrafiquants, cartel de la drogue colombien, est- allemands…) qui serait responsable de la mort de Jean Luc Lagardére.

Parmi les personnalités, il y a des chefs d’entreprise comme

Philippe Delmas, vice- président du géant de l’aéronautique EADS

ou Alain Gomez ex-PDG Thomson devenu Thalès

des politiques, Chevènement, Madelin Strauss-kahn, Fabius

mais surtout le nom de Nicolas Sarkozy, à peine dissimulé  dans deux comptes ouverts rattachés à une banque italienne : Stéphane Bocsa et Paul de Nagy alors que le patronyme complet est Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ;

 
Trés vite, c'est à dire fin 2004, le juge Van Ruymbeke a la certitude qu’il s’agit d’une manipulation.

 

3 -A partir de quand est-ce que l’affaire sort au grand jour ?

Une enquête est ouverte sur la réalisation des faux : qui les a imaginés  réalisés, pourquoi ? Les juges, Jean Marie D’Huy et Henri Pons sont saisis. Ils commencent à entendre ceux qui figurent sur les listings. Philippe Delmas est  gardé à vue le 7 mai 2004 après une interpellation à l’aéroport de Toulouse en présence de ses collaborateurs. On l’interroge sur l’existence d’un compte à la banque Clearstream. Il est ulcéré et il sera le premier à déposer une plainte avec constitution de partie civile pour dénonciation calomnieuse.

 

4- les protagonistes de l’affaire

Passons rapidement sur le journaliste D. Robert qui est accusé de complicité de vol et sur le stagiaire d’une maison d’audit, Florian Bourges qui aurait copié les fameux listings. Ce sont des prévenus disons mineurs.

Les magistrats s’intéressent très vite à l’informaticien d’EADS, Imad Lahoud. Il a été recruté par Jean Louis Gergorin sur recommandation du Gal Rondot. Début 2003, ce franco-libanais collaborait avec la DGSE sur le financement des réseaux islamistes (Ousama ben Laden). Dans ce cadre, il a rencontré Denis Robert et a convaincu le journaliste de lui permettre de copier les fichiers Clearstream.

Imad Lahoud après avoir beaucoup changé de versions a finalement admis avoir falsifié les listings mais il l’a dit à un juge , Jean Marie Dhuy, qui l’interrogeait dans le cadre d’une autre affaire, -Et il prétend l’avoir fait sur instruction de J.L Gergorin .

 

Qui est donc Jean Louis Gergorin et quel est son rôle ?

C est un homme brillant, polytechnicien, énarque. Il fait ses classe au CAP ,centre d’analyse et de prévision du ministère des affaires étrangéres ou il fait la connaissance de D. de Villepin. (73-84)

 Il intègre le groupe Matra en 84, il devient l’un des collaborateurs directs de Jean Luc Lagardére. Il participe a ce titre aux conflits contre le concurrent Thomson dirigé alors par Alain Gomez. A la fin des années 90 il est l’artisan avec Philippe Camus de la fusion aerospatiale-Matra puis de la création d’EADS .

A la mort de JL Lagardère en 2003, JL Gergorin est persuadé qu’il s’agit d’un assassinat.

Alors quel est son rôle ?

En 2004, il est directeur d’une branche d’EADS. Il est convaincu que le groupe Lagardère est menacé par un groupe d’affairistes. Il dit qu’il bénéficie alors d’une information sur des comptes occultes de Clearstream. Il tente de déclencher une enquête des services secrets en contactant le général Rondot en 2003 puis en alertant D. de Villepin. Une réunion se tiendra à ce sujet au Quai d’Orsay en janvier 2004. A partir de là les déclarations des uns et des autres divergent. Pour JL Gergorin, devant l’inaction de Gal Rondot, et sous la pression de Dominique de Villepin, il décide de faire parvenir les listings à un juge. Il choisit R. Van Rymbeke , le rencontre nuitament par l’intermédiaire de son avocat et décide de lui faire parvenir ces listings accompagnés de lettres de dénonciation en 4 envois soit- disant anonymes au juge. Il réfute le qualificatif de corbeau. Il dit qu’il a agit ainsi pour des raisons de sécurité et qu’il n’a jamais su que ces listings étaient des faux et réfute toute idée de manipulation. Les juges ne sont pas de cet avis.Ils en renvoyé Jean-Louis Gergorin pour dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux, recel d’abus de confiance et de vol.

 

Reste le cas  Dominique de Villepin.

Il est ministre des affaires étrangères puis ministre de l’intérieur au cours de l’affaire alors que J. Chirac est à l’Elysée ;

En prenant connaissance des listings, il remarque les comptes qui se réfèrent à Nicolas Sarkozy et les signale au généralal Rondot. Le général le note très clairement dans ses petites fiches. Dominique de Villepin lui confie l’enquête  mais réclame la plus grande discrétion.

 Il portera une attention particulière au devenir ce ces listings, maintiendra des contacts étroits avec JL Gergorin et semble l’avoir incité à faire parvenir ces listings à la justice. Toute la question est de savoir si il l’a fait en sachant que les listings étaient faux. Au quel cas il  aurait bien mené une machination contre son rival Nicolas Sarkozy.

Dominique de Villepin dément. Il pense avoir agit dans le droit fil de son devoir d’Etat et sans avoir su qu’il s’agissait de faux.

Les documents les plus accusateurs pour D. de Villepin sont les fiches tenues par le général Rondot au cours de son enquête qui relatent ses rencontres et surtout le fait qu’il est parvenu assez vite à la conclusion que ces listings étaient des faux, qu’il l’a fait savoir, mais en vain.

 

5-Pourquoi est ce que le général Rondot n’est pas dans le box ?

