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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 00:00

Alain Ferrandi, 47 ans, pull et blouson noir a été extrait de sa cellule de la centrale de Poissy pour comparaître devant la cour d’assises spéciale en qualité de témoin. Il a été condamné à la perpétuité comme co-auteur de l’assassinat du préfet Erignac. Sa voix est ferme, il parle avec un calme impressionnant. Il commence sa déposition par un aperçu de son parcours et du contexte de l’année 98 : « c’était des conditions politiques difficiles, tendues, larvées par l’affrontement fratricide entre nationalistes qui a énormément dégradé la situation et blessé les militants les plus sincères. Etre un citoyen corse engagé en Corse  peut conduire inévitablement à la prison. » Puis Alain Ferrandi parle du clientélisme et de l’assistanat comme du cancer de l’île. Enfin il s’adresse à Madame Erignac assise à un mètre de lui sur sa gauche : « Vous avez dit ,Madame, lors d’une interview  au Figaro que la mort de votre mari n’a servi à rien parce qu’on a pas profité de cette tragédie pour faire cesser les passe-droits, contrôler la passation des marchés publics ou des listes électorales. Je dois reconnaître que vous avez raison. En dépit de mes responsabilités, je ne suis pas insensible à vos souffrances. Notre engagement national n’est pas fait de haine. Il a été un moyen d’expression politique dans une situation bloquée : durant cette période le mouvement national a été traversé par des épisodes qui ont délégitimé son action. Je suis en prison depuis dix ans, je reconnais implicitement que la mort du préfet n’a servi à rien ».

Puis viennent les questions du président de la cour sur les faits : « ma garde à vue s’est déroulée normalement et j’ai confirmé les déclarations de mon épouse pour qu’elle n’aille pas en prison. Je ne vous dirai jamais qui a tiré sur le préfet. Je préfère assumer une partie de ce geste plutôt que de dénoncer qui que ce soit. J’ai dit que c’était pas moi, c’est tout » Puis il ajoute un peu plus tard : « je connais bien M. Colonna. Je suis convaincu que si il avait participé, il aurait reconnu sa participation » Un peu bousculé par les avocats de la partie civile , Alain Ferrandi reste sur sa ligne : il assume ce qui le concerne et ne dit rien au sujet des autres.

C’est alors qu’Yvan Colonna se saisit lui-même du micro : « Alain dit-il après quelques mots rapides en corse, je vais te parler franchement.On m’accuse à tord, maintenant il faut dire la vérité, que je n’y étais pas. Il faut dire pourquoi vous n’avez rien dit, pourquoi vous avez tant attendu »Et en disant cela, il tente de croiser le regard de son ami.

Alain Ferrandi garde le regard fixé sur les juges.

« Je sais que tu es un homme d’honneur et que si tu avais participé à cette action tu l’aurais revendiqué. Par conséquent je confirme que tu ne faisais pas partie du groupe ».

Cette phrase résonne à double sens. Celui qui est considéré comme le chef du commando s’exprime clairement et avec des mots choisis tout au long de sa déposition. Il dédouane donc Yvan Colonna du bout des lèvres, d’autant qu’un peu plus tard il confirme que le groupe qui a assassiné le préfet était composé de 7 personnes et que l’un d’eux manque à l’appel. « je ne suis ni soulagé, ni amer »lâche-t-il quand on lui fait remarquer que disculper Colonna, c’est accuser quelqu’un d’autre. « Je ne dirai rien, je ne suis pas un membre supplétif de la police ».

Et Alain Ferrandi quitte la cour d’assisses sans un regard pour la famille Colonna assise devant lui.

Puis vient le tour de Pierre Alessandri, 49 ans, lui aussi condamné à la réclusion à perpétuité. Il décline l’invitation du président à expliquer son geste : « je n’ai pas l’intention de prendre ce procès comme une tribune. Je n’ai pas l’intention non plus de me plaindre de ma garde à vue. Il y avait des hommes chargés dans un contexte difficile de faire la lumière sur une attaque de gendarmerie et l’assassinat d’un préfet. Mais ils m’ont mis en condition. Ils me faisaient passer devant la cellule de ma femme qui pleurait. Ils me faisaient vivre des horaires impossibles et suivant le principe des déclarations tournantes me communiquaient des bouts de ce qu’avaient dit les autres. J’ai même eu droit au méchant qui m’appliquait de grandes claques sur les oreilles. Cela provoque des éclatements du tympan. C’est à ce moment là que j’ai appris qu’Yvan Colonna était en fuite. Si les inspecteurs ne m’avaient pas appris cette nouvelle, je pense sincèrement que je serai revenu sur mes déclarations ». Interrogé sur ses liens avec Yvan Colonna, on comprend qu’ils étaient amis mais pas amis intimes. Communiquer son nom aux enquêteurs lui semblait a-t-il expliqué, "une porte de sortie temporaire". Vient une discussion sur l’arme de crime. Sur procès verbal, Alessandri a reconnu posséder une arme personnelle, un Browning. Il a déclaré également qu’Yvan Colonna était celui qui avait en charge d’abattre le préfet. Or l’arme du crime est le pistolet dérobé aux gendarmes de Pietrosella, de marque Beretta. « Je portais une arme à la ceinture et j’en tenais une à la main » a-t-il dit en guise d’explication.

L’audience se poursuit. Pierre Alessandri a du mal à convaincre comment il a pu pendant I8 mois accuser son ami Yvan Colonna. Il est souvent confus. Il dit « c’est vrai parfois on botte en touche » concernant tel ou tel détail. Mais il maintient envers et parfois contre tout : « Yvan Colonna ne faisait pas partie du groupe ».

Joseph Versini, entendu en toute fin de journée sera sur la même ligne : il faut sauver le soldat colonna…

 

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