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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 00:00

En ce troisième jour de procès le défilé des témoins de moralité touche à sa fin.  Se présente d’abord Pierette Serri, 53 ans, qui est la compagne d’Yvan Colonna ; ils se sont rencontrés en 83. C’est la mère de deux garçons, Virgile d’un premier mariage, puis  Jean-Baptiste en 90. « Quand notre fils est né, c’était un pur bonheur. La relation d’Yvan avec son fils était presque fusionnelle, il s’en occupait beaucoup plus que ne le fait un père ordinaire avec son enfant. » On ne pouvait s’empêcher de repenser à la venue à la barre de Jean-Hugues Colonna la veille. Témoignage si difficile qu’on pouvait imaginer que les relations entre le père et le fils avaient du être plus conflictuelles que fusionnelles. Yvan Colonna en a peut-être souffert, se construisant contre les certitudes de son père…


Plus doué pour le spectacle et la psychologie, Daniel Herrero s’avance à la barre, un bandana rouge maintenant ses cheveux  blancs dans un savant désordre. Avec sa carrure de rugbyman, ce professeur de 58 ans en jette. Il dit de son élève Yvan qu’il « était équipé pour être sur la voie de l’éducateur », qu’il n’avait pas un ego boursouflé, qu’il était quelqu’un fait pour donner aux autres. « L’appel de la terre était quelque chose de dominant dans sa psyché, dans sa manière d’être au monde » dit le colosse apppuyé sur la barre. Dans le box, Yvan Colonna s’amuse devant la truculence de son ancien prof. Et quand celui-ci termine en disant que son élève avait la générosité relationnelle de partage, de rudoyance et de générosité »l’éclat de rire est général.

L’appel des témoins de personnalité est terminé ; le Président de la Cour d’Assises à ce moment, en général, lit le compte-rendu des expertises psychiatriques. Yvan Colonna les a refusées. Le président lui demande de s’expliquer ;

« Je me considère sain de corps et d’esprit explique Yvan Colonna avec assurance, je ne voulais pas voir un psychiatre mandaté par Thiel et Le Vert (les juges d’instruction) qui me présentent comme coupable à tout prix. J’ai une position de principe : je suis innocent et c’est une réaction militante de ne pas me plier aux expertises psychiatriques, je suis persuadé que tout ce que je pouvais dire serait retenu contre moi »

Ce sera la  conclusion de cette première partie du procès.


 Après l’interruption du déjeuner, le menu devient plus consistant. La Cour commence  l’examen des faits par l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella. Même si ces faits n’ont rien à voir en gravité avec l’assassinat du préfet Erignac, il s’agit d’un point capital. La thèse de l’accusation repose sur la démonstration de l’existence d’un groupe de nationalistes radicaux. Ce groupe est constamment évoqué dans l’ordonnance de mise en accusation sous la dénomination de « groupe des anonymes ».Il comprenait, toujours selon l’accusation, sept membres qui ont d’abord commis l’attaque contre la gendarmerie de Pietrosella avant de s’attaquer à la cible que constituait le préfet de Région. Pour les juges d’instruction, il ne fait pas de doute qu’Yvan Colonna était déjà présent sur Pietrosella et les deux gendarmes pris en otage ce soir de septembre 97 par un commando cagoulé et armé ont été priés de venir dire à la barre ce qu’ils avait vécu, vu et entendu.

D’abord le gendarme Didier Paniez, 43ans. Traumatisé par cette affaire au point d’avoir été déclaré inapte au port d’arme et inapte au terrain. Il raconte : «  Je me suis fait surprendre alors que j’allais ouvrir le portail de la gendarmerie par deux malfaiteurs, un jeune et un vieux. Je suis brutalement plaqué au sol, raconte-il, on m’ arrache mon arme de service et on me flanque un canon de fusil sur la tempe avec ordre de ne pas bouger. Puis je suis amené vers la fourgonnette de gendarmerie ou je retrouve mon collègue. Après un transport d’un quart d‘heure, sac de jute sur la tête les malfaiteurs nous abandonnent dans le maquis entravés et bâillonnés ».

Même récit de la part du gendarme Daniel Herniaux qui raconte que les individus cagoulés s’étaient visiblement scindés en deux groupes ; ils communiquaient entre eux à l’aide d’un talkie-walkie et les gendarmes ont  entendu « Jacob appelle king ! » à plusieurs reprises (des surnoms choisis parmi les marques de basket les plus prisées). Sans rentrer dans les détails, il y aurait eu deux équipes : une composée de 5 hommes et l’autre de deux. Yvan Colonna était –il l’un d’eux ? « Rien ne le prouve après ces auditions » a bien voulu concéder le président de la Cour d’Assise. La défense a marqué des points même si les confrontations avec les 6 membres du commando déjà jugés et condamnés peuvent mettre à mal ce fragile édifice.
 

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Gilles 15/11/2007 11:20

Il est passionnant de suivre cette histoire à travers votre pklume forte élégante. Merci pour ce blog qui offre des textes de qualité et véritablement du fond...ce qui est de plus en plus rare sur le net.