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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 15:13

La cour d’assise de Paris parait sans doute terriblement intimidante à la jeune fille. Elle est petite, menue dans son jeans et sa veste aux parements roses et jette des coups d’oeil anxieux autour d’elle. On ne lui donnerait pas ses seize ans. A coté d’elle son père, massif, est un pasteur protestant. Tous les deux arrivent du Canada ou la famille est réfugiée. Ils se sont portés partie civile dans le procès contre Didier Bourguet, ancien employé de l’ONU en République centrafricaine et en République démocratique du Congo. Le papa dit à voix basse en parlant de sa fille : « la jeune fille est timide, elle ne joue pas avec les autres filles. C’est ma fille aînée, j’ai sept enfants » Après avoir dénoncé le viol de son enfant, le père a subi intimidations et menaces au point de devoir fuir son pays.

Arrêté à Goma le 31 octobre 2004 par la police congolaise, le fonctionnaire Onusien employé comme responsable du parc automobile a été remis aux autorités françaises. Il comparait aux assises pour 22 viols et attouchements sexuels sur mineures, plus sa relation avec la seule victime présente, qui avait 12 ans au moment des faits. Maître Emmanuel Daoud qui défend le pasteur M. et sa fille qui était en mission sur place pour la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) témoigne : « nous étions en train d’enquêter sur le fléau de la violence sexuelle. En RDC, il y aurait 15 à 20.000 viols par an commis par des militaires, des rebelles mais parfois aussi des personnels de la Monuc. Ce procès est emblématique »

Le président Getti déclare le procès ouvert. L’accusé porte une chemise et une veste. Pendant la lecture de l’acte d’accusation, il se tasse et regarde par terre.

Puis le président lui demande si il reconnaît les faits : « Je  reconnais les relations sexuelles et attouchements mais je ne reconnais pas les faits de viols. Mes partenaires étaient consentantes ».

La fonctionnaire de police qui a procédé aux premiers interrogatoires raconte tout autre chose : L’homme touchait un salaire de 2600 dollars et il rémunérait des intermédiaires 5 à 10 dollars, des femmes en général pour qu’elles lui fournissent des jeunes filles mineures . Il les gardait trente à quarante minutes,leur donnait 20 à 30 dollars , un peu plus si il prenait des photos et des petits films  de ses ébats. Même les nièces de sa femme lui servaient de modèles pour ses mises en scène salaces. D’où la question d’un réseau de prostitution et d’échanges d’images à caractère pornographique ou pédophile dans toute l’organisation Onusienne.

Rien n’a été prouvé dans ce domaine. Didier Bourguet dit avoir agi seul, pour satisfaire ses pulsions : «  si je ne manifeste pas de remords c’est parce que je suis quelqu’un qui n’extériorise pas ce qui est affectif. J’ai donné tous les détails, les noms, les lieux, les dates parce que je savais que mon ordinateur et mon disque dur avait été saisis ».

 A son arrivée à Paris, il a dit qu’il se sentait soulager de pouvoir enfin tout raconter. L’enquêtrice dit avoir du mal à croire à sa sincérité. L’avocat de l’accusé, Maître Claude Debooser-Lepidi la reprend : « Comment pouvez vous dire cela ! Dès la première audition, il dit qu’il se considère comme malade ! »

Le verdict est attendu jeudi. Les répercussions de ce procès iront sans doute bien au-delà des murs du Palais de justice. Jusqu’à cette région du Nord Kivu ou il parait difficile que ses évènements qui ont duré de 2001 à 2004 soient passés totalement inaperçus.

 

 

 

 

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