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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 00:00

Le transport d’une cour d’assises sur les lieux du crime est un acte exceptionnel. Cette fois, sans doute parceque rien de ce qui touche la Corse n’est anodin, la justice s’est donnée les moyens (100.000 euros) de rendre un verdict sur des bases les plus équitables possibles.

 La rédaction de TF1 s'est aussi donné les moyens de faire vivre aux téléspectateurs cet évènement. Deux journalistes, Patrice Roubaud et moi-même, quatre équipes composées d’un cameraman et d’un preneur de son, deux motards, une assistante de production, un car de diffusion venu de Marseille constituait notre dispositif.

Mauvaise nouvelle pour tout le monde, une pluie dense s’abat sur Ajaccio depuis le matin et il pleut encore lorsque l’avion militaire se pose sur la piste après un peu plus de deux heures de vol. Nous sommes cantonnés dans un espace un peu éloigné de l’avion mais nous apercevons par la porte du milieu qui s’ouvre en premier les membres de la cour (le président, les six juges assesseur, le juge assesseur supplémentaire), les avocats généraux, les greffières, les avocats des parties civiles et de la défense. Suivent ensuite des spécialistes : la cour a demandé a être assistée par le chef des sections techniques de recherche et d’investigation de l’identité judiciaire, par deux photographes et par un balisticien de la police scientifique. Alors que tout ce petit monde se dirige vers un salon privé pour une collation, l’arrière de l’appareil s’ouvre, des policiers du RAIG et du GIGN se mettent en place, un fourgon n’est pas loin de la et Yvan Colonna descend rapidement ; il tourne un instant la tête vers l’aéroport peut être pour se persuader qu’il est bien à Ajaccio car l’avion ne comportait pas de hublot.

Aux environ de 14.15 tout le monde embarque pour se rendre à la gendarmerie de Pietrosella plastiquée en septembre 97. Le cortége comprend 15 camions de CRS, 19 motards, une dizaine de voitures banalisées, deux cars de passagers et un fourgon. La circulation a été bloquée sur tout le parcours et des CRS sécurisent les carrefours. La première halte sera très brève car la gendarmerie a été reconstruite après l’attentat et il n’y a pas grand-chose à vérifier. La seconde a lieu à Piscatello aux abords du clos Capitolo. Là, la discussion est plus pointue. Il s’agit de faire coïncider le témoignage des gendarmes enlevés avec les déclarations de deux des membres du commando. Car n’oublions pas que l’une des armes dérobées aux gendarmes a servi à tuer Claude Erignac. La seconde sera retrouvée au domicile de Pierre Alessandri sur ses indications. Les avocats de la défense communiquent aussitôt leurs impressions et affirment qu’ils pourront démontrer que le commando était composé non pas de 6 mais d’au moins huit hommes. Les avocats de la partie civile sont d’un avis contraire. Ils me joignent sur mon téléphone portable pour me communiquer ces informations ; théoriquement comme la cour siège à huis clos, ils doivent se conformer aux secrets des délibérations…

Le cortége va faire à nouveau une halte à l’aéroport car le président de la cour d’assise souhaite qu’ils visitent les lieux à la tombée de la nuit au plus près des conditions de l’époque. Lorsque le convoi s’immobilise au bas de la rue du colonel Colonna d’Ornano il est 17H. Les 40 personnes forment un groupe compact qui s’engouffre dans la rue en pente. Une petite foule de curieux est assez loin derrière des barrières métalliques. La circulation est complètement coupée dans tout le centre ville. Des projecteurs empêchent les habitants ou les journalistes de filmer des balcons environnants. Ils apercevront pourtant par leurs fenêtres Yvan Colonna, tête nue, gilet pare-balles et baskets blanches qui a l’attitude d’un simple observateur.

A 19.30, le transport de justice touche à sa fin, Yvan Colonna est ramené vers le fourgon. A ce moment une quinzaine d’hommes positionnée en contre- bas crie : « Ramenez le nous ! »

Les avocats viennent brièvement rencontrer la presse. Chacun tire les conclusions favorables à sa thèse. Nous aurons l’occasion d’en reparler puisqu’à l’ouverture des débats mardi chacun fera le bilan de ce qui a été constaté. La foule se disperse calmement tandis que le cortége reprend le chemin de l’aeroport. Dans la nuit humide son frère Stéphane et quelques proches sont sans doute soulagés que tout se soit bien passé.

Une journée mémorable qui fera partie de la légende de ce procés.

 

 

 

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