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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 00:00

Dans tout procès d’Assises il y un moment consacré à la victime. Ce vendredi le préfet Erignac est redevenu un homme, et non plus un symbole. D’abord son frère Robert raconte leur enfance : deux petits garçons déjà trimbalés de préfecture en préfecture car leur père est préfet. « Mon frère est un produit 100% préfecture » dira-t-il légèrement pince sans rire. Et c’est ce que viendra confirmer son épouse quelques instants plus tard en ajoutant au portrait : mon mari aimait rire, les amis c’était très important pour lui. Ce protestant austère, heureux dans son port d’attache, la Lozère, avec sa petite valise de livres près de lui était un homme de culture, épris d’histoire ». On comprenait qu’il était exigeant d’abord avec lui-même : « Il se lançait des défis sportifs. Ainsi il avait décidé de grimper le mont Ventoux à vélo. Mais ce jour là il y avait de la neige, il a fini avec la bicyclette sur l’épaule » raconte Dominique Erignac qui poursuit : « il adorait la vie. Sa mort est à l’opposé de sa personnalité, la violence même de sa mort la rend insupportable. Depuis le 6 février 98, ma vie a basculé. Pourquoi ? Quel sens donner à sa mort ? Je croyais que dans cette région il y avait un code d’honneur… Nous avons droit à la vérité et Claude à la justice. Je me souviens de ses dernières paroles quand il m’a laissé devant le théâtre ; à tout de suite ! »

Puis c’est sa fille Christophine, 34 ans qui parle de la tendresse de son père à son égard : « Il était mon repère dans la vie et je le consultais tout le temps quand je devais prendre une décision ».Son fils Charles Antoine Erignac , 30 ans, exerce la profession d’avocat. Il parle de son père comme d’un homme d’autorité, de rigueur et de malice aussi. «Mais il ne plaisantait pas quand il s’agissait de sa fonction. Il nous a toujours enseigné d’agir sans haine, sans sentiments de vengeance. Papa a été lâchement assassiné et quand on n’assume pas… »

 

Alors le président demande à la famille la permission de lire deux feuillets que Claude Erignac a écrit un peu comme pour tenir une chronique de sa nomination et de son action en Corse. Ces quelques réflexions manuscrites retrouvées par son fils dans son coffre-fort, en disent long sur sa lucidité : Le premier feuillet s’intitule : histoire d’un piège : « Le seul problème sérieux est que j’ai clairement conscience de partir vers une mission impossible, faite de contradictions éclatantes entre les discours publics du gouvernement, les négociations plus ou moins secrètes, les intentions réelles des uns et des autres. Officiellement ma mission est simple : restaurer l’autorité de l’Etat, contribuer au dialogue républicain, faire avancer les dossiers économiques, sociaux et culturels. Mais quels sont les moyens ? Le problème est qu’il ne faut pas contrarier le processus politique en cours. En un mot c’est le grand écart avec les redoutables conséquences que l’on devine » Voila donc révélé de l’intérieur les arrières cours de la République. Jusque là ces réflexions avaient été tenues secrètes. Trop explosives peut-être…

Le président donne alors la parole à Yvan Colonna. En regardant la famille Erignac assise devant lui il a dit : « Je veux vous dire que je sais que vous avez droit à la vérité. La vérité, c’est que ce n’est pas moi qui ai tué votre mari, votre père, votre frère. Croyez bien que je compatis à votre douleur et que je respecte votre deuil ».Le silence est alors pesant et le président ordonne une suspension d’audience. La salle se vide lentement ; à droite les amis du préfet sont scandalisés par cette déclaration, à gauche les amis corses en soulignent la franchise.

   

Le procès va reprendre lundi avec une nouvelle audition du médecin légiste, le docteur Paul Marcaggi. C’est lui qui a affirmé jeudi que, selon ses constations, le tueur devait être de grande stature, aussi grand que le préfet en tous cas. Une bataille très importante car Yvan Colonna ne mesure qu’un mètre soixante -douze et Claude Erignac Un mètre quatre vingt- trois.  

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commentaires

Gabian 19/11/2007 17:22

Bonjour...
Cela fait plusieurs jours que je lis attentivement  vos articles sur le procés Colonna.  J'apprécie beaucoup votre écriture et vos articles me permettent de dixcuter de cette affaire avec mes amis.
Je vous en remercie

Guidu Antonietti di Cinarca 18/11/2007 01:03

Merci de votre chronique quotidienne sur ce procès que je suivrai grâce à votre clavier objectif !Bien @ vous

pernoux 17/11/2007 20:35

peut-on tuer et venir dire à la barre devant la famille que l'on est pas l'assasin, peut-etre, mais pour moi après 8ans de prison on a le temps de se remettre en question et on a plus envie de mentir.a bon entendeur