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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 00:00

Marcel Istria vient de quitter la salle d’audience. Il est le dernier membre du commando à temoigner. On sent comme un frémissement du côté de la Défense. Maître Dehapiot bondit et se saisit du micro : « Monsieur le président, nous vous demandons un transport de la Cour sur les lieux. Cette demande relève de votre pouvoir. Nous vous démontrerons combien elle est utile à la manifestation de la vérité »Maître Garbarini enchaîne : « cette reconstitution nous a été refusée par la Chambre de l’Instruction. Pour nous il y avait deux personnes auprès du préfet quand il a été assassiné, pas trois. Il y a un postulat de culpabilité qui ne tient pas à l’examen des témoignages. On constate qu’il y a eu faillite de l’instruction et de l’enquête". Et Maître Siméoni d’enfoncer le clou : « Il y a eu deux rapports policiers qui parlaient de deux tueurs et d’un guetteur avec 5 témoignages directs concordants. En mai 99, les membres du commando parlent d’Yvan Colonna. A partir de ce moment là il y a une troisième version qui va être le fondement de l’Accusation. Si il y a un transport sur les lieux, il n’y aura plus de débat. Si il n’y a pas de troisième homme, il n’y a pas de place pour Colonna ou un autre. Une justice sereine ne peut pas faire l’économie d’un transport sur les lieux »

Maitre Lemaire qui défend Madame Eroignac se lève aussitôt pour réagir : « Quand les choses ne vont pas bien, il faut créer de la fumée ».

Suspension d’audience pour réflexion.

A la reprise l’avocat général donne son sentiment. D’abord il souligne les difficultés logistiques. Puis sur le fond, il fait part de son hostilité à un tel transport : « Colonna nie sa présence, il dit je n’y étais pas , je suis innocent. Les autres ont refusé de participer à la reconstitution. Quelle version allons nous reconstituer ? La version des condamnés, celle d’Allessandri quand il s’accuse d’être le tireur ou celle toute récente d’Ottaviani qui prétend être le troisième homme ? Je demande que la Cour ne fasse pas droit à cette demande ».

Quant aux avocats des parties civiles ils redisent chacun à leur façon qu’il s’agit d’un piège tendu à la Cour par une Défense aux abois mais qu’ils ne s’opposeront pas à un transport sur les lieux si la Cour le décide.

Le président décide qu’il saisit de cette question l’ensemble de la cour (ce sera donc une décision des six juges-jurés et de lui-même) et demande aux avocats un mémoire écrit résumant les raisons qui motivent la requète.

Cette demande de transport sur les lieux ne sort pas de nulle part. En préparant ce procès, les avocats de la Défense m’avaient prévenue qu’ils en feraient la demande. C’est plutôt l’heure et le moment qui surprend. On l’attendait après l’audition des témoins visuels. Si elle vient maintenant c’est sans doute parce que la Défense joue une sorte de quitte ou double. A l’ouverture de l’audience, le matin, Yvan Colonna s’est assez longuement exprimé. Il a accusé les membres du commando condamnés de protéger quelqu’un d’autre ou quelques-uns. « J’ai le sentiment, a-t-il dit qu’ils ont fait le choix de prendre le risque de me faire condamner à perpétuité, bien que je sois innocent…Ils sont venus dire que je n’y étais pour rien, mais moi cela ne me convainc pas tout cela. Visiblement, il y a une stratégie pour bloquer. On bloque à sept, On ne va pas plus loin. Leur attitude, je ne la comprends pas quand ils ne veulent pas s’expliquer sur le nombre ».

Cette demande de transport sur les lieux de l’assassinat à Ajaccio suppose une logistique imposante : protéger l’anonymat des juges-jurés, remettre l’échafaudage et les voitures dans la rue qui monte vers le théâtre, retrouver l’éclairage public d’alors…

La Cour rendra sa réponse dans la matinée.

 

 

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