Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 00:00

Body blanc, manteau noir, cheveux courts soignés, Jeanne Ferrandi s’avance à la barre. Tout de suite, elle explique : « Le seul moyen de me sauver, ça été d’oublier. J’ai souffert d’une grosse dépression. J’ai décidé de tirer un rideau sur tout ça, j’ai fermé des tas de portes, derrière l’une d’elle, il y a mon mari »La femme qui n’a plus de mémoire relève le président, est pourtant celle dont la déposition est tout à fait centrale. Il lit le procès verbal dans lequel on apprend que son mari , Yvan Colonna et Pierre Alessandri sont venus se réfugier chez elle après l’assassinat du préfet, qu’ils ont discuter à voix basse entre eux dans la cuisine, qu’elle a sorti des couvertures pour qu’ils passent la nuit dans son salon … ; Un récit d’un réalisme extraordinaire dira le président Coujard. Comment peut-on oublier ? « Je ne peux confirmer cette déclaration, je ne me souviens plus ». A noter aussi cette intervention de Maître Siméoni qui rappelle à Jeanne Ferrandi ce qu’elle a dit : « mon mari a été condamné à perpétuité, mon fils et moi avec » et les mauvais traitements qu’elle a subi en garde à vue. De cela, Jeanne Ferrandi à un souvenir clair « je vois les mains du policiers qui s’agitent devant moi ; il me dit tu vas en prendre pour vingt ans, vingt ans ma belle ! Réfléchis, tu as un petit garçon !

 

L’après –midi commence par l’audition de Valérie Dupuis, l’ex-compagne de Didier Maranelli. Elle a 39 ans, vit à Ajaccio et tranche par rapport aux autres compagnes. Elle signale qu’elle est remariée et qu’elle a un autre enfant avec son nouveau compagnon. Un profil très différent des autres épouses. Interrogée sur ses conditions de garde à vue elle affirme qu’elle à rien à reprocher aux policiers et qu’on ne lui a jamais fait dire des choses inexactes. Sur Yvan Colonna, elle est très dure : « Je le connaissais de vue, il est de Cargèse mais je ne sais pas pourquoi je ne l’ai jamais senti »Elle confirme qu’Yvan Colonna est bien venu chez elle le 7 février voir son mari, qu’ils ont conversé dans la cuisine, qu’elle n’a pu entendre leur conversation, mais qu’après cela son mari a toujours eu un comportement bizare. L’heure de cette visite fait l’objet d’une âpre discussion dans le prétoire car le moment de ce rendez-vous a fluctué de « vers 9H » à « dans la journée » suivant les dépositions. La jeune femme exprime aussi sa colère à l’égard des journalistes qui la harcèlent et lui font dire n’importe quoi au point qu’elle a peur quand une moto ou une voiture la serre d’un peu trop près. On sent aussi une rancœur à l’égard des parents de Didier Maranelli qui font changer les serrures de l’appartement de Cargèse pendant qu’elle est en garde à vue. A l’angoisse de la situation, s’ajoutent les difficultés matérielles. Une vie dévastée par un acte dont elle n’est en rien responsable.

Après cette déposition, Yvan Colonna a la parole. « je ne pouvais pas être à la fois Chez Ferrandi et chez Maranelli à la fois. Je ne dis pas qu’elle ment, mais elle se trompe. Je n’étais ni chez l’un, ni chez l’autre. Il y a des contradictions; quand je cherche à la démontrer chez M. Thiel, ça ne marche jamais ». On sent dans sa voix un mélange de colère et de dépit.

 

La journée se termine avec la venue du premier des six hommes condamnés définitivement pour leur participation à l’assassinat du préfet Erignac . Didier Maranelli a été extrait de la centrale de Saint-Maur ou il purge 25 ans de prison pour une comparution en tant que témoin. Il était à l’époque comptable au Grand Bleu et nationaliste convaincu. Il s’adresse à la cour d’emblée : « je veux vous dire que j’ai porté des accusations injustes contre Yvan Colonna. Malgré les coups, les insultes, je m’accrochais à la version que je n’étais pas présent à Ajaccio au moment des fiats. Et puis les policiers m’ont soumis les éléments de la téléphonie. Et là j’ai eu peur pour mes proches. Cela démontait ma version. Si je persistais dans mes dénégations, j’allais mettre mes proches dans la galère. Ces craintes m’ont fait avouer. Mais dans ces éléments il y avait la voiture de Valérie et celle des mes parents. Ils étaient de santé fragile et l’idée qu’ils puissent être incarcérés m’a fait craquer. J’ai dit ce que les inspecteurs voulaient entendre. Par ailleurs j’informe la cour que cet acte est un acte assumé collectivement et que je ne donnerai aucun détail structurel concernant le groupe ». Une version qui replace l’assassinat du préfet Erignac dans la perspective d’un nationalisme violent et sans remords. Pas sur que la défense d’Yvan Colonna en sorte renforcée.

  

Partager cet article

Repost 0
blog-justice-et-compagnie-tf1 - dans blog-justice-et-compagnie-tf1
commenter cet article

commentaires