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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 20:53
 Pour ceux qui suivent ces chroniques mon long silence a du paraître bizarre. Je m’en explique : suivre le procès Colonna tout en assurant une semaine à Toulouse pour le procès de la catastrophe AZF et en maintenant un oeil critique sur la loi pénitentiaire en discussion au sénat m’a pris toute mon énergie. Mais il me semble que c’est du procès Colonna qu’il faut parler et reparler.
 Comme vous le savez mercredi dernier les avocats d’Yvan Colonna déposent une deuxième demande de reconstitution pour que  la cour examine sur place le déroulement des faits à la lumière des différents témoignages. La veille Roger Marion était venu dire à la barre que selon ses investigations il n’y avait que deux hommes sur la scène du crime là où l’accusation en voit trois. Cette demande est sèchement rejetée par la cour qui n’en voit pas l’intérêt. Elle souligne qu’il n’y a aucun élément nouveau qui justifierait ce (coûteux) déplacement.
Les avocats s’apprêtent à crier au scandale lorsque l’accusé demande la parole. Yvan Colonna se lève et dénonce un déni de justice, décide de quitter le box pour ne plus assister à la fin du procès et dans la foulé récuse ses avocats.
 Le procès reprendra jeudi après-midi. Toute la partie droite de la salle est vide. Le malaise est palpable. Les avocats des parties civiles ont beau justifié la poursuite des débats, pas un n’est à l’aise sans contradictoire. Ils savent aussi que la décision finale sera contestée, que le verdict apparaîtra comme une vérité d’Etat et non comme une vérité judiciaire.
Mais au delà de cette situation délicate, ce qui m’a frappée lors de ce deuxième procès ce sont les petites phrases qui laissent entrevoir une autre vérité. Le scénario de l’accusation est né des déclarations des six membres du commando et de leurs épouses en garde à vue. Il est si précis et les divers récits tellement concordants qu’on ne voit pas comment ni pourquoi le nom d’Yvan Colonna aurait été jeté en pâture aux policiers si il n’avait effectivement été présent.
 Et pourtant, l’étanchéité des gardes à vue est une fable que les épouses sont venues contredire à la barre ; les dépositions du commissaire Philippe Frizon (DNAT) sur la surveillance constante des membres de la famille Colonna (les deux frères et le beau frère) avec des écoutes téléphoniques non versées à la procédure intrigue ; les relevés de la téléphonie qui ont confondu le commando invalide le scénario d’Alessandri. Et plus troublant encore cet échange entre ces deux amis d’enfance. Pierre reproche à Yvan sa cavale: tu aurais pu te disculper facilement dit-il en substance, en partant tu nous as tous forcés au mensonge semble-t-il lui reprocher.
 Là on ne comprend pas toutes les arrières pensées ;  y a -t-il des coupables qui courent toujours ? Une ou plusieurs personnes ? cette hypothése est-elle un scénario imaginé par les proches d’Yvan Colonna pour le disculper ? Là on se heurte au secret d’une petite communauté, celle de Cargèse, celle d’une branche dissidente du nationalisme corse. Il a été rappelé à l’audience par Roger Marion(responsable de la DNAT à l’époque) que les revendications de l’assassinat du préfet ont toutes été postées en Haute Corse et qu’on a jamais su qui avait rédigé les communiqués.
On perçoit  que la justice n’appréhende pas ce dossier dans sa globalité. La faute originelle est sans doute de ne pas avoir arrêté le procès des membres du commando qui étaient entrain d’être jugés lorsqu’Yvan Colonna a été arrêté. Une confrontation à ce moment là aurait eu un sens ; aujourd’hui la justice semble emportée par son propre élan, elle ne peut aller que vers la condamnation sans que cette sanction paraisse indiscutable.
On doit le regretter.

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