Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Laure Debreuil

La justice : un domaine complexe ; elle a un endroit et parfois un envers…façon de dire que l’on peut parfois parler de justice autrement et raconter ce que l’on ne peut pas voir à la télévision. Les caméras sont rarement les bienvenues dans les prétoires. C’est parfois frustrant. Voila pourquoi, par ces chroniques, je souhaite restituer l’atmosphère, les informations ou les à-côtés des procès que je suis pour la rédaction de TF1.

 

 

Damien Givelet
 
Cédric Ingrand
Pascal Boulanger
 

 


Blog hébérgé par :


Annuaire des blogs d'Over-Blog – Créer un blog gratuit
19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 00:00

La Protection Judiciaire de la Jeunesse en fait-elle trop quand elle interdit systématiquement qu?un mineur qui a affaire à la justice puisse être montré à l?écran ? C'était l'objet d'un débat vif et animé hier soir à la Maison du barreau à Paris. Rémi Lainé a réalisé un très beau documentaire sur les mesures de réparations pénales. Pour cela, le réalisateur a suivi le parcours de quatre jeunes, une fille et trois garçons, de leur condamnation à la fin de leur parcours judiciaire, s'attachant à montrer qu'une justice « cousue main », qui prend son temps pour appliquer la loi est à la fois plus humaine et à terme, plus rentable pour la société. Un film pédagogique sans pour autant verser dans le démonstratif : Rémi Lainé a su saisir le moment magique ou chacun de ces jeunes finalement accepte de reconnaître ses tords et décide de s'orienter vers une conduite de vie, porteuse d'avenir. Or ce documentaire destiné à Arte n'a pas pu être diffusé, la chaîne reculant devant les menaces de la chancellerie : celle exigeait de « flouter » les visages des mineurs avant diffusion.  

Pour en débattre, des magistrats, des avocats et des journalistes étaient présents, cet échange ayant été organisé par la vénérable Association de la Presse Judiciaire . La loi (art 14 de l'ordonnance de 45) prévoit de manière formelle de veiller à préserver l'anonymat des mineurs dans le cadre de leur parcours judiciaire. Plusieurs magistrats présents dont le procureur général, Laurent Le Mesle, se sont prononcés pour une plus grande ouverture des rouages de la justice aux caméras. Mais pour ceux qui ont directement affaire aux jeunes, le scepticisme était de mise. Pour eux, la signature d'une autorisation par les parents et par le jeune lui-même ne suffit pas. Il faut chaque fois faire signer un véritable contrat par lequel le journaliste s'engage à respecter l'anonymat. Et une magistrate de raconter comment une jeune fille victime d'un viol a pu être reconnue à l'écran ce qui a été un traumatisme supplémentaire pour elle. De plus, plusieurs magistrats ont souligné la nécessité de respecter le « droit à l'oubli ». Plusieurs années après la première diffusion, une rediffusion peut mettre une personne totalement réinsérée en difficulté ont-ils plaidé. Côté journaliste on convient que ce droit doit être effectif et qu'en cas de rediffusion, les acteurs du film doivent être sollicités pour donner à nouveau leur consentement. Ceci étant posé, les journalistes se sont prononcés pour un assouplissement raisonné d'une loi qu'ils jugent désuète dans un monde de communication qui met des mineurs à l'antenne dans toutes sortes d'émission de télévision ou par internet. Il s'agit de faire sauter des tabous, des préjugés, de faire passer un autre regard sur ceux que l'on nomme « délinquants » dans une société de plus en plus encline à sanctionner lourdement. Quant aux avocats, ils ont souligné combien le fait d'être écouté et valorisé par la présence d?une équipe de tournage est positif dans l'évolution du jeune.

Car ceux qui commettent ces « bêtises »,  sont souvent des jeunes qui veulent attirer l'attention, qui se sentent mal aimés et incompris.


Les filmer leur rend une identité sur laquelle il peuvent se reconstruire.

Sans angélisme, les professionnels de la justice et les journalistes sont tombés d'accord hier soir pour faire évoluer la législation, peut-être à l'occasion d'une nouvelle révision de l'Ordonnance de 45 sur la justice des mineurs.

 

Partager cet article

Repost 0
blog-justice-et-compagnie-tf1 - dans blog-justice-et-compagnie-tf1
commenter cet article

commentaires