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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 23:46

Cécile Brossard est seule debout face à la cour. La présidente face à elle lit les attendus du verdict. A gauche sur deux rangs, les jurés observent cette femme de quarante ans déjà si loin de la femme fatale qu’elle a été. Quelques instants encore puis la sentence tombe : 8ans et demie de prison. Elle se retourne vers ses avocats, leur sourie et glisse quelques mots. Puis elle passe devant les jurés et les remercie plusieurs fois : « merci d’avoir dit que je l’aimais, merci,merci » et les policiers l’emmènent vers l’arrière du tribunal d’où elle rejoindra la prison. Déjà ses avocats font leur calcul : en Suisse un condamné peut demander sa libération conditionnelle au bout des deux tiers de la peine. Cécile Brossard a déjà accompli plus de quatre ans de détention : elle pourra sortir dans quinze mois.

Sur les marches du palais de justice les avocats de la défense comme de la partie civile parlent d’un verdict équilibré. En dix minutes ce procès qui était censé dévoiler les turpitudes d’un milieu s’est terminé par un jugement modéré qui a renvoyé les amants au mystère de leur attraction réciproque et du « tango fatal » qui fit perdre la vie à Edouard Stern.

Le verdict aux yeux de ceux qui sont habitués à ceux de la justice française peut paraître clément. Il s’explique par une approche sensiblement différente de la peine. D’abord, les jurés se sont prononcés sur la qualification du crime : ce n’est pas un crime passionnel mais bien un homicide. Ceci une fois posé, l’échelle était de 5 à 20ans. Premier élément, la responsabilité de Cécile Brossard a été jugé légèrement atténuée par les psychiatres, ce qui réduisait la peine de 25% automatiquement.. Ensuite, les jurés ont estimé que certes Edouard Stern a été victime d’un meurtre particulièrement lâche, mais que sa maîtresse avait agi sous l’emprise d’un profond désarroi. La liaison tumultueuse n’était pas seulement de son fait mais aussi de celui de son amant qui avait pu se montrer humiliant, cruel, harcelant. Et en droit Suisse, reconnaître l’état de profond désarroi d’une meurtrière revient à lui accorder des circonstances atténuantes. Dés lors, les onze ans réclamés par le procureur ne paraissaient pas justifiés dans un environnement social qui privilégie la rédemption, la reconstruction du condamné à son maintient en détention. Cécile Brossard n’avait jamais eu maille à partir avec la justice, elle n’a pas le profil d’une récidiviste non plus. Elle a demandé pardon à la famille à plusieurs reprises et a promis de ne jamais salir la mémoire de sa victime. Alors les citoyens de Genève lui ont accordé le droit à une vie future.

Mais pour que tout soit « en ordre », il a été précisé que le fameux million de dollars, cause de la brouille des amants avait été reversé par Cécile Brossard à la justice suisse ; celle –ci le remettra à la famille Stern. Laquelle a fait savoir que la somme serait versée à des œuvres caritatives.

 Ainsi s’est terminé l’un des faits divers les plus fracassants de ces dernières années. Les parties ont fait savoir qu’elles ne porteront pas l’affaire devant la cour de cassation (il n’y a pas d’appel d’assises en Suisse) et toutes les pièces à conviction du dossier, y compris la fameuse combinaison de latex seront détruites.

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