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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 00:00

Jean louis Bruguière, 64 ans, Laurence Le Vert, 56 ans, Gilbert Thiel, 59 ans , les trois juges d’instruction spécialistes de la lutte anti-terroriste étaient appellés à la barre par les avocats de la défense. Tous trois étaient ce qu’on appelle co-saisis des instructions ouvertes après l’attaque de la gendarmerie de Piertrosella et l’assassinat du préfet Erignac. La salle d’audience est pleine à craquer car il est rare d’entre ces juges parler.

Le premier qui s’avance, souriant est Jean Louis Bruguière. « il n’ y a pas eu de mon point de vue de dysfonctionnements » lâche-t-il très vite sur une question de la défense. Maître Siméoni le met sur le grill concernant la description des faits et la présence de deux puis de trois hommes sur les lieux du crime après les aveux du commando, selon la défense, une variation jamais prouvée. « Nous avons essayé de faire une reconstitution avec ceux qui ont avoué leur participation. Durant le vol vers Ajaccio, ils ont changé d’avis et décidé de ne pas participer. C’est l’expression d’une stratégie collective. On en a pris acte. Au départ on n’avait pas de postulat. Mais des éléments qui découlent des interrogatoires nous laissent penser qu’il n’y a pas deux mais trois personnes ».

Alors l’avocat d’Yvan Colonna rappelle à Jean Louis Bruguière qu’il a dit devant la Commission d’enquête parlementaire qu’il fallait sortir de la culture de l’aveu. « La procédure américaine, c’est vrai, n’admet que l’administration de la preuve matérielle. Mais en France, toutes les preuves sont admises, y compris l’aveu »lui répond le juge sans sourciller.

Enfin l’avocat de la partie civile, Philippe Lemaire lui demande de revenir sur le témoignage de Jeanne Ferrandi. « C’est un moment extrêmement émouvant et je m’en souviens parfaitement. C’était le 24 mai 99 vers 15 heures. Elle savait que son mari ne sortirait pas pour de longues années, elle a parlé librement »raconte le juge

Voici en effet ce qu’elle a déclaré et qu’on peut lire dans l’ordonnance de renvoi : Alain Ferrandi rejoint sa femme dans la salle de séjour, ils entendent à la radio une édition spéciale annonçant la mort du préfet. « J’ai compris tout de suite…mon mari a alors posé sa main sur mon menton et m’a dit « ça va ? » voyant ma figure qui s’était décomposée. Je lui ai répondu sur le même ton « ça va » et il a bien compris qu’en fait ça n’allait pas et que j’avais tout compris. Il y a eu en quelque sorte une connivence pathétique dans ce bref échange »

Jean Louis Bruguière en a terminé, il part entouré d’une nué de gardes du corps vers sa voiture de fonction sans s’adresser à la presse.

Laurence Le Vert lui succède. Silhouette assez carrée, visage anguleux, toute habillée de noir. La défense lui reproche d’avoir mené une enquête à charge, de n’avoir jamais tenu compte des déclarations faites par Yvan Colonna sur son emploi du temps, de n’avoir jamais organisé de confrontations entre Yvan Colonna et ses co-accusés. La juge ne plie pas, défend ses conclusions : « J’ai rendu deux ordonnances dans ce dossier, je n’ai rien à ajouter ». Tout juste concède t-t-elle que tous les membres du  groupe des anonymes ne sont peut-être pas tous identifiés.

Vient ensuite Gilbert Thiel qui a plus particulièrement instruit l’affaire de Pietrosella. Il rappelle que Michèle Bruay, épouse Alessandri et Nicole Huber-Balland compagne de Joseph Versini ont toutes deux inclus Yvan Colonna dans le groupe d’activistes qui ont participé à Pietrosella. Et sur les revirements et dénégations ultérieures des uns et des autres il dira : « Les juges ne sont pas forcément meilleurs que les autres. Ils ont des oreilles. Quand quelqu’un change de version, ils s’interrogent ».

En cette fin de journée épuisante, Yvan Colonna reprend la parole : « Monsieur Thiel ne m’a traité comme il l’a dit. J’ai motivé mon silence comme une protestation contre l’interdiction de parloir que je subissais. Mes silences étaient motivés. Il n’a jamais voulu organiser de confrontations avec mes accusateurs. Pour lui, dés que je disais quelque chose soit j’inventais soit je mentais. Vous êtes bon surtout pour faire du théâtre ! » lui lance-t-il furieux.

La journée s’achève très tard sans qu’on ait pu déceler le moindre doute ou le moindre regret de la part de ces trois juges quant au sort judiciaire d’Yvan Colonna.

 

 

 

 

 

 

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bertil 01/12/2007 14:09

Pour répondre au commentaire précédent... Je ne comprends pas dans quel sens ces trois lignes sont "scandaleuses"? Il existe en effet deux possibilités:D'un côté, pour une personne convaincue de l'innocence d'Yvan Colonna, le fait que les juges n'expriment "ni doute ni regret" peut être considéré comme un signe flagrant de la partialité de la justice et de la force de l'esprit de corpts.A l'inverse, pour une personne convaincue de la culpabilité d'Yvan Colonna, une telle affirmation est le signe qu'aucun des nouveaux éléments apportés par la défense n'a ébranlé la conviction intime de ces trois bons juges. Par conséquent, l'éditorial de Laure Debreuil ne peut pas être considéré comme partial en faveur d'une thèse ou de l'autre. Elle s'est contentée en toute bonne foi de faire état de l'impression que lui ont donnés ces trois juges. D'ailleurs, la meilleure preuve en est qu'un lecteur extérieur comme  moi-même ne comprend pas dans quel sens ces lignes seraient "scandaleuses"

ANTONINI 30/11/2007 08:43

les trois dernières lignes de cet édito sont scandaleuses