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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 00:00

En me dirigeant vers la salle d’audience, je me réjouissais à l’idée d’en savoir un peu plus sur la personnalité d’Yvan Colonna. Je le savais fils d’un député socialiste et d’une mère prof, pas très doué pour les études et revenant en Corse après deux de fac à Nice où il se sentait malheureux. Puis il avait fait sa vie à Cargèse choisissant d’être éleveur. Il s’était marié et avait eu un garçon, Jean-Baptiste qui a aujourd’hui 17ans et demie.

Le président a donc donné la parole à l’accusé pour qu’il explique son parcours à commencer par son désir de faire sa vie en Corse. « J’aime mon pays a-t-il dit sobrement. Au début sur l’exploitation c’était difficile. Mais petit à petit on a trouvé des débouchés pour le bruccio, et puis je retapais une petite maison sur le domaine familial. Ma femme avait un petit restaurant on s’en sortait ».

Alors lui demande le président vous aviez une vie choisie, une famille, du travail. Pourquoi avoir milité avec les nationalistes ? « Cela peut se résumer très simplement : j’ai le sentiment d’appartenir à un peuple. Ce peuple est nié dans ses droits. Cela fait de moi un nationaliste. Ma prise de conscience date des évènements d’Aléria, et j’ai vécu le départ de la famille à Nice comme un déchirement ».

Nationaliste mais pas militant

Interrogé plus précisément sur ses engagements nationalistes, Yvan Colonna a quitté son survêtement noir ; il est maintenant debout en polo blanc « j’ai appartenu à la CCN en 82 et je le suis resté jusqu’en 89-90. Là, il s’est passé un tournant dans ma vie professionnelle et affective. Dans l’âme je suis resté un nationaliste mais je n’étais plus militant. Bon, je continuais à aller à des manifestations culturelles ou à des manifestations contre des arrestations par exemple quand on me le demandait » et quand le président lui fait préciser sa position quand la guerre entre nationalistes fait des dizaine de morts, il répond « je regrette la mort d’un homme quelque qu’il soit. Dans notre secteur nous avons tout fait pour qu’il n’y ait pas cette guerre. Je constate que dans toutes les guerres de libération ce phénomène existe, il y a des querelles de pouvoir, de fraction ».

Le nationalisme c'est la guerre

Puis le président Coujard lui demande de commenter cette phrase : « le nationalisme, c’est la guerre ! » Pas de réponse frontale, Yvan Colonna parle de la violence que lui inflige la disparition de la langue corse : « La langue corse, je la parle à mon fils depuis sa naissance. Dans le village, il était devenu une mascotte, tous les vieux voulaient lui parler. A l’école, ils n’étaient que cinq ou six enfants à parler corse. Je ne suis pas un militant radical comme les juges anti-terroristes ont voulu me présenter. Si j’avais été un activiste ça se saurait tant il y a eu de morts. Pour les juges, il fallait que je sois radical, pour noircir le tableau »

Yvan Colonna répond du tac au tac au procureur. Il est posé, clair, très loin de l’image d’un homme fruste et renfermé. On le sent avide de s’exprimer devant une cour qu’il estime cette fois sans à priori.


Le reste de la journée on  a entendu des « témoins de moralité » à commencer par sa famille. Un exercice un peu convenu mais qui a brossé le portrait d’un homme assez éloigné de la violence : ce n’est pas un chasseur par exemple, mais un maître nageur qui sauve la vie des vacanciers imprudents...

Convaincu de l'innocence de son fils

Du côté de la défense, le moment le plus fort a été de brandir sous les yeux de Jean Hugues Colonna la lettre qu’il a écrit et signé  le 28 mai 99. A l’époque, Yvan venait de prendre le maquis et lui et son épouse Cécile écrivent à Dominique Erignac pour lui demander pardon. « C’est donc, dit Maître Lemaire que les parents l’imaginaient possiblement coupable. « Pas du tout ; j’ai pu douter admet Jean Hugues Colonna dans un discours un peu confus mais maintenant je suis convaincu de l’innocence de mon fils » ajoute-t-il très ému.

Plusieurs témoins dont sa mère qui est bretonne, (de deux parents bretons, cela a été souligné à l’audience) n’ont pas pu venir témoigner à la barre pour des raisons de santé.

A l’extérieur de la salle d’audience il y a presque plus de gendarmes que de public. La famille Colonna tente de se protéger des journalistes. Il fait froid dans la salle des pas perdus.  

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commentaires

franceschi 20/11/2007 17:18

je crois que la lecture des deux lettres de mr erignac donne la mesure de la responsabilité de l'etat seul accusé non present a l'audience.personne ne s'offusque de cette absence pourtant si préjudiciable a faire eclater la vérité sur la mise en oeuvre par les services secrets de l'etat d'une situation explosive ou l'on a commencé par regarder les nationalistes s'entretuer en espérant que tout ce beau monde s'élimine et ou la police ne trouve jamais les coupables.le malheur c'est que les vrais coupables ne seront jamais jugés encore moins condamnés comme pour le credit lyonnais, pour le sang contaminé, le financement des partis politiques, elf etc......mme erignac je vous plaint profondémment de savoir que votre mari dévoué et honnete s'est fait sacrifier sur l'hotel de la raison d'etat, cela n'est pas une raison pour condamner un innocent