Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 00:00

A tous ceux qui suivent ces comptes rendus en temps réel, je dois des excuses puisqu’un problème technique m’a empêché de mettre en ligne mon texte samedi matin. Voila donc l’erreur réparée.

Vendredi donc la Défense avait la main. Après les errements de la piste agricole, place aux méthodes musclées de la Division Nationale Anti Terroriste (DNAT) qui ont conduit deux enseignants de Corte J. Castella et V. Andriuzzi  devant les assises.

Les auditions ont commencé par Stella Lacrimini  qui était à l'époque l'épouse de Jean Castella. Elle raconte l’arrestation, le transfert à Paris, la saleté de la cellule, l’impossibilité de se laver, d’avoir la moindre intimité même pour aller aux toilettes. Elle raconte aussi « Tout à coup Marion est entré dans la pièce. J’étais assise avec un bras menotté dans le dos. Il s’est placé derrière moi et a commencé à me passer la main dans les cheveux. J’ai tenté de lui échapper en me jetant en avant. Même les autres policiers étaient gênés ». Plus tard, on lui dit « Votre mari ne parle pas, vous allez rester en prison ». Elle y restera 6 mois, et n’a rencontré qu’une fois, cinq minutes, le juge d’instruction. Selon Stella Castella, elle n’était  là que comme otage, comme moyen de pression pour faire craquer son mari.

 Vincent Andriuzzi et Jean Castella l’avoueront chacun à leur tour, ils sont très émus de se retrouver dans cette salle. Par deux fois, ils étaient là en tant qu’accusés. Ils ont été condamnés d’abord à trente ans de réclusion puis acquittés en appel. Vincent Andriuzzi, 52 ans, prof de math a été vu en train de faire une visite dans la résidence de la sœur d’Alain Ferrandi, le chef du commando, et puis il a souvent téléphoné à Jean Castella ; « normal, on était très proche, on jouait au foot ensemble, on se voyait tout le temps ». A partir de là, il est interpellé en octobre 98 et effectuera 72 heures de garde à vue. Il est relâché et puis interpellé à nouveau en mai, transféré à Paris. Il raconte modeste, comme intimidé, l’énorme pression psychologique que les policiers exercent contre lui. Jean Castella reprend juste après : « ils nous tiennent quatre jours sans dormir, on perd la maîtrise du souvenir. Par exemple, je voyage beaucoup et on m’a demandé ce que je faisais pendant le week-end du 11 novembre 97. J’ai répondu que je me trouvais dans le Jura suisse car nous faisons beaucoup d’échanges avec une association locale. En fait je me suis trompé, j’y étais allé un an auparavant. Les policiers ont considéré que je mentais. On m’a traité comme un coupable. Autre exemple, ma femme a avoué que j’avais participé à un attentat car j’avais soit disant disparu deux jours à ce moment là. J’étais sur que non ; heureusement, c’était le jour de la rentrée scolaire à Corte et j’ai signé la feuille de présence qui est toujours établie ce jour là » Pour la Défense la démonstration est faite : avec des méthodes de déstabilisation ad hoc on peut faire dire n’importe quoi à quelqu’un. Les avocats veulent jeter le doute sur les dénonciations accablantes de certains des membres du commando.

La démonstration n’est pas tout à fait probante. D’abord parce que le président a demandé aux deux enseignants : « est- ce qu’on vous a fait signer des déclarations que vous n’avez pas faites ou des choses que vous ne reconnaissez pas ? Les deux hommes ont répondu par la négative : pas d’aveux extorqués… Ensuite après avoir été arrêtés, les quatre membres du commando ont désigné Yvan Colonna comme leur complice, lui attribuant même le rôle du tireur. Ils ont fait des dénonciations détaillées maintenues pendant 17 mois avant des rétractations générales.

Instruction à charge, méthodes policières musclées, on a besoin a ce stade du procès d’entendre ceux qui ont mené l’enquête. Il y a bien eu le témoignage de Démétrius Dragacci, le patron du SRPJ d’Ajaccio qui avait la conviction que la mort du préfet devait être attribuée à un groupe de soldats perdus du nationalisme et qui n’a pas été entendu. Mais il est resté très sobre. C’est Roger Marion, le sulfureux policier placé alors à la tête de la DNAT qui va s’expliquer lundi. Dans le journal Le Monde daté du samedi 24 novembre il dit « Colonna, je pense pouvoir le faire condamner. Les Corses, c’est les spécialistes des faux alibis ». Curieuse déclaration avant de livrer son témoignage à la cour d’assises mais qui donne le ton ; D’abord il lui faut vendre son livre qui va sortir le mois prochain (On m’appelle Eagle four, editions Le Seuil) ensuite il faut s’affirmer dans la ligne. Roger Marion a rencontré Claude Géant à l’Elysée pour dit-on cadrer sa déposition. Ne pas oublier que le président de la République  s’est réjouis de la capture de l’assassin du préfet Erignac lorsqu’on a arrêté Yvan Colonna dans sa bergerie. Roger Marion (il est actuellement préfet sans affectation) doit donc absolument contribuer à renforcer la conviction des magistrats en faveur de la culpabilité d’Yvan Colonna. Elle est peut- être un peu ébranlée après ces deux premières semaines de procès...

Partager cet article

Repost 0
blog-justice-et-compagnie-tf1 - dans blog-justice-et-compagnie-tf1
commenter cet article

commentaires