Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 00:00

En ce mardi matin, on s’attendait à ce que chacune des parties développe les enseignements qui pouvaient être tirés du déplacement en Corse. Cela ne s’est pas passé comme cela. Ce temps a été utilisé par la défense pour au contraire faire une nouvelle demande d’acte avant la clôture des débats.Les avocats d’Yvan Colonna se sont levés les uns après les autres pour demander une comparaison entre l’empreinte digitale retrouvée sur le ruban adhésif qui a servi à bâillonner l’un des gendarmes à Pietrosella et celle d’Yvan Colonna. Hors on sait que cette empreinte a déjà été comparée à celle des six du commando déjà condamnés et à tous les proches des gendarmes. « Une absence de vérification pourrait surtout nuire à Yvan Colonna. Nous voulons démontrer qu’il reste d’autres membres du commando qui n’ont pas été identifiés ». Le président Coujard légèrement agacé par cette demande demande une suspension de séance. Il revient dix minutes plus tard, ordonne l’expertise, et fait poursuivre les débats.

S’engage alors le marathon des plaidoiries des parties civiles. Maître Cathy Richard pour l’un des gendarmes enlevés rappelle que son témoignage cadre parfaitement avec la présence de Colonna comme guetteur et que rien dans le transport de justice effectué dimanche n’est venu contredire cette version. Maître Benoit Chabert au nom de l’Etat s’est fait plus incisif encore. Le doigt vers l’accusé il a commencé sa plaidoirie par ces mots : « je peux dire avec certitude qu’Yvan Colonna est coupable, je n’ai aucun doute, c’est ma conviction et non une construction intellectuelle ». Il a passé en revue les charges qui pèsent sur le berger de Cargèse y compris ses quatre ans de cavale : « pourquoi s’enfuir quand on est innocent : c’est incompréhensible ! » Puis il relit des morceaux choisis de procès- verbaux dans lesquels les membres du commando détaillent le rôle d’Yvan Colonna. Il évoque le récit des compagnes et les détails fournis : le siége bébé qu’on évacue de la voiture, l’accident la veille au moment du repérage, le coup de fil à cinq heures du matin chez Ferrandi, la fuite de quelques heures dans le maquis…Et il conclue « Yvan Colonna faisait bien partie du groupe clandestin, c’est un soldat, un militant. Il n’a pas agi par cynisme mais par idéologie ! »

Ce thème sera repris ensuite par Maître Courcel-Labrousse, l’avocat de Robert Erignac. Lui parle même de la « secte de Cargèse », une secte qui dérange l’autre partie du mouvement nationaliste. L’avocat rappelle que les renseignements qui permettent à l’enquête d’avancer viennent de l’intérieur des mouvements qui ont pignon sur rue.

Puis vient  Maître Philippe Lemaire qui représente Madame Erignac et ses enfants. « C’est sans haine et sans esprit de vengeance que Madame Erignac et ses enfants se présentent devant vous. Ils veulent savoir pourquoi on les a privés d’un mari, d’un père. Nous savons qui a tué le préfet : c’est celui qui est dans le box aujourd’hui et que vous avez a jugé. Claude Erignac a dit : « j’aime trop la Corse pour qu’elle ne me le rende pas un jour »Il est mort 18 jours plus tard. Ses assassins savaient qu’il avait décidé de vivre normalement, sans protection, sans garde du corps. Il faisait froid ce soir là à Ajaccio, il avait relevé le col de son manteau. Il a été assassiné de nuit et dans le dos ; c’était une véritable exécution après une condamnation à mort prise en commun à l’unanimité. Cet assassinat a été conçu comme un défit à l’Etat. C’était un acte terroriste revendiqué comme tel ». Puis l’avocat va développer ses arguments, revenant longuement sur les aveux du commando : « J’ai compté : plus de 100 fois, il sera affirmé qu’Yvan Colonna fait partie du groupe des 7 », sur les rétractations « on voit bien que c’est un scénario », sur la cavale « vous attendiez quoi pour vous rendre, une amnistie ? » Avant de terminer sur une note plus personnelle : « Vous savez, j’ai défendu dans ma longue carrière des membres du FLN et des membres de l’OAS. Au nom de leur engagement, ils ont eu des peines très lourdes mais ils assumaient leurs actes. Et j’ai une sorte de respect pour ceux qui assument leur geste. Dommage que vous n’ayez pas pris ce chemin car la Cour en aurait tenu compte. » Et en hommage à Claude Erignac l’avocat cite ce vers d’Aragon : « Pense à moi souvent toi qui va demeurer dans la beauté des choses... ».

Chacun repart lentement dans la nuit. Aujourd’hui, les avocats généraux prendront leur réquisitions.

 

Partager cet article

Repost 0
blog-justice-et-compagnie-tf1 - dans blog-justice-et-compagnie-tf1
commenter cet article

commentaires