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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 16:10

Le procès du gang des barbares a été suspendu aujourd’hui à cause du mouvement de grève des surveillants de prison. Parmi les détenus, plusieurs auraient été ballottés dans la nuit de mercredi à jeudi entre Fleury-Merogis et la Santé dans des conditions précaires. Le procès reprendra lundi.

 

« Je suis barbare, enfant des cités » clame Youssouf Fofana.

 Mais qui est-il vraiment ? Je vous propose de parcourir le rapport d’expertise psychiatrique signé par les docteurs Prosper et Dubec daté de 2007 pour en savoir un peu plus sur cet homme qui joue la provocation depuis le début du procès.

 Le document commence par des éléments biographiques, les sept enfants Fofana, le père manutentionnaire, la mère femme de ménage, un couple originaire de Cote d’ivoire venu en France « pour avoir une bonne vie ». Youssouf vit à Paris jusqu’à l’age de 14 ans, puis la famille déménage à Bagneux quand il a 14 ans. Il peine dès le collège, redoublement de la 6ème, orientation en 4ème technologie ou il est qualifié d’élève perturbateur et agité. Petit à petit il y a un désengagement de la scolarité, mauvaises fréquentations, influence du milieu. De 18 à 21 ans, il est en prison, trente mois qui vont le faire basculer.

Lorsque Fofana parle de son parcours, il met toujours en avant son appartenance ethno-sociologique comme une fatalité. « Il revient sans cesse à sa critique de la société et sur cette thématique : la  naissance qui favorise ou condamne. Il dit par exemple : Vers 10 ans jusqu’à 14 ans, je voulais devenir avocat, défendre les gens. A un moment, je voulais vendre mon imagination à des concepteurs de jeux vidéo mais des 10 ans des larcins ...Je lance des paroles comme ça, je ne lis pas, je suis lobotisé » rapportent les experts qui affirment que pour autant Youssouf Fofana n’est pas dans le registre du « déséquilibre psychopathique ». Ils explorent alors les questions : est-il pervers, est-il psychotique ? Réponse non il est psychiquement structuré, d’intelligence normale, aucun trouble de la mémoire, de la concentration qui ait une incidence sur sa lucidité et son sens critique.

Par contre, les psychiatres évoquent une « position psychopathique ». C’est un terme incompréhensible pour le profane mais peu importe, c’est l’analyse qui est intéressante : Ils notent que Fofana est agressif, impulsif, potentiellement violent, qu’il est animé par deux mécanismes types : le défi et la projection : « Son attitude de défi est constante, au mépris de toute politesse et de tout commerce avec autrui ...La revendication des ses origines le conduit à considérer que la société est responsable de ses échecs et de ses actions… Ce mécanisme projectif lui font avancer que la mort d’Ilan Halimi est due aux policiers qui n’ont pas su le protéger ou à son père qui lui a mal répondu au téléphone » . Mais pour que le tableau clinique soit complet il faudrait ajouter un trait essentiel : l’instabilité. Hors notent les psychiatre ce trait n’est pas vraiment présent chez ce jeune qui continue à vivre chez ses parents et à zigzaguer entre la mission locale pour l’emploi et son conseiller d’insertion et de probation. Ils rapportent même dans le parcours de Fofana ce qu’ils appellent un quasi-rééquilibrage de l’intéressé grâce à la religion. Il devient pratiquant au grand soulagement de sa famille qui pensait qu’il sortait ainsi de la délinquance.

Le rapt d’Ilan Halimi démontre que Fofana avait les qualités d’un chef, des qualités de commandement : il a été obéi et il en est fier : toutes les mesures pratiques, intimidations, tortures l’ont été sous ses ordres. De plus les enquêteurs ont mis en évidence le savoir faire technique (informatique et téléphonie) de l’intéressé : les psychiatres observent que Fofana a trouvé le plein emploi de ses capacités affectives, relationnelles et intellectuelles dans le projet criminel.

 Reste à comprendre le mobile : Crapuleux ? Antisémite ? « La frontière entre le pur motif crapuleux et la  dimension idéologique est en fait ténue. Si l’appât du gain est le mobile premier, le choix de la victime sur des critères les plus archétypiques de la haine antijuive… a eu un effet de facilitation dans le recrutement des membres du groupe »

Au cours de ces entretiens notent les psychiatres Fofana ne montre aucun signe  de culpabilité. Il dit : « Ils n’ont pas payé par peur qu’on ouvre une porte dangereuse sur les juifs »A ce stade, la question essentielle qui se pose est celle de la lucidité critique de Youssouf Fofana dans l’organisation des faits, le choix de la victime et les déroulement des faits jusqu’à la mort tragique de l’otage. Tout ce qu’il formule c’est que son otage a été victime de l’abandon de sa communauté. Ilan Halimi n’a pas d’identité propre, il est un bouc émissaire, un martyr témoin d’une haine qui dépasse sa propre personne.

En conclusion, les psychiatres disent que Youssouf Fofana ne pourra évoquer aucun trouble d’ordre psychique qui aurait altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes. « Youssouf Fofana résume sa position critique : « je vous emmerde tous ». Mais la position du sujet est plus complexe. Une telle attitude si elle devait être maintenue serait de mauvais pronostic quant aux possibilités de réinsertion du sujet…

 

 

 

 

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