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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 19:13

Neuf journées de procès : je n’ai pas pu écrire un compte rendu quotidien de ces audiences mais j’ai envie de faire un point puisque le procès est suspendu pour cause de supplément d’enquête.

C’est un procès d’abord qui ne ressemble pas du tout au premier ; on a l’impression qu’il s’agit d’une autre affaire, d’un autre accusé. Si ce n’est la présence de Madame Erignac et de ses enfants et un peu plus loin le dos un peu voûté de son frère Robert, on pourrait oublier qu’il y a eu une première instance. Yvan Colonna est physiquement différent. Il est émacié, vieilli, ses cheveux très courts lui donne l’air d’un « mauvais garçon ». Son discours s’est radicalisé. Ce n’est plus l’éleveur caprin, patriote corse, aimant son île par-dessus tout. C’est plutôt le militant qui s’estime pré condamné au nom de la raison d’état qui est présent dans le box. Ainsi il refuse de s’adresser à la famille Erignac : « l’an dernier, je m’étais adressé à la famille et on m’avait dit que c’était d’un cynisme innaceptable. Or je n’ai rien à voir avec cet assassinat, je n’ai donc rien à dire ». Dureté. Voila ce que je ressens à quelques mètres d’Yvan Colonna même si il parait se détendre un peu au fil des audiences.

Deuxièmement, un élément nouveau fait dérailler le procès (un vendredi 13 février !) et cela se produit sur la forme aussi bien que sur le fond. Pour comprendre, il faut savoir que Didier Vinolas, commissaire de police, ancien bras droit du préfet écrit au procureur général une lettre ou il fait part d’informations nouvelles : il a quelques mois après la mort du préfet été contacté par un informateur digne de foi. Cet homme lui a dit que deux personnes concernées par l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella et par l’assassinat du préfet étaient toujours dans la nature. Ces informations il les a gardées pour lui ; puis pris de remords après le premier procès il a souhaité vider son sac. Une note de synthèse accompagnait la missive. On est le 29 décembre 2008. Le parquet transmet la lettre au président de la cour d’assises fin janvier et le président Wacogne la met sous le coude prétendant tout à tour ne pas avoir ouvert l’enveloppe ou avoir préféré attendre l’audience. Peut être espérait-il que Vinolas rentrerait dans le rang entre temps.  Evidement quand le témoin Vinolas s’exprime à la barre, du coté de la Défense ce ne sont que  protestations et  suspicions. Il y a même depuis ce soir une requête aux fins de récusation déposée au nom d’Yvan Colonna sur le bureau du président de la cour d’appel.Comment faire confiance à un président de cour d'assises qui cache des documents ?

Troisièmement c’est la première fois que je vois un témoin être aussi maltraité, essoré, vilipendé devant une cour d’assises au point que cela rend un peu mal à l‘aise : ce monsieur a professionnellement plutôt montré qu’il a été un bon serviteur de l’Etat. Peut-être est-il dépressif ou en souffrance comme le suggère les avocats de la partie civile. Est-ce une raison pour le déconsidérer ?

Enfin, sur le fond on a  l’impression qu’il s’agit de révélations qui vont faire pschitt. Le témoin lui-même a parlé d’informations filandreuses. Mais tout de même dans ce procès on ne peut pas se contenter d’approximations. Comme l’a dit Maître Garbarini, défenseur d’Yvan Colonna : « On a envie que cette porte soit ouverte ou fermée ».

Devant un public nombreux et très attentif à toutes ces passes d’armes, le neuvième jour de procès s’est borné à une audience de 10 minutes. L’ambiance délétère de ses derniers jours s’est dissoute dans un joli soleil de fin d’hiver. Il est temps que ce procès se remettent sur les rails.

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