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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 00:00

« Procès du Queen Mary 2 : Le désarroi des familles » titre nos confrères de Presse Océan ce matin ; même tonalité pour Ouest France qui évoque « l’amertume des familles » au lendemain des relaxes prononcées par le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire.

Souvenez vous le 15 novembre 2003 le superbe paquebot est à quai pour une ultime révision avant d’être livré à l’armateur. On est samedi, il pleut et beaucoup de visiteurs viennent voir les aménagements intérieurs de ce géant des mers alors même que les dernières finitions sont en cours. Une seule passerelle d’accès est ouverte. Visiteurs et salariés, en l’occurrence d’une société de nettoyage, l’empruntent. La passerelle cède et les précipite dans le vide. Bilan 16 morts, 29 blessés. Le procès visait donc à établir la responsabilité de ceux qui avait quelque chose à voir avec cette passerelle.

 

Lorsque le président du tribunal s’est adressé à l’assistance composée de victimes et de leurs familles. Le président Le Dressay a pris soin d’expliquer la loi Fauchon qui exonère les personnes physiques dans les délits involontaires pour mieux incriminer les personnes morales, en l’occurrence les sociétés qui les emploient. L’assistance incrédule écoute alors le président énumérer les erreurs de montage et de calcul, la fabrication approximative, l’absence de contrôle à la réception, le non respect des règles de prudence et de sécurité... Les huit personnes incriminées en prennent pour leur grade et pourtant toutes bénéficient d’une relaxe. La colère gagne alors la salle. Certes les entreprises sont condamnées pour « défaut d’organisation des contrôles » en ce qui concerne les Chantiers de l’Atlantique et pour « non construction de la passerelle dans les règles de l’art pour Endel » Mais le jugement est loin des réquisitions du procureur qui avait demandé trois mois avec sursis pour chacun des  huit salariés poursuivis. C’est cet écart qui est le plus douloureux. « C’est une parodie de justice du commencement à la fin, c’est une honte, une honte ! » s’écrie Yann Bartolomé qui a perdu sa mère et son grand-père dans l’accident et il est applaudi par toute la salle ; le président ne peut plus lire son jugement. Il est obligé de lancer à la cantonade : « j’applique la loi, si vous ne la trouvez pas bonne, allez voir votre député pour qu’il la change !» Beaucoup sortiront de la salle d’audience les larmes aux yeux. Avec comme une sorte de honte car du coté des dommages et intérêts la justice n’a pas mégoté. Elle a accordé 9,5 millions d’euros dont les quatre déjà versés. « Mon père est mort, il coûte 30.000 euros et voila! » s’est indigné un jeune homme accompagné de sa maman à la sortie du tribunal. Ce qui domine c’est le sentiment que l’argent doit faire office de cataplasme sur les plaies sans que personne n’endosse sa part de responsabilité.

 

Seul le président de l’association des victimes, qui sort l’un des derniers de la salle d’audience, veut retenir quelque chose de positif : la reconnaissance du préjudice spécifique d’angoisse. Concrètement, le tribunal l’a traduit par l’attribution de 50.000 euros à tous ceux qui ont été précipités dans le vide. Il reconnaît  « l’état de panique qui s’est emparé de chacun d’entre eux lorsque ils ont senti la passerelle vaciller, vriller, puis commencer à rompre, culminant lors de la chute de 18 mètres avec, pour chacun d’eux cette certitude de vivre ses derniers instants et l’effroi intense qui en est résulté, effroi partagé par les parents, amis, collègues et proches présents avec eux ». Le jugement précise aussi que le préjudice tout à fait spécifique des personnes impliquées dans des accidents collectifs, a été aggravé dans le cas présent par le fait qu’il a frappé des familles sur trois générations ou une collectivité de travail.

 

Les familles sont reparties lentement, une à une, pressentant que cette entraide et cette fraternité forgées dans le malheur allait se dissoudre : il est peu probable qu’il y ait un appel. Les deux sociétés condamnées ont déjà dit qu’elles n’envisageaient pas un deuxième procès. Reste à connaître l’avis du parquet sur ce point.

 

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commentaires

CHRISTIAN 19/02/2008 11:05

"nous vous rappelons que vous êtes responsable des commentaires que vous publiez"... C'est crit en dessous.....
Je viens de lire une dizaine d'articles... Je ne dirai pas lesquels...
Pour TOUS, sans exception, il y a : "nombre de commentaires = 0"
Je trouve cela étrange, et.... opressant ! Pour ne pas dire : angoissant !
"Blog", c'est : "dialogue" ?
Donc : non comment... comme tout le monde !