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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 00:00

 

En ce neuvième jour d’audience, c’est la défense qui prend la main : tous les témoins cités le sont à la demande des avocats d’Yvan Colonna. On commence avec Gilles Millet un journaliste spécialisé dans les problèmes agricoles qui a été deux jours gardé à vue : il parle du fantasme de la piste agricole et des policiers qui avaient élaboré une construction intellectuelle autour de cette idée : le préfet avait été assassiné par une jonction entre la mafia et les syndicalistes nationalistes.

Jeter le doute sur la crédibilité de l’enquête et les méthodes de la DNAT, la division nationale anti-terroriste, voila le but des auditions du jour. Il faut se rappeler la tension des mois qui ont suivi l’assassinat de Claude Erignac et sans doute de la pression qui s’exerçait sur la police. 340 interpellations, 42 mises en examen et une dizaine de personnes amenées en détention provisoire à Paris.

Justement Jean Mathieu Filidori est de ceux là. Né en 48, agriculteur en haute corse, syndicaliste et nationaliste. « je veux dire tout ce que j’ai subi à cause de la piste agricole basée sur certains ragots formulés dès le début de l’enquête dit-il à la barre d’une voix émue. De 96 à 98 il y avait beaucoup de problèmes avec des agriculteurs de la plaine orientale trop endettés. On avait comme moyens de protestation des manif, des barrages de route, une contestation normale, on ne tue pas un préfet pour ça…J’ai passé sept mois à Fresnes parce que les communiqués de revendication du commando de Cargèse employait des mots ou expressions que j’avais employés dans des écrits des années 80 ! »

A la décharge des enquèteurs, il faut dire que la piste des syndicalistes nationalistes agricoles s’est imposée aux policiers car le gouvernement avait prévenu qu’il souhaitait mettre de l’ordre dans l’attribution des subventions et resserrer les conditions de crédit aux agriculteurs. De plus une note confidentielle signée du préfet –adjoint à la sécurité avait été publiée : on pouvait lire que l’Etat s’apprêtait à lancer des enquêtes fiscales en direction des syndicalistes.

Pour autant le récit de Jean Mathieu Filidori sur la deuxième perquisition menée sur le domaine de Pinia est édifiant. Les policiers avaient déjà mené une première perquisition qui n’avait rien donné ; mais c’est un domaine de 800 hectares et pour la deuxième, ils reviennent avec les gros moyens, hélicoptéres, hommes grenouilles et beaucoup de policiers. La journée se passe raconte-t-il et le soir dans une maison abandonnée, ouverte aux quatre vents ils trouvent soit- disant des bâtons de dynamite et des mèches dans un sac en plastique. Mon ancien associé m’a longtemps après expliqué que les policiers lui avait demandé d’aller les déposer là »

 Une manipulation policière connue et qui a donné lieu à une enquête interne qui n’a pas conclu dans ce sens.

 Tout de même, l’ensemble du témoignage de cet homme a servi à démontrer qu’il y avait à l’époque un climat dans lequel tous les coups étaient permis.

Enfin M.Filidori fait remarquer qu’il est toujours mis en examen pour association de malfaiteurs alors qu’il a bénéficié d’un non-lieu dans la procédure Erignac.

 Et le président Coujard de conclure « On comprend votre amertume; on a l’impression un peu désagréable d’un dossier pénal toujours ouvert et permanent qui sert à alimenter au fil des besoins les enquêtes à venir » Yvan Colonna reste muet mais on le sent très attentif à ce récit, qui sur certains points ressemble à son parcours.

Nul doute que demain les témoignages de ceux qui ont été désignés comme les commanditaires du crime puis acquittés ensuite vont aller dans le même sens.

 

 

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