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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 22:16

   Le moment où la parole est donnée aux avocats généraux dans une affaire de cette ampleur est toujours un acte fort de cette dramaturgie particulière des assises. Drapés dans leur toge rouge bordée d’hermines, décorations accrochées à la poitrine, ils se lèvent pour réclamer justice au nom de la société. Cette fois cet acte judiciaire a une portée particulière car il n’y aura personne pour leur répondre. Devant un box vide et des bancs désertés par les avocats d’Yvan Colonna, les deux avocats généraux se sont  succédés pendant près de six heures.

 

 Le premier, Christophe Tessier, s’est attaché à démolir l’attitude d’Yvan Colonna face à ses juges « il s’agit d’une attitude de fuyard, décidée depuis le début pour démontrer la thèse d’un coupable d’état. Il fallait vous décrédibiliser, vous discréditer a-t-il dit à la cour et placer la défense sur un terrain politique. Et l’avocat général a enfoncé le clou : « La défense ne souhaitait pas engager un débat judiciaire car il n’y a aucun élément nouveau. Si Yvan Colonna avait voulu démontrer son innocence c’est ici qu’il devait le faire pas devant la cour de cassation ou la Cour Européenne des droits de l’homme. Tout ce que la défense a tenté  c’est de jeter un écran de fumée et créer une dynamique de la confusion. Mais le dossier vous permettra de faire litière de toutes ces arguties politiques et d’établir la culpabilité d’Yvan Colonna ».

 

Le second, Jean Claude Kross a lui aussi dénoncé la stratégie d’évitement d’Yvan Colonna. « En première instance, tout le monde s’est accordé à dire qu’il y avait eu un procès équitable ; La Défense a plaidé l’acquittement et a récolté la réclusion à perpétuité ; alors cette fois il fallait jeter les mots de faussaire, de tricheur, de junte birmane. C’est l’aboutissement d’une stratégie annoncée, le rejet de la demande de reconstitution est une excuse. Et cette manipulation est l’expression de sa culpabilité »

L’avocat général rentre alors dans les profondeurs du dossier. Il entend démontrer qu’ « Yvan Colonna est le métronome de cette affaire dont il essaie de maîtriser les battements. » Il dénonce alors les rétractations organisées et peu crédibles, revient sur les gardes à vues qui selon lui se sont déroulées dans les règles et démonte le théorie de la présence d’autres membres du commando comme étant un leur : « toutes ces mises en cause en cause d’Yvan Colonna en garde à vue ont été confirmées devant le magistrat instructeur : c’est l’épine dorsale du dossier » Puis Jean Claude Kross attaque bille en tête le scénario nouveau issue des dernières déclarations de Pierre Alessandri à l’audience « j’ai lu dans un hebdomadaire (le nouvel observateur) la thèse de l’ultime désertion d’Yvan Colonna ; selon ce scénario, il sait ce qu’il va se passer mais à la dernière minute il n’y va pas. On lui reproche d’avoir laissé les autres aller au charbon. Cette version ne tient pas debout. Il aurait fallu apprendre une autre version à toutes les épouses et compagnes du commando, une histoire différente de la réalité ; C’est impensable ».

L’avocat général ne s’étend pas sur l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella. Pour lui les déclarations formelles et croisées des membres du commando suffisent. Il préfère concentrer ses flèches sur l’assassinat du préfet Erignac. Il pilonne les alibis d’Yvan Colonna fournis par la famille, balaie les témoignages à décharge des témoins qui ne le reconnaissent pas (ils étaient grimés et portaient des perruques !) démontre la présence de trois hommes sur les lieux du crime. Vient le dernière salve « Est-il le tireur ? Tout le démontre. Il participe au repérage la veille. Il est transporté sur les lieux puis il repart avec les autres vers la maison de Ferrandi. Alors c’est vrai, Pierre Alessandri s’accuse d’être le tireur amis il n’apporte aucune précision particulière qui permettrait de le croire »

En conséquence l’avocat général rappelle la force symbolique qu’aura la décision de la cour alors qu’Yvan Colonna s’est attaqué à une gendarmerie, à un préfet avec une arme de la République. « C’est pourquoi en mon âme et conscience, je vous demande de le déclarer coupable et de le condamner à la réclusion à perpétuité avec une peine de sûreté de vingt- deux ans. Yvan Colonna a fait preuve d’un jusqu’auboutisme intégriste. Il a un encrage profond dans le terrorisme ».

Voila, tout est résumé, le doute balayé. Comme si ces sept semaines d’audiences n’avaient pas existé. On se souvient que Madame Erignac avait dit après le verdict du premier procès qu’elle avait eu droit à une demie vérité. Et elle a toujours demandé qu’Yvan Colonna dise ce qu’il a fait et assume son geste. Ce soir on n’a jamais été aussi loin de ce vœu. Les avocats du berger corse, à quelques encablures du palais de justice, se chargeront demain de rappeler qu’aucun indice matériel n’a jamais confondu leur client : pas de traces ADN, pas d’empreinte, pas de téléphonie et qu’il a toujours clamé son innocence . Ce procès chaotique se terminera dans un face à face terrible entre deux thèses irréconciliables.

 

 

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