Tout simplement parce qu’il n’a pas commis d’infraction. Ce n’est pas n’importe qui : il est entré dans les services secrets en 65 et à la fin des années 70 rejoint la DST, le contre- espionnage français. Il est chargé en 1997 de la coordination du renseignement au ministère de la Défense, poste qu’il a occupé jusqu’en 2005. Il a enquêté discrètement comme le lui demandait D. de Villepin, au nom du président de la République. Tout juste peut-on lui reprocher ne pas avoir tenu au courrant la DGSE de la demande d’enquête ou de ne pas avoir dit à Michèle Alliot Marie, sa ministre que figurait le nom de Sarkozy sur ces listings avant juillet 2004.

Son témoignage sera déterminant devant le tribunal. Car il peut confirmer ou infirmer la parole de D. de Villepin sur le fait que celui connaissait ou non la manipulation des listings.

 

6- Que penser des propos de Jean- Claude Marin fin août ?

Jean Claude Marin est le procureur de la République de Paris. C’est un haut magistrat qui occupe l’une des plus hautes fonctions du corps judiciaire. Il a décidé de venir soutenir l’accusation lui-même à l’audience- ce qui est exceptionnel- et a déjà fait connaître le fond de sa pensée : Il  estime que M. de Villepin avait été –je cite-«  un bénéficiaire collatéral mais conscient » de la diffusion des faux listings.

Cette déclaration a aussitôt entraîné de vives répliques de l’avocat de D. de Villepin  : « est- ce- qu’il s’exprime de sa propre initiative ? Je me pose la question » a répliqué Maître Metzner.

C’est toute l’ambiguïté de ce procès, l’un des plaignants étant devenu depuis président de la République, est ce que les armes sont égales ? C’est une vraie question

 

7-Sarkozy en a t-il fait une affaire personnelle ?

Sans aucun doute. En marge de son déplacement au Brésil, le chef de l’Etat a évoqué le procès : « Je n’ai pas changé d’avis. Mon nom est retrouvé dans le fichier d’une banque Luxembourgeoise dans laquelle je n’ai jamais mis les pieds. Je veux savoir qui a mis mon nom et pourquoi ! »

Pour autant l’Elysée se défend de peser sur le procès. « Il est grand temps que toutes ces combines sous  la Véme, une bonne fois pour toutes, on s’en débarrasse. Les officines, les combines, il y en a eu beaucoup et c’est une occasion d’en finir. Que les prévenus s’expliquent ! Que la justice décide »

 

Maintenant il y a une autre dimension à ce procès qui est politique. Les deux hommes ont été des alliés de circonstance, des concurrents, maintenant ils sont des ennemis jurés. Nicolas Sarkozy a toujours pensé que l’affaire Clearstream devait sortir à point nommé pour l’empêcher de prendre l’UMP. Il aurait même dit à ce propos : « la balle est passée à un millimètre »

Villepin affiche la sérénité. Il continue à disserter sur le Monde et interpréter la politique étrangère des Etats. Il laisse entendre que le chef de l’état s’intéresse à cette affaire avec une passion suspecte. Ce matin encore il répondait à notre confrère Christophe Barbier sur LCI. Nicolas Sarkozy s’est auto désigné comme victime dans cette affaire. Mais il faudra qu’il rende des comptes. Il a eu connaissance des listings beaucoup plus tôt que prévu » . On le voit, entre les deux hommes c’est un duel « à mort ».

 

8- déroulement du procès

Les 5 prévenus comparaitront à partir du 21 septembre à raisons de trois demie journée par semaine.Il y a 41 parties civiles dont celle de Nicolas Sarkozy. 18 témoins ont été cités par le parquet parmi lesquelles le général Rondot et l’ancien patron de la DST, Pierre Bousquet de Florian. Seront entendu, le juge Van Ruymbeke, Philippe Delmas, l’ancien vice président d’Airbus et le premier à avoir porté plainte, Claude Cousserand ancien directeur génral de la Sécurité extérieure, Yves Bertrand, l’ancien patron des Renseignements Généraux. Un beau défilé en perspective et au bout d’un mois de procès une mise en délibéré du jugment.

 
9-Que risque l’ancien premier ministre ?

Dominique de Villepin est accusé de complicité de dénonciation calomnieuse, complicité d’usage de faux, recel d’abus de confiance et de vol. Il est passible d’une peine maximale de 5 ans de prison et d’une lourde amende.

Au de la de la sanction pénale, il joue à quitte ou double avec sa carrière politique.

 

10- Y aura-t-il un appel et donc un Clearstream numéro 2 ?

On peut l’imaginer. Mais tout dépend de la décision des juges. Si Dominique de Villepin est relaxé comme le demanderont ses avocats je doute qu’il fasse appel. Dans le cas contraire, il aura peut être envie d’un deuxième round judiciaire qui se passe en général dans une plus grande sérénité. Le raisonnement est valble aussi pour les autres prévenus.

 

 

 

  

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commentaires

Jean-Charles Duboc 30/09/2009 12:43


Le « procès-spectacle » de Clearstream révèle le totalitarisme mafieux qu’est devenue la Vème République sous François Mitterrand et Jacques Chirac. Mais nous ne connaîtrons jamais le fond de
l’affaire Clearstream, à savoir les innombrables et stratosphériques pots-de-vin accordés lors des contrats d’EADS (ex : Airbus / missiles), les destinataires des rétro-commissions de la vente des
frégates à Taïwan, ou bien encore les bénéficiaires du détournement des indemnités de la guerre du Golfe attribuées à la France par les pays arabes en 1991 :

http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/

Un totalitarisme mafieux planétaire dont les craquements – prélude à son effondrement - iront en s’amplifiant avec la crise financière, économique et sociale qui est loin d’être terminée.

Jean-Charles Duboc