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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 21:36

Toulouse, lundi 23février, 14H : ouverture théorique du procès. Sept ans et demie après l’explosion du 21 septembre 2001, tous ceux qui ont été blessés, délogés, déstabilisés, endeuillés arrivent par petits paquets.
La salle Jean Mermoz est située sur une île et c’est bien l’impression que donne l’organisation du procès. Les accès sont gardés par des vigiles, seules entrent les parties civiles dûment répertoriées,les avocats, les témoins convoqués, les prévenus bien sur, et les journalistes. Le public, c'est-à-dire le toulousain qui a envie d’assister à ce procès par curiosité n’a pas sa place. « La salle serait trop petite ; nous ne nous attendions pas à la constitution de 1813 parties civiles et nous devons leur réserver un accès à la salle d’audience »disent les magistrats organisateurs.

 Comme le procès s’ouvre avec une heure et quart de retard, tout le monde a le temps de s’épier, car visiblement chacun se connaît. Il y a là une dramaturgie qui échappe au profane.

Je ne vais pas entrer dans les polémiques qui séparent les diverses associations ; elles peuvent paraître dérisoires par rapport à l’ampleur du drame. Et pourtant aujourd’hui elles planent sur ce début d’audience. La tension est palpable entre les associations qui regroupent les riverains du site et l’association des anciens salariés d’AZF. Cela ne devrait pas être le cas. L’instruction a duré cinq ans, toutes les parties ont fait des demandes d’actes, toutes les pistes ont été explorées et pourtant la thèse retenue ( un accident industriel du à une mauvaise gestion des produits) n’arrive pas à convaincre. Plus de trente pistes ont été évoquées, attentat, malveillance, problème électrique, avions furtifs … et le sentiment de l’opinion est que cela arrange tout le monde de s’en tenir à la piste d’une explosion chimique accidentelle. Certains accuse la société Total de répandre la rumeur, de l’encourager en sous main. C’est le règne de la défiance et c’est un handicap pour le procès qui s’ouvre.
 La première audience d’un procès fleuve comme celui-ci est consacré à l’organisation du procès. Seul moment fort : Serge Biechelin se lève: celui qui était directeur de l’usine à l’époque doit entendre égrener le nom des 31 morts et des blessés les plus graves : il est poursuivi pour homicides et blessures involontaires ainsi que la société Grande paraisse, exploitante de l’usine . Il se tient très droit ,semble si seul...

 

 Hier une journée sans audience a fait retomber la tension.

 

Aujourd’hui il n’y a plus que 400 parties civiles contre 1000 lundi. Le tribunal doit discuter de la citation directe de Total et de son PDG de l’époque Thierry Desmarets par 52 sinistrés. Et la discussion part dans la confusion. En effet, l’avocat qui portait cette citation et qui s’apprêtait à la défendre a été confronté à un conflit d’intérêt. Il défend la mairie de Toulouse dans le dossier principal. Or la mairie a signé une convention au terme de laquelle elle a accepté des compensations financières en contrepartie de l’abandon des poursuites contre Total. Exit donc Maître Leguevaque et remplacement au pied levé par Maître Simon Cohen. Maître Leguevaque se fait au passage prendre à partie par le bâtonnier qui lui reproche de ne pas porter de robe ! Ambiance

Premier incident : une sinistrée exaspérée par ces problèmes dit que Total doit comparaître, que Total est coupable ! Le président du tribunal lui coupe le micro. Il veut seulement savoir si elle a un avocat !

La suite sera plus classique. L’avocat de Total plaide pour l’irrecevabilité de cette plainte puisque qu’au cours de l’instruction le juge n’a pas poursuivi bienqu’une plainte avec constitution de partie civile visait explicitement Total « C’est un non lieu implicite. On ne peut juger quelqu’un deux fois pour les mêmes faits. Ce n’est pas un hold- up judiciaire ou la pression du grand capital sur les juges , c’est le droit  ».

Et le procureur a abondé dans le même sens, tout en laissant une porte de sortie au tribunal :oui la plainte est irrecevable, les décisions ont été confirmées à deux reprises mais… vous pouvez joindre l’incident au fond, autrement dit décider plus tard.

Maitre Simon Cohen s’est levé alors pour faire valoir le point de vue des victimes."Il faut éviter que l’impunité ne rende plus insupportable le malheur!". Il a plaidé pour que Total figure au banc des prévenus tout au long du procès et non le 10 juin date à laquelle Thierry Desmarets est convoqué comme témoin. Un moment de gravité et d’émotion qui allait bien au de là des considérations juridiques.

Sera-t-il entendu  par le tribunal ? Réponse demain à 14 heures.

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