Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 00:01

En rentrant dans la salle d’audience de la cour d’appel d’Aix en Provence jeudi matin, on sentait une tension extraordinaire. Quoiqu’il arrive, ce serait l’ultime face à face entre Maurice Agnelet entouré de ses fils et Renée Leroux entourée elle aussi de ses enfants : clan contre clan avec la haine que suppose trente ans de procédures judiciaires et la mort d’une jeune femme de 29 ans. La veille, l’avocat général Pierre Cortès avait passé huit heures à scruter les moindres zones d’ombre du dossier, comme il l’avait fait lors du premier procès à Nice.

Un réquisitoire un peu touffu, dont on avait du mal à extraire les points forts mais qui semblait dire aux jurés : ce dossier, je le connais dans ses moindres recoins, tous les fils mènent à Agnelet, il faut me croire, il est coupable. Et on voyait les 12 jurés appliqués, prenant des notes parfois, majoritairement féminin, qui entendait une fois encore raconter les agissements de ce Don Juan cynique et intéressé, dans le portrait cruel qu’en faisait le procureur.

Mais le jour ou les avocats de la défense entre en jeu, l’atmosphère est différente : on sent une gravité qui n’appartient qu’à ce dernier jour. Le premier à prendre la parole est Maître Versini, cheveux blancs, neud papillon, fines lunettes cerclées. Il pilonne une idée simple : Maurice Agnelet ne peut être l’assassin d’Agnès Leroux parce c’est contraire à ses intérêts et à ses ambitions. Si Agnès disparaît ,lance-t-il, c’est la mort sociale pour Agnelet, on allait remonter forcément jusqu’à lui, lui demander des comptes, il n’aurait pas la disposition de l’argent de la vente des parts du casino à Fratoni : son intérêt, c’était qu’elle soit vivante… puis vient le moment de Maître François Saint- Pierre, silhouette plus massive,chauve, voix puissante.

Quatre heure durant il va tenter lui aussi de remonter le courrant, d’abord en rappelant qu’il y a dans ce dossier un doute insurmontable : on ne sait toujours pas où, quand, par quel moyen, avec quelle complicité Agnès Leroux a trouvé la mort. Pas de preuve, pas de condamnation a-t-il martelé avant de revenir sur les principaux points du dossier. En face à plusieurs reprises la famille Leroux s’offusque, notamment lorsque l’avocat suggère qu’Agnès était fragile, dépressive, qu’elle a pu elle-même mettre fin à ses jours. Au passage, Maître Saint-Pierre s’en prend à l’avocat général : vous aviez perdu votre procès à Nice, vous avez voulu prendre votre revanche ! L’Avocat Général encaisse.

Il est 13H45, l’avocat termine sa plaidoirie en demandant de confirmer le verdict de Nice par un acquittement.

Il fait beau et chacun part déjeuner en terrasse ; les journalistes continuent à échafauder des hypothèses sur la disparition de la jeune héritière et le rôle de son amant. Il y a encore autour de cette affaire une vraie passion. Et si…

Deux heures plus tard, les avocats sont appelés sur leurs portables : revenez vite, le verdict est imminent. Comme une volée de moineaux, tout le monde retrouve sa place dans la salle d’audience. Beaucoup pensent : un verdict en deux heures à 15 (12 jurés et trois magistrats) c’est la solution la plus simple : l’acquittement.

Le président entre, s’assoie entouré des jurés, et fait lever l’accusé. Maurice Agnelet entre temps est passé d’un fauteuil devant ses avocats au box vitré des accusés. La lecture de l’arrêt prend deux minutes, pas plus. La plus lourde condamnation est prononcée : 20 ans de réclusion criminelle. Il reste impassible, remercie ses avocats avec un geste bouddhiste, les mains jointes s’inclinant légèrement ;en face la famille Leroux pleure, s’embrasse, s’étreint.

Ainsi prend fin officiellement l’affaire Leroux. Mais peut être pas définitivement. Ses avocats vont porter l’affaire devant la cour de cassation, et devant la cour européenne des droits de l’homme. Maître François Saint-Pierre a pris très mal ce verdict comme touché personnellement. Il s’est éloigné du tribunal furieux, persuadé que la justice niçoise n’en finit pas de régler ses comptes sur le dos de Maurice Agnelet. Condamner quelqu’un trente ans après les faits, n’est-ce pas un délai déraisonnable ?

Les jurés de la cour d’appel d’Aix en ont jugé autrement

A la sortie de la cour d'assise, une fois le jugement rendu, le frère d'Agnès Le Roux nous a accordé une interview :

 

Partager cet article

Repost 0
blog-justice-et-compagnie-tf1 - dans blog-justice-et-compagnie-tf1
commenter cet article

commentaires