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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 18:10

Genève, le 10 juin

 

On attendait avec une certaine gourmandise l’ouverture du procès de Cécile Brossard. Un fait divers hors du commun. Quatre ans après les faits, on avait envie de rendre une vraie personnalité à la victime, on voulait voir, comprendre la meurtrière. Edouard Stern, résumé à sa qualité de « banquier » et elle, à celle de sulfureuse maîtresse…c’est trop simple.                                        

 Tout avait été tiré au cordeau par le tribunal de Genève, organisation scrupuleuse, processus d’accréditation tatillon, place réservée dans la salle d’audience. Dès le petit matin, nous journalistes étions postés à l’arrière du tribunal. C’est là qu’arrivent les fourgons amenant les prisonniers et donc Cécile Brossard  puisqu'elle est en prison depuis ses aveux. En Suisse, les fourgons ont une mine beaucoup moins patibulaire qu’en France et ressemblent plutôt à des camionnettes de livraison. Vers huit heures, mes confrères suisses me disent que selon certains indices vus sur les uniformes des gardiens, la meurtrière vient d’arriver.

40  minutes plus tard , la famille Stern descend d’une grosse voiture aux vitres fumées. Mathilde, Henri, deux des trois enfants d’Edouard Stern ainsi que leur mère et leur avocat aparaissent. Ils ne se cachent pas, n’essaient pas de se dissimuler mais refusent de s'exprimer devant les médias. Ils  sont dignes, un peu émus.

Il est temps de rejoindre la salle d’audience : 8.45, Cécile Brossard est introduite dans la salle. Tailleur pantalon bleu, chemise rayée. Elle parait frêle et se glisse très vite sur son banc situé face à la cour. Je l’observe : elle se retourne souvent pour parler à ses avocats assis derrière elle. En réalité elle semble chercher une figure amie dans le public. Elle est pâle, les traits tirés sans aucun maquillage. Ses traits ne font pas d’elle ce qu’on appelle une jolie femme. On a du mal à imaginer qu’elle ait pu avoir tant d’influence sur le monde masculin.

L’audience commence par une double demande de huis clos. D’abord celle concernant la déposition des enfants Stern : accordée. L’autre concerne la projection de la reconstitution du meurtre : rejetée. La cour, les jurés et les journalistes pourront donc connaître les abîmes extrêmes de la sexualité sado-masochiste des protagonistes dans les prochains jours.

L’audience commence réellement avec le témoignage de Béatrice Stern. Visiblement blessée par le portrait fait de son ex-mari, elle s’est employée à faire revivre l’image d’un homme exceptionnel, intelligent, ouvert aux autres, exigeant, colérique, soupe au lait parfois mais incapable d’humilier qui que ce soit. Elle est sereine, élégante même si sa voix se brise.

Cécile Brossard demande alors la parole. La présidente, une énergique juriste d’une cinquantaine d’années, la lui donne. D’une voix frêle, elle tente de faire entendre sa souffrance « J’ai rencontré Madame Stern à l’instruction, je lui ai demandé si ma mort la soulagerait. Elle m’a fait un signe que non ; alors j’ai décidé de m’expliquer….Mon cœur est plein de remords et de douleur. Je veux demander pardon à Mme Stern.
Dans cette sorte de déclaration spontanée, une toute petite déclaration m’a intriguée : « la phrase a explosé mon cœur! ». Pour ceux qui connaissent l’histoire, l'accusée fait référence à une phrase que lui aurait dite Edouard Stern au paroxysme de leurs jeux érotiques sado-masochistes : « Un million c’est cher pour une pute ! ». Elle indique là clairement ce que sera sa ligne de défense : un coup de folie consécutif à l’énoncé d’une phrase qui met clairement fin à son souhait de mariage et peut être à son désir de posséder une petite fortune.

Après ce face à face, on a assisté à un défilé de policiers de police criminelle et d’experts .Ils ont tous expliqué la duplicité et les mensonges de Cécile Brossard entre le soir des faits et le jour de son arrestation.

L’après midi on a assisté à un déballage pathétique du mari de Cécile Brossard, un médecin naturopathe de 21 ans son aînée et auquel elle n’a cessé de mentir. « Elle m’a dit q’elle était la secrétaire sexuelle d’Edouard Stern, qu’elle n’avait pas de rapport intime avec lui… » Il raconte que le couple recevait ou était reçu par le banquier, en Suisse ou en France. 

Dans la salle, les rires fusent devant tant de confondante naïveté. On apprend au passage que Cécile Brossard avait des goûts de luxe et que ses seuls revenus provenaient des hommes qui l’entretenaient.

J’ai du quitter l’audience pour aller monter et diffuser mes sujets pour LCI et TF1. Je n’ai donc pu entendre les témoins suivants. Mais je réalise que j’ai oublié de parler du destin du fameux million de dollars promis par Edouard Stern à Cécile Brossard en gage d’amour et prélude à un mariage. L’employé du crédit suisse  a expliqué à la barre que l’argent était toujours sur le compte de Cécile Brossard, qui n’avait jamais donné l’ordre de le rendre à la famille. Cette somme s’est beaucoup arrondie car elle rapporte environ 4% par an ! L’avocat de l’accusée s’est fâché en énonçant que de toute façon la somme était sous séquestre et que ce sera à la justice de décider. Une belle empoignade dans le prétoire et quelques larmes sur le visage de Cécile Brossard.

Le procés va durer une semaine et  le verdict prévu aux alentours de mercredi prochain 

 

 

 

 

 

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