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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 16:55

Sept semaines de procès, 111 enfants traités et décédés de la maladie de Creutzfeldt –Jacob, sept médecins et pharmaciens inculpés et ce matin enfin le réquisitoire. Dans la salle construite à l’intérieur de la salle des pas perdus du tribunal de Paris, les deux avocates générales ont pris la parole tour à tour pendant cinq heures devant les familles des petites victimes.


Le réquisitoire  –parfois très technique- s’est terminé par des mots simples de la vice procureur Danièle Mirabel « Il est inadmissible, inacceptable que des professionnels de la santé aient fonctionné avec un tel aveuglement. Ce drame aurait pu être évité. Personne ne pense que les médecins sont des surhommes ou des magiciens. Mais là des fautes graves ont été commises. (…) Jean –Claude Job a demandé pardon du bout des lèvres et Fernand Dray a fait part de son infinie tristesse mais il n’y a aucune remise en cause de leurs actes. Je demande au tribunal de prononcer des peines. Il ne s’agit pas de simples erreurs mais bien de fautes graves. Ils sont coupables ».


Des peines avec sursis


Des peines d’emprisonnement de quatre ans avec sursis ont alors été requises contre Jean-Claude Job, 85 ans, président de France Hypophyse, l’association qui gérait la fabrication de l’hormone de croissance et contre Fernand Dray, 85 ans lui aussi, qui était responsable de l’extraction et de la purification du produit. Enfin, une peine de deux ans avec sursis a été demandée contre Marc Mollet qui conditionnait et distribuait le produit au sein de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux et un an avec sursis contre Elisabeth Mugnier, pédiatre, responsable de la collecte des hypophyses.


La relaxe a été demandée pour les autres accusés : Henri Cerceau, responsable de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux, Jacques Dangoumeau, ancien directeur de la Pharmacie et du médicament,  Micheline Gourmelen, médecin prescripteur.


Par ailleurs tout ce qui concerne le dossier financier est frappé de prescription. Selon l’accusation, de toute façon, le professeur Dray n’aurait pas commis d’irrégularités en passant un accord de coopération avec un laboratoire belge qui voulait s’attacher son expertise. La encore un non-lieu a été demandé.

Colère des familles

C’est l’incrédulité qui dominait chez les parents présents. « Tout cela pour ça ! » me dit une maman dont le fils est en train de développer la maladie. Elle hoche la tête vers ses autres enfants. « Du sursis, rien que du sursis ! Ils se protègent bien entre eux ! ».

Cette colère n’est pas relayée par Jeanne Goerrian, la présidente de l’Association des victimes de l’hormone de croissance. « Des fautes caractérisées on été établies par la Cour. Un lien de causalité a été établi entre ce qu’ils ont fait et la mort de nos enfants. Le drame sanitaire et la souffrance des familles ont été reconnus. Ces médecins ont manqué d’humilité, ils ont eu le syndrome du mandarin, ils n’ont pas douté. Pour moi ils sont responsables et coupables, la justice le dira j’espère, je n’ai pas besoin qu’ils aillent en prison ».


La petite foule s’est vite dispersée pour laisser place à une grosse affaire d’escroquerie dite du Sentier jugée dans les mêmes locaux.


De nouvelles indemnisations attendues

Les trois juges ont mis leur jugement en délibéré. Ils devront aussi décider de nouvelles indemnisations. La plus part des familles ont déjà touché de l’argent : 225.000 euros par décès,  plus des sommes variables pour les proches. Au total 31,2 millions d’euros ont été accordés au nom de la solidarité nationale par l’Etat.


Certains avocats veulent aussi obtenir des indemnités pour ceux qui craignent de développer la maladie et qui vivent la peur au ventre. Le prion responsable de la maladie de Creutzfeldt- Jacob est actif pendant de très nombreuses années dans l’organisme et peut donner une suite à cette hécatombe silencieuse. 1700 enfants ont été traités avec l’hormone de croissance produite par le laboratoire Uria de l’Institut Pasteur dans les années 80.

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