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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 00:00

Cette fois la Cour d’assises aborde un nouveau chapitre appelé révélations et revirements. C’est véritablement le cœur du procés puisqu’on le sait les indices matériels directs manquent. Il s’agit de savoir dans quelles conditions ont été obtenues ces aveux et si ils sont maintenus aujourd’hui.

Nicole Huber-Balland,la compagne de Joseph Versini se présente la première à la barre :  «  j’ai 58 ans et je suis apicultrice ».Puis dans l’après-midi Michèle Bruey, épouse Alessandri « j’ai 49 ans, je suis cuisinière ». Toutes deux à l’époque où tout allait bien, vivait une vie familiale et une aventure professionnelle aux cotés de leur mari. Et elles avaient une chose en commun : elles ne parlaient jamais de politique avec leur mari.  En Corse, le nationalisme, c’est une affaire d’hommes, avec ses réunions clandestines et les questions qu’il ne faut pas poser…une vieille tradition semble-t-il.

Nicole Huber-Ballan raconte son soulagement quand elle a réalisé que le soir de l’assassinat du préfet son mari était au lit avec quarante de fièvre. Il a donc été condamné pour sa participation  reconnue à l’attentat de Pietrosella, il est bientôt « libérable ». Interrogée par la DNAT à Paris, elle donne les noms des membres du groupe des anonymes, information qu’elle réitèrera devant la juge Le Vert. « J’ai donné ces noms car on me les a lus, la messe était dite, ils savaient tout. On m’a suggéré les réponses, on les répète parcequ’on est dans la confusion ; d’ailleurs vous me relisez mes déclarations mais je suis très étonnée, je dis des choses que je ne savais pas ». La lecture des PV est pourtant sans appel : à plusieurs reprises elle confirme que son compagnon appartenait à un groupe nationaliste clandestin composé notamment d’Yvan Colonna. 

La tâche était plus ingrate encore pour Madame Alessandri. Son mari a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, sa vie a été ruinée par cette affaire . Elle est ce que le président Coujard appelle « une victime collatérale ». « Pendant ma garde à vue, j’ai commencé par protéger mon mari et j’ai dit qu’il était avec moi le soir du crime. Au bout de quarante huit heures, j’avais peur des coups, j’entendais des bruits de bottin, des cris dans le couloir » « C’est sans doute la tektonique de la garde à vue » lui répond flegmatique le président. Avez-vous été torturée ? » « Non, mais j’avais peur de rester en prison, je connaissais plusieurs femmes de nationalistes qui avait été arrêtées pendant des mois ».

La lecture des procès verbaux,, notamment le sixième qui commence par  

« Maintenant je vais dire la vérité : je suis formelle, Yvan Colonna est bien monté avec Pierre dans la voiture. Il n’était pas normal qu’Yvan Colonna ne vienne pas me dire bonjour dans la maison. Je ma doutais que Pierre allait faire une bêtise dans la soirée vu les précautions qu’il prenait »

Et le président lui fait remarquer : « mais le chauffeur vous n’avez pu le voir et lorsqu’on vous dit que c’était Didier Maranelli vous dites que vous ne pouvez pas le dire que vous ne l’avez pas reconnu. Vous avez donc gardez votre capacité de discernement ? »

Réponse : » Ils avaient un fil conducteur, ils me disaient les noms ». Et le président reprend :  « au fond tout est vrai dans ce que vous dites sauf Yvan Colonna ! » « oui, c’est cela »répond- elle d’une petite voix.

Car dans sa déposition cette femme a raconté que le lendemain de l’assassinat elle était allée récupérer son mari chez les Ferrandi, maison à la sortie d’Ajaccio qu’elle connaissait pour y avoir été déjà invitée, que c’est madame Ferrandi qui l’a accueillie avec les traits tirés, qu’elles ont bu le café. A ce moment là elle a vu Alain Ferrandi, Pierre Alessandri et Yvan Colonna. Dans sa déposition elle dira : les trois hommes étaient graves, sans plus…

Et à une question d’un des avocats de la partie civile, Benoit Chabert, on sent un craquement dans les réponses un peu mécaniques de Michèle Bruay, épouse Alessandri  visant à dédouaner l’homme qui passe aux assises : « c’est un acte extrême que rien ne peut justifier. Je pense que mon mari à pris ses responsabilités, les autres il faut leur demander »en se tournant insensiblement vers le box d’où la regarde intensément Yvan Colonna.

Madame Ferrandi habite et travaille à Cargèse...

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