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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 00:01

Le procès d’Yvan Colonna va s’ouvrir dans quelques minutes devant la cour d’Assises spéciale de Paris. Derrière le siège du Président Coujard, s’étale le dossier d’instruction. Des milliers de pages dont une partie concerne l’attaque commise contre la gendarmerie de Pietrosella et l’autre l’assassinat du préfet Claude Erignac. La foule est pour l’instant contenue dans l’immense salle des pas perdus qui court tout le long de la façade du palais de justice vers la place Dauphine.

Plus de 100 journalistes tous médias confondus ont demandé leur accréditation pour suivre tout ou partie de ce procès. Une structure en préfabriqué a été aménagée pour permettre de suivre les débats retransmis sur grand écran. Pour moi, la préparation avant un procès de cette ampleur a nécessité beaucoup de travail. Il a fallu rencontrer les avocats de la défense comme de la partie civile, se faire une idée de l’importance des quelques 127 témoins convoqués, lire tous les documents possibles. On en vient à une certaine impatience d’y être.

 En ce début de matinée, c’est plutôt la chaleur des retrouvailles entre ceux qui se prononcent clairement pour l’innocence d’Yvan Colonna. Son père d’abord, son frère et sa sœur, sa tante. Sa mère, elle, n’a pas pu venir pour raisons médicales. Il y a là aussi tous les témoins convoqués à commencer par les épouses ou compagnes des six membres du commando déjà condamnés. Et puis il y a des soutiens divers : Monseigneur Gaillot qui met en avant la sérénité d’Yvan Colonna : « il agit comme quelqu’un qui est en règle avec sa conscience »,le rugbyman Daniel Herrero « je le connais bien, j’étais son professeur de sport »,et bien sur des élus comme Jean Guy Talamoni ou la figure historique Edmond Siméoni. Ces deux derniers déclaraient à l’envie qu’il s’agissait bien d’un procès « politique », tant on voyait bien que l’Etat s’était mêlé de ce dossier à tous les niveaux.

Dans la salle d’audience à laquelle on accédait par des portiques sécurisés, l’ambiance était tout autre. A gauche, les bancs de la partie civile. Dominique Erignac, la veuve du préfet, vient d’arriver entourée de ses deux enfants et de son avocat et protégée par une haie de gendarmes. Elle reste très concentrée, sort un calepin et un stylo. Dans la salle, de nombreux amis sont venus la soutenir, on peut reconnaître par exemple le préfet Lacroix qui a remplacé le préfet Bonnet.

En face prennent place les cinq avocats d’Yvan Colonna, tous corses. Au dessus d’eux, un gendarme apparaît, bientôt suivi d’Yvan Colonna. Voila donc celui qu’on attend presque dix ans après les faits. On a comme hâte de le voir, de le dévisager, de percer le mystère qui se cache derrière ce visage. Il ressemble à la photo de l’affiche placardée dans tous les commissariats durant ses quatre ans de cavale. Mais l’expression n’est pas la même. Le visage est plus émacié et les traits plus tendus.   

A dix heures la Cour prend place : six magistrats professionnels, plus le président. Yvan Colonna est prié de décliner son identité. Age : 49 ans, profession : berger.

Voila, le procès peut commencer avec l’appel des témoins, la mise en place du calendrier, et la lecture de l’ordonnance de renvoi, c'est-à-dire de l’acte d’accusation. Tout au long de la journée, Yvan Colonna fait preuve d’une grande attention. Il se penche vers ses avocats de temps en temps comme pour souligner qu’il ne peut admettre telle ou telle description des faits. On comprend que le combat judiciaire va être rude. Les avocats du prévenu vont comme ils le disent « plaider le dossier ». Cela signifie en clair qu’ils demanderont à l’Accusation de fournir des preuves des éléments à charge contre Yvan Colonna à chaque instant.

En fin de journée, Yvan Colonna a été invité par le président à prendre la parole. Mais il a refusé de le faire.

   

 

 

 

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