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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 16:15

Hier Philippe Courroye, 50 ans, ne s’est pas dérobé. Aujourd’hui procureur à Nanterre l’ancien juge d’instruction de l’Angolagate est arrivée à 16.30 précises, seul créneau disponible compte tenu de ses obligations a-t-il tenu à préciser. Haute silhouette, costume sombre, mains croisées derrière le dos, il fait une petite déclaration introductive : « Etant respectueux de la Justice et de la Défense, je suis venu. J’aurai pu ne pas le faire, j’ai décidé de le faire. Mais je ne suis pas témoin des faits, ce ne peut être le procès du juge ou le procès de l’instruction ».

Le matin, Yves Bertrand , l’ancien directeur des Renseignements généraux était attendu, lui aussi cité par la défense. Il n’est pas venu s’expliquer sur ses carnets désormais versés dans la procédure du procès des ventes d’armes à l’Angola. La thèse d’une partie des avocats est que Yves Bertrand, très proche de Jacques Chirac aurait manipulé le juge Courroye de sorte qu’il découvre les turpitudes du clan Pasqua et qu’il le « tue »politiquement. Reste à faire la démonstration de cette thèse.

Les premières banderilles sont plantées par l’avocat du fiscaliste Alain Guilloux. «  Lors de la perquisition chez mon client aviez vous l’intention de trouver les dossiers Gaydamak et Falcone dans la foulée, étiez- vous renseigné ?

Réponse laconique du juge « est ce que je disposais d’autres informations ? non. Vous ne me parlez pas de Monsieur Bertrand. Mais parlons- en de ces fameux carnets. J’ai vu dans la presse que mon nom était cité. Je n’en sais rien, je ne les ai pas vu. On développe un syllogisme. Mon nom est cité dans ces carnets donc nous avons comploté ensemble. Or ce n’est étonnant que mon nom apparaisse dans ces carnets, j’instruisais des affaires sensibles, cela ne me parait pas anormal »

Le magistrat crève l’abcès. Son nom apparaît à 14 reprises, « j’ai rencontré M. Bertrand une fois. Pas deux, pas trois. Une fois dans ma vie à l’occasion de son audition dans l’affaire du casino d’Annemasse. A oui, pardon, je l’ai croisé une autre fois dans la rue, près de la place Beauveau, je crois. » dit-il en semblant rassembler ses souvenirs. Les avocats des quarante- deux prévenus sont aux aguets, la salle est surchauffée. Tout le monde guette le faux pas. Il ne viendra pas.

Le juge enfonce le clou, mettant les rieurs de son côté : « un article d’un grand journal du soir prétend que nous nous sommes rencontrés à l’Hotel Bristol et même que nous sommes donnés rendez vous à l’hôtel de la plage à Tunis ! C’est romantique -rires dans la salle- mais il n’y a pas une once de vérité, c’est du roman »

Même sur une histoire de note de la DST qui aurait du être cotée au dossier et qui ne l’a pas été le juge ne se démonte pas. Cette note détaille le rôle d’A. Gaydamak dans la libération des pilotes français détenus en otages en Bosnie en 95. Cette note est bien partie du ministère de l’intérieur. Selon le juge elle n’est jamais arrivée à son cabinet. Un problème de rangement ou de greffière. Le problème est que cette note décharge du soupçon de trafic d’influence Jean-Charles Marchiani accusé d’avoir remis une décoration à A. Gaydamac contre des espèces sonnantes et trébuchantes versées au parti politique dirigé par Charles Pasqua. « Si une des parties estimait que le volet n’était pas assez instruit, il fallait me faire une demande d’acte visant à m’indiquer d’entendre le témoin central de cette affaire. On peut toujours reprocher au magistrat instructeur de ne pas assez entendre, creuser. Moi, je peux vous dire que j’ai mené une enquête à charge et à décharge ». Peut être le moment ou l’ancien juge d’instruction est le moins crédible précisement parceque le reste du dossier est très bien tenu…

Le face à face a duré deux heures et demie. Le juge a été reconduit vers une sortie discrète, entouré d’une nuée de gendarmes, la presse tenue à l’écart.

Le cours du  procès  reprendra son cours habituel la semaine prochaine; chacune des parties entend se servir de cette journée pour faire pencher la balance selon sa grille de lecture.   

 

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