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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 17:12

Faisons connaissance d’abord avec l’avocat par lequel le scandale est arrivé : Me Abegg. Il défend une victime dans un procès qui devait s’ouvrir le 16 septembre à Rennes. Un procès devant les Assises pour une bande de braqueurs qui a sévi dans la région de St- Malo entre 2000 et 2001. Mais surprise il apprend hier que le président de la cour d’Assise accepte un renvoi de l’affaire en février prochain.

 Or l’avocat qui a demandé le renvoi, Maître  Choucq invoque trois raisons, dont une fait immédiatement scandale : le ramadan. Il argue que l’état physique du détenu sera affecté par le jeune observé par son client et qu’il ne pourra pas se défendre convenablement.

Pour les parties civiles, ce renvoi est inadmissible sur le fond « je trouve cela aberrant, c’est la première fois que je vois cela en France. Nous ne sommes plus dans une République laïque ! » S’emporte Me Abegg.

Aussitôt, le procureur général de Rennes monte au créneau : il rappelle qu’un président de cour d’assises n’a de comptes à rendre à personne et qu’il prend les décisions nécessaires à une bonne administration de la justice. Pour le parquet, les raisons sont purement d’ordre juridique. « J’ai estimé ne pas avoir à m’opposer à cette demande de renvoi afin de retrouver au début de l’année prochaine un climat de sérénité dans cette affaire a expliqué Bernard de la Gatinais. « En aucune façon, le motif de ramadan n’a été retenu par moi pour ne pas m’opposer à ce renvoi, ce serait totalement contraire à tous les principes républicains de laïcité »

N’empêche, le mal est fait et la suspicion demeure puisque jusqu'à cette demande de renvoi pour cause de ramadan, toutes les autres demandes de renvoi avaient été écartées. Me Frank Berton, l’avocat d’un autre accusé, s’est étonné du revirement du parquet général qui selon lui avait fait savoir par écrit qu’il s’opposerait à tout renvoi. Les syndicats de magistrats sont vent debout « Il faut en revenir au grands principes : on vit dans une république laïque. Le service de la justice, c’est un fonctionnement républicain qui obéit à ce grand principe de laïcité et il ne peut être question que le cours de la justice tiennent compte des fêtes religieuses »indique Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la Magistrature.

L’irruption du communautarisme dans notre société est un défi pour toutes les institutions et le principe de laïcité un combat quotidien ;  en l’occurrence il vient heurter un autre principe qui est celui d’assurer à tout prévenu les moyens de se défendre correctement. Quelqu’un qui ne peut (ou ne veut) ni manger, ni boire du lever ou coucher du soleil est indiscutablement affaibli. Surtout si cette personne est incarcérée et que les horaires de la cour d’assises vont faire qu’il ne pourra le soir trouver un repas de retour à la prison. Ce n’est pas totalement anecdotique. Le piège est là et il n’est pas sur que devant la cour européenne des droits de l’homme un prévenu musulman pratiquant ne gagne pas le droit à être jugé à un moment plus propice. Pour les tenants d’une laïcité sans faille au contraire tous les français doivent être traités à égalité. Beaucoup de musulmans observent le ramadan et exécutent des travaux pénibles sans aménagements particuliers ; Pourquoi est- ce que les détenus seraient traités différemment ? Le débat est lancé…

 

 

 

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