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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 00:00

Cette dernière journée d’audience a été d’une extrême intensité. La veille ,les avocats généraux au terme d’une démonstration assez terne, avaient demandé qu’Yvan Colonna soit condamné à la plus lourde peine : la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine incompressible de 22 ans.

La plaidoirie

Alors quand Maître Gilles Siméoni se lève, la salle d’audience toute entière est accrochée à ses mots : «  J’ai l’honneur de me lever à cette barre pour défendre Yvan Colonna, je n’échangerais ma place pour rien au monde ; mais l’angoisse m’étreint, parce que accabler Yvan Colonna a été une volonté constante de l’appareil judiciaire et policier »

Dans la salle Edmond Siméoni, son père, grande figure du nationalisme corse suit intensément cette plaidoirie qui maintenant rappelle le contexte dans lequel l’enquête sur l’assassinat du préfet Erignac a été mené : « 365 personnes cueillies au saut du lit, ce qui signifie rapportée à la population française 500.000 personnes en garde à vue,et 42 mises en examen. Vous ne pouvez pas imaginer ce que cela a été pour ces gens là. ».
Si Gilles Siméoni  concède que ce procès est un procès équitable, c’est pour mieux souligner que l’enquête et l’instruction ne l’ont pas été. « L’Etat est un monstre froid. Il fallait casser, briser du corse. Le préfet Bonnet a été lui-même contaminé semble-t-il : Cagoules, bombes, manipulations, fausse revendication. Les interpellations de mai 99 interviennent comme une dernière chance de remettre de l’ordre. Tout ce qu’on a contre eux c’est des coups de fil. Et on tire ce fil, on va sortir l’affaire, champagne au ministère,voila le cotexte : vous allez juger une instruction qui porte ce sceau la. »

Ensuite l’avocat va revenir sur le parcours d’Yvan Colonna et son absence de profil du parfait terroriste ; au contraire dit-il tous ses engagements montrent qu’il attache à la vie humaine le plus grand prix. » Puis Maitre Siméoni va se lancer dans une démonstration serrée, précise sur l’absence de preuves dans le dossier de Pietrosella ; sur l’assassinat du préfet,il fait une analyse de la porosité des garde à vue et la possibilité pour les policiers de suggérer le nom de Colonna aux membres du commando arrêtés.

Conclusion 

« Ils ont protégé d’autres acteurs que personne n’a cherché à connaître. Les gendarmes, le colonel Mazère en tête l’ont dit et répété devant la Commission d’enquête parlementaire ». La plaidoirie dure près de trois heures et se termine ainsi : « il ne faut pas, mesdames et messieurs de la Cour ajouter au drame une injustice. Je vous remets Colonna, je vous demande dans quelques heures de le rendre aux siens ».
Puis ce sera au tour du bâtonnier Sollacaro de se lever pour une défense qu’on peut qualifier de plus « politique ».
Une improvisation car il ne voulait pas revenir sur tous les points déjà développés par son confrère « Nous étions devenus le peuple "préfeticide". Après cet infini malheur de la mort de monsieur Erignac, il fallait rebondir. On a eu le préfet Bonnet et sa stratégie de la tension : il fallait sauver les meubles de la République, allumer un contre-feu. Du coup dans ce dossier, le maître mot est manipulation policière, politique, et en tous genres. Instruction bâclée, reconstitution refusée et l’accusation qui une fois encore n’a rapporté aucune preuve de sa culpabilité »

Puis Maître Sollacaro va demander l’acquittement d’Yvan Colonna en rappelant aux juges qu’ils doivent manifester leur indépendance, qu’ils ne doivent pas se sentir contraint par les jugements à priori des politiques.

 

Après l’interruption d’une heure pour le déjeuner, l’audience reprend. Le président donne pour la dernière fois la parole à Yvan Colonna : « Au bout d’un mois de procès, je pense avoir répondu sincèrement à toutes les questions qui m’ont été posées. Je n’ai rien d’autre à ajouter si ce n’est que je réaffirme que je suis innocent ». Les gendarmes l’emmènent à la souricière ; c’est là qu’il attendra le verdict. Les sept magistrats qui constituent cette cour spécialement composée pour les affaires de terrorisme se retirent pour délibérer.

Le délibéré

Dans l’immense salle des pas perdus le public, la famille, les journalistes attendent. Un moment qui n’en fini plus avec le vent glacial de l’immense porte de la cour d’assise exceptionnellement ouverte pour des raisons de sécurité : en cas de manifestation il fallait pouvoir évacuer la foule rapidement. Le comité de soutien d’Yvan Colonna est assez massivement représenté.  On peut reconnaître des figures connues comme Monseigneur Gaillot ou le rugbyman Herero ou des élus comme Jean Guy Talamoni. Le plus émouvant peut être est Jean-Hugues Colonna, qui glisse comme une ombre dans la foule, sort fumer une cigarette, revient de peur de rater l’ouverture des portes. Nous parlons de la corse, de son petit fils, le fils d’Yvan qui va vivre cette épreuve et qui va devoir la surmonter ; « ce sera difficile pour un gosse de 16 ans » me dit il angoissé.

 

Le verdict

Puis c’est le verdict : quelques mots simples mais implacables : oui, Yvan Colonna a été reconnu coupable et condamné pour cela à la réclusion criminelle à perpétuité. « Monsieur Colonna, vous avez dix jours pour faire appel de ce jugement » lui dit dans un dernier échange le président Coujard.

Yvan Colonna se penche alors vers le banc des avocats et étreint Gilles Siméoni qui l’a si bien défendu et qui est aussi son ami. Puis il entend les mots de soutien de la salle, les gardes lui remettent les menottes, il lève ses deux bras comme un combattant qui salue ses partisans, puis ses gardes l’emmènent.


C’est fini. Madame Erignac et ses enfants se retirent discrètement.

Seule consolation pour la familee Colonna la peine de sureté incompréssible de 22 ans n'a pas été prononcée. Presque cinq semaines d’audience.

Un procès que chacun a jugé équitable, remarquable, ou l’égalité des armes entre l’accusation et la défense a été respecté et ou Yvan Colonna a pu prendre la parole longuement souvent pour faire valoir son point de vue.

Un deuxième procès aura lieu puisque les avocats d’Yvan Colonna vont interjeter appel.

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