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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 00:00

Montagnier Luc, professeur, né le 18 août 1933. Ainsi s’est présenté le grand scientifique devant le tribunal correctionnel de Paris. Dans la salle spécialement construite au sein du Palais de justice, les rangs sont clairsemés, le froid glacial et la sonorisation incertaine. Le médecin vient s’expliquer sur une note qu’il a rédigé en 1980 et qui mettait en garde sur les dangers que faisait courir le traitement aux hormones de croissance. "Le professeur Dray est venu me demander si sa méthode de purification employée pour fabriquer l’hormone de croissance inactivait bien tous les virus. Je lui ai répondu que non car les virus pouvaient provenir de l’hypophyse prélevée mais aussi des tissus adjacents et que sa méthode douce qui avait pour objet de préserver les hormones ne pouvait détruire tous les agents infectieux". Dans sa note, le professeur Montagnier préconisait d’écarter de la collecte tous les prélèvements sur des personnes mortes d’une encéphalite aigue, d’une encéphalite virale, ou de maladies neurologiques ou psychiatriques. Il précisait qu’il y avait un danger de transmission de virus lents. "On ne connaissait pas le mode de transmission de la maladie de Creutzfeldt Jacob mais on soupçonnait la présence d’un agent atypique. La protéine ou prion n’était pas encore décrite mais il y avait une suspicion". Après avoir remis la note au professeur Dray, Luc Montagnier n’a plus eu de contact avec l’équipe de France hypophyse.

Question de l’avocat d’une cinquantaine de familles parties civiles, Maître Fau : Est-ce raisonnable de fabriquer le produit  dès 1973 sans être sur de pouvoir inactiver les virus ?  "Oui, a répondu le professeur Montagnier car on ne savait pas comment se transmettait la maladie de Creutzfeldt jacob. C’était un domaine peu connu, la maladie était extrêmement rare. Je soupçonnais que le virus pouvait habiter des personnes qui ne déclaraient pas la maladie, ceux qu’on appelle des porteurs sains. Mais à l’époque c’était une hypothèse"

Si le professeur ménage son collègue le professeur Dray, il est obligé sous le feu des questions d’admettre qu’il y a un problème à l’époque de marquage des prélèvements. Il aurait été nécessaire de savoir d’où venait chaque hypophyse, d’appliquer un contrôle médical en amont est-il obligé d'admettre. "Tout ce qui touche aux prélèvements et à la collecte est contraire aux recommandations de ma note. J’attribue cela à une dilution des responsabilités. Il y aurait du avoir un chef, un directeur qui supervise toutes les étapes du processus".

Et d’ajouter "si on avait suivi strictement mes recommandations, on aurait réduit le risque de transmission aux enfants. Même si le risque était théorique, le principe de précaution aurait du prévaloir".

 

Après cette longue audition parfois technique les deux responsables de France Hypophyse, les professeurs Job et Dray, tous deux pédiatres réputés se sont efforcés de montrer que pour ce qui était de leur activité, ils avaient fait au mieux, tiraillés entre les mises en garde médicales (présence de virus lents) et la nécessité de ne pas interrompre le traitement  des enfants. "Vous savez, j’ai fait  le serment d’Hippocrate. J’ai juré quand je suis devenu médecin de ne jamais nuire à mes patients. A l’époque on pensait que la maladie de Creutzfeldt Jacob était héréditaire, qu’elle ne pouvait pas se transmettre,encore moins à des enfants " a dit Jean-Claude Job, vieil homme à la voix autoritaire.

 Les familles des jeunes victimes n’apprécient guère ce soutien implicite des médecins entre eux. "Ce n’est pas pour rien qu’on les appelle des mandarins, ces grands profs. Ils ont toujours raison… " me glisse une maman.  

Interview du Professeur Luc Montagnier filmé par Franz-Yves Marescot à la sortie de l'audience :

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