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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 00:00

La procédure judiciaire prévoit que lorsqu'il y a une demande "extraordinaire" qui est faite à la cour par l'une des parties,  les juges doivent entendre toutes les parties avant de rendre leur décision. Les demandeurs, à savoir les avocats de la défense, ont la parole en premier pour légitimer leur demande.

« On ne peut condamner un homme sur un scénario qui implique une réinterprétation de cinq témoignages, sur une analyse séquentielle, une réalité découpée. Il faut voir, se rendre compte, vous ne pouvez faire l’économie d’une vérification in situ »Maître Gilles Siméoni plaide pour une necessaire confrontation mentale pour justifier le transport sur les lieux. Il souligne avant tout l’exigence d’un procès équitable.

Ce n’est évidement pas le point de vue de la partie civile : « Il y a, parait-il, des éléments nouveaux dit d’un ton las Maître Philippe Lemaire. Depuis toujours le témoin Arrighi dit qu’il a vu trois hommes le dépasser. Et voila qu’Ottaviani nous dit huit ans après qu’il se souvient qu’il n’est pas resté dans la voiture, qu’il est sorti pour faire le guet. Et voila miracle c’est le troisième homme. De qui se moque-t-on ? Je ne suis pas furieux. Je pense que cela n’a aucun intérêt, que c’est une dernière manœuvre avant que nous nous expliquions et beaucoup de temps perdu »

L’avocat général, sans surprise, essaie de balayer la demande. « Il faudra parcourir une grande distance, avec des moyens coûteux et des mesures de sécurité importantes. Une telle demande n’est pas fondée. Elle ne se conçoit que si on peut réellement en tirer un bénéfice. Or nous disposons de plans détaillés, de photos, de la reconstitution déjà effectuée. Cette démarche n’est pas indispensable, elle n’apportera aucune compréhension supplémentaire »

La parole revient en dernier à la défense. C’est Maître Garbarini qui se charge d’enfoncer le clou : «Ce dossier n’est pas un dossier, c’est un maquis tellement il est fouillis et impénétrable ! (Sourires dans l’assistance). Chaque fois qu’on a essayé de se représenter les lieux, le président doit expliquer à la cour ce qu’il comprend avec son doigt. Et puis on ne voit chaque fois qu’une partie des rues. Il faut confronter les diverses versions en fonction des positions de chacun dans la réalité ! »

Lorsque chacun se disperse à l’heure de déjeuner, personne ne sait de quel côté la pièce va tomber. Il y a ceux qui croient savoir, ceux qui veulent rester à Paris pour préparer les plaidoiries de la semaine prochaine, les journalistes qui jaugent les difficultés de couvrir un évènement.

La décision tombe à 14H. La cour rend son arrêt : elle ordonne un transport sur les lieux, il n’y aura ni reconstitution, ni témoins entendus. Et son travail se fera à huis clos.
La Défense exulte,la famille Colonna respire comme si tout à coup on lui avait administré une bouffée d’oxygène. L’avocat général encaisse. Le procès reprend.

La cour aborde le dernier chapitre des faits : les heures qui ont précédé et la fuite d’Yvan Colonna vers une cavale de quatre ans. Ce sont les journalistes de TF1 qui sont interrogés parcequ'ils ont décroché l'interviw d'Yvan Colonna le samedi soir à Cargése, dernier contact public de celui-ci avant sa "prise de recul" dans le maquis. D’abord Axel Girard et son caméraman, Denis Bertrand. Axel Girard raconte qu’il a pris contact avec la famille Colonna en début d'après midi parce que son rédacteur en chef le lui avait demandé. Le matin même un article du Monde avait indiqué  que d’autres nationalistes allaient être inquiétés suite à l’arrestation des principaux acteurs du commando. Yvan, Stéphane et leur beau- frère Joseph étaient cités. La famille Colonna était désireuse de s’expliquer. L’équipe de télévision est reçue chez la sœur Colonna. Les trois hommes parlent et se défendent de tout lien avec l’assassinat du préfet ; "Yvan Colonna, dit Axel Girard, paraissait le plus motivé pour parler. Il était furieux qu’on dise que parce qu’il avait des sympathies nationalistes et qu’il élevait son enfant dans la langue corse cela fasse de lui quelqu’un qui avait le profil pour participer à un assassinat". Axel raconte la scène, la sérénité qui a suivi l’interview, la pizza partagée ensuite. « Yvan Colonna me dit qu’il est proche d’Alain Ferrandi et des autres militants interpellés. Il me parle de manipulation scandaleuse, qu’il a des convictions nationalistes mais qu’il s’est éloigné du mouvement ».  Pierre Baretti qui dirige l’enquête depuis Paris lui succéde à la barre. Il est celui qui a reçu le matin l’article du Monde. Il l’a faxé à Christine Colonna(Le Monde n’arrive que le lendemain en Corse) Il  lui a demandé d’organiser une sorte de « droit de réponse » avec les membres de sa famille. « La mise en cause des trois hommes est claire mais à ce moment là personne ne se cache, nous avons un accès facile à eux ; on voulait savoir ce qu’ils pensaient de ces accusations. C’est pourquoi j’ai demandé à l’équipe qui était en Corse d’aller les rejoindre. En voyant le résultat de l’interview je me suis dit : c’est étrange, il ne dit pas « je suis innocent » mais « si on dit que je suis coupable, qu’on le prouve ». Je l’ai trouvé sur la défensive. Rétrospectivement j’ai été surpris d’avoir pu être au contact du principal suspect si facilement ».

C’est Yvan Colonna qui aura le dernier mot : « Moi, je parle corse à mes enfants, mais je ne suis pas un assassin. Concernant cette interview, après des discussions familiales je me suis laissé convaincre de répondre, de réagir. On avait l’impression qu’on voulait nous faire porter le chapeau. Il y avait eu des interpellations, on savait qu’on était surveillé ; il y avait cet article de journal qui nous ciblait. On a eu envie de réagir c’est tout »

 

Yvan Colonna a ensuite raconté comment il a décidé de fuir dans la montagne. Mais je n’étais plus dans la salle d’audience. Je préparais mon reportage pour le journal de 20H. Enfermée dans mon camion de montage positionné à l’arrière du Palais de justice, je tentais d’imaginer ce qu’allait être ce « transport sur les lieux » de la cour d’assise, sans doute le week-end prochain.   

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