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Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 00:00

La cour d’appel de Colmar s’est parée hier de tout le décorum des grands rendez-vous judiciaires. Devant un escalier monumental était dressé un podium drapé de rouge sur le lequel les trois juges sont venus dire le droit. L' assemblée surtout composée des familles de victimes attendait émue. Au premier rang , étaient alignées les six personnes poursuivies et leurs avocats.

 

Résumons : un Airbus A320 d’Air Inter reliant Lyon à Strasbourg s’écrase le 20 janvier 92 contre le Mont Saint Odile faisant 87 morts et 9 rescapés. Une information judiciaire est ouverte dés le lendemain. Elle dure 15 ans. L’année dernière, jugement de première instance. Hier, jugement de la cour d’appel : les six prévenus sont tous relaxés, aucune faute pénale ou civile n’est retenue. Les victimes auront droit aux seules indemnisations prévues dans le cadre du contrat normal du transporteur.

« 16 ans après l’accident, c’est comme si on avait dit aux victimes : circulez, il n’y a rien à voir. La cour a donné un coup de poing en pleine figure aux familles réunies au sein de l’association ECHO. C’est une déception considérable ». L’avocat qui parle, Maître Témime, sait quel a été le combat judiciaire au long des 16 dernières années : il a accompagné l’association dirigée par Alvaro Randon, association qui s’est même vue retirer hier le remboursement des frais d’avocats. Cela représente 500.000 euros qui devront être acquittés par les familles. C’était en quelque sorte la goutte d’eau qui a fait déborder la colère de tous ceux qui étaient présents comme partie civile.

Reste le fond de l’affaire et la relaxe générale des cadres d’Airbus, d’Air Inter, de la DGAC et du contrôleur aérien. Maître Simon Ndiaye, l’avocat d’Airbus industrie avait tout lieu d’être particulièrement satisfait : « justice a été enfin rendue à Bernard Ziegler et à Airbus. La vérité judiciaire colle enfin avec la vérité technique. Depuis longtemps nous disons qu’aucun élément ne permet de mettre en cause l’avion. La Cour est allée au bout de la logique avec beaucoup de courage ». Dans la salle Bernard Ziegler qu’on présente souvent comme l’architecte de l’A320 n’arrivait pas à cacher sa joie. Pas seulement pour son sort personnel, mais disait-il pour tous les ingénieurs qui avaient mis au point ce magnifique avion. « Aucun avion n’est parfait mais celui-là est particulièrement bon ». Devant la colère des familles présentes, l’ex-directeur technique d’Airbus s’est éclipsé rapidement. Car de nombreux experts avaient mis en cause la conception du poste de pilotage dans le crash de l’avion. Et en première instance, le tribunal avait retenu la responsabilité civile de Bernard Ziegler et de son employeur, Airbus. La conception du cockpit aurait été à l’origine de la confusion des pilotes entre angle de descente et vitesse disait le jugement. Il y a bien eu une faute de la part du constructeur. Or hier la cour d’appel de Colmar a complètement inversé la tendance. Décision préparée en quelque sorte par le réquisitoire du procureur qui suggérait la relaxe de l’ancien directeur technique d’Airbus. L’avocat général avait souligné en revanche les erreurs imputables aux pilotes (morts dans l’accident) . Il reprochait également aux responsables de la DGAC et d’Air Inter de n’avoir pas exigé l’installation de GPWS, avertisseur de proximité du sol, dans cet avion ultra-moderne. Il reprochait enfin au contrôleur aérien d’avoir commis 7 erreurs dans les instructions de guidage. Et pour tous ces gens là il avait demandé des peines de prison avec sursis.

Or aucune de ces recommandations n’a été suivie. D’où l’incompréhension de tous ceux qui ont été touchés par cette catastrophe. Ils ont le sentiment qu’ils ne sauront jamais pourquoi cet avion s’est écrasé. L’accident reste un mystère semble dire la justice ou plutôt il est du a plusieurs dysfonctionnements constatés mais dont aucun n’est à lui seul la cause de l’accident.

« C’est le pot de fer contre le pot de terre a crié Nicole Hecquet, la sœur d’un des deux pilotes dans la salle d’audience. Rien ne doit empêcher Airbus de vendre ses avions, c’est ça la vérité, c’est une décision politique ! ».

Les larmes coulent, la foule s’écoule lentement. Monsieur et Madame Thomas veulent se rappeler que c’est le 14 mars qu’ils ont enterré leur fils, il y a 16 ans jour pour jour.

 

 

